Terra 16 mai 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape

Les races locales, une autre piste pour l'installation

Une installation sur trois se fait désormais en dehors des sentiers battus. Pourquoi ne pas opter pour la Bretonne pie noir, la chèvre des fossés, le mouton Landes de Bretagne ou le porc blanc de l'Ouest ? Si les porteurs de projets manquaient jusqu'ici de références, la fédération des races de Bretagne a entrepris un gros travail de collecte de données auprès des éleveurs déjà en place.

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Pour le moment, la Bretagne ne compte que quatre éleveurs professionnels de chèvres des fossés.
Pour le moment, la Bretagne ne compte que quatre éleveurs professionnels de chèvres des fossés. - © Terra

"Depuis toute petite, j'avais envie d'avoir une ferme". Un projet que Laëtitia Benoît mettra du temps à mûrir : elle se dirige d'abord vers des études aquacoles et, ne trouvant pas de travail dans sa branche, repense à son projet. S'installer ? Oui, mais à condition de tout maîtriser de A à Z, de la production à la commercialisation, en passant par la fixation de son prix de vente. Ce sera donc à Berrien (29), en plein cœur des Monts d'Arrée. Et en chèvre des fossés, "une race découverte chez mon patron de stage", avec transformation à la ferme et vente en circuit court. "Mais les marchés sont trop gourmands en temps ! Je préfère cibler les magasins de producteurs, les restaurateurs, les fromagers...".

Acquérir des références

Comme Laëtitia, ils sont de plus en plus nombreux à vouloir profiter de leur installation en agriculture pour élever des races locales, vaches Bretonne pie noir ou Froment du Léon, mouton noir d'Ouessant ou landes de Bretagne... "Mais les porteurs de projets ne disposent d'aucune donnée au moment de monter leur dossier, indique Rim Chaabouni, animatrice technique à la fédération des races de Bretagne. Impossible de partir des références des races standard : les races à faible effectif se conduisent différemment, qu'il s'agisse d'élevage, de transformation ou de commercialisation".

C'est d'un appel à projets lancé par la Région Bretagne dans le cadre de l'AEP, l'agriculture écologiquement performante, que viendra la solution, donnant les moyens à la fédération des races de Bretagne de réaliser une vaste étude auprès de 35 éleveurs répartis en trois groupes : vaches et chèvres laitières, bovins viande et ovins viande. "Nous avons réalisé un diagnostic le plus exhaustif possible, explique Clémence Morinière, coordinatrice de la fédération des races de Bretagne. Avec un double objectif : collecter les bonnes pratiques des uns et des autres pour les diffuser largement et obtenir des références sur lesquelles les futurs candidats à l'installation pourront s'appuyer pour bâtir leur projet".

Laëtitia Benoît, éleveuse de chèvres des fossés à Berrien (29) et Rim Chaabouni, animatrice technique à la fédération des races de Bretagne.
Laëtitia Benoît, éleveuse de chèvres des fossés à Berrien (29) et Rim Chaabouni, animatrice technique à la fédération des races de Bretagne. - © Terra

Mettre en réseau

Et les uns après les autres, tous les aspects de l'élevage sont analysés, à commencer par la sélection. "Au démarrage de l'élevage, le choix des animaux est très important", rappelle Rim Chaabouni. Dans ces races à faibles effectifs, ils sont peu nombreux sur le marché, incitant le porteur de projet à n'être pas trop regardant. Pourtant, leurs performances sont très hétérogènes, qu'il s'agisse de la production laitière des Bretonnes pie noir ou du poids de carcasse des mâles de race armoricaine à 3 ans. "Ça vaut le coup d'acheter des animaux en provenance d'un élevage ayant déjà commencé la sélection".

Et les associations de race sont là pour assurer la mise en réseau des uns et des autres. "En chèvre des fossés, les chevrettes sont achetées aux éleveurs puis élevées à Ménez Meur, pour être revendues prêtes à être mises au mâle ou à mettre bas, détaille Laëtitia Benoît. Ce qui permet aux éleveurs qui se lancent d'avoir des animaux immédiatement productifs".

Améliorer la valeur ajoutée

Après la conduite d'élevage, transformation et commercialisation sont également passés au peigne fin. "À chacun ses choix, constate Rim Chaaouni. En production laitière, certains vont étaler les vêlages pour produire tout au long de l'année. D'autres, en zone littorale, vont cibler la clientèle touristique et les marchés d'avril à la Toussaint".

Enfin, l'étude s'est aussi attachée à déterminer les coûts de production, "nettement supérieurs aux races standard". Mais une meilleure valorisation des produits permet aux éleveurs d'équilibrer leurs comptes et de se rémunérer. "Pour améliorer encore la valeur ajoutée, la fédération réfléchit à une façon pour les races locales de se démarquer. Une marque ? Une certification ? Rien n'a encore été arrêté".

Encourager les éleveurs

Mené sur trois ans, le projet AEP Optimiser la conduite des races locales a débouché sur la rédaction d'une plaquette, détaillant les principaux enseignements du suivi des 35 élevages. Des fiches techniques détaillent la gestion de la génétique d'une race à faible effectif, le tarissement, la complémentation... Et sur Internet, un référentiel technico-économique permet à chaque porteur de projet de trouver des données de synthèse et des cas concrets adaptés à sa situation.

"La biodiversité n'est pas un petit sujet", avance Olivier Allain, vice-président en charge de l'agriculture, pour expliquer le soutien de la Région Bretagne en faveur des races locales. Un soutien qui prend la forme d'un "encouragement des éleveurs", via une MAEC PRM, protection des races menacées de 200 €/UGB (voir encadré) et un appui à la fédération des races de Bretagne.

 

 

 

Une MAE pour la protection des races menacées

L’exploitation de Laëtitia Benoit bénéficie d’une MAE, une mesure agro environnementale protection des races menacées. Cette mesure vise à conserver sur les exploitations des animaux appartenant à des races locales menacées de disparition des espèces asine (cotentin, normand), bovine (Armoricaine, Bretonne pie noir, Froment du Léon, Nantaise), équine (breton, cob normand), ovine (Avranchin, Belle île, Landes de Bretagne, Ouessant), caprine (chèvre des fossés, chèvre poitevine) ou porcine (porc blanc de l'Ouest) En contrepartie d’une application du cahier des charges, une aide de 200 €/UGB sera versée pendant les cinq années de l’engagement, à condition que le montant de la demande soit supérieur à 200 €/an.

Outre la MAE PRM, Laëtitia bénéficie d’une MAE système polyculture élevage qui concerne essentiellement l’assolement de son exploitation, qui compte plus de 70 % d’herbe dans la SAU. En respectant quelques autres critères, elle a pu contractualiser cette MAE pour 5 ans, pour un montant de 180 €/ha/an. D’autres MAE existent et peuvent s’adapter à d’autres systèmes d’exploitation.


Renseignements complémentaires :
prendre contact avec l'antenne locale de la chambre d'agriculture.

- © Terra

Les races de Bretagne unissent leurs efforts

La Fédération des races de Bretagne a été lancée en octobre 2011. Elle regroupe dix races locales, l'Armoricaine, la Nantaise, la Froment du Léon et la Bretonne pie noir en bovins, la Belle île, le Landes de Bretagne et le mouton d'Ouessant en ovins, la chèvre des fossés, le porc blanc de l'Ouest, l'abeille noire d'Ouessant et la poule Coucou de Rennes.

Races rustiques issues du patrimoine vivant breton, elles ont toutes connu leur âge d'or en élevage avant de brusquement décliner avec la modernisation de l'agriculture, après la seconde guerre mondiale. Menacées d'extinction, elles doivent leur survie à une poignée de passionnés qui, à partir des années 70, ont mené des plans de sauvegarde puis de relance de la race. Si bon nombre de ces animaux sont aujourd'hui détenus par des particuliers, les éleveurs s'y intéressent aussi, les nouveaux modes de consommation et la vogue des circuits courts leur offrant des débouchés pour des produits différenciés, typiques et de qualité.

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