Terra 20 octobre 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

Maïs ensilage :une année très hétérogène

La campagne avait mal commencé, avec les attaques de mouche Geomyza. Puis le mois de juin froid a fait craindre le pire avant que la sécheresse ne s'installe sur la Bretagne. Au final, les situations sont très hétérogènes d'un bout à l'autre de la région, certaines zones froides voyant leurs rendements progresser tandis que d'autres, très séchantes, ont vu les leurs amputés de 20 à 30 %.

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2016 a été précoce. Et la récolte a été avancée partout de 15 jours voire plus.
2016 a été précoce. Et la récolte a été avancée partout de 15 jours voire plus. - © Terra

Hétérogénéité... C'est le mot qui revient sans cesse quand il s'agit de faire le bilan de cette campagne 2016 de maïs ensilage. D'un bout à l'autre de la Bretagne, la situation est tous les ans contrastée, entre des parcelles très séchantes du sud de l'Ille-et-Vilaine ou du sud du Morbihan et des terres profondes, aux rendements plus réguliers. Mais, cette année, sécheresse, chaleur et mouche (voir encadré) ont encore exacerbé ces différences.

Des orages pour sauver le rendement

Difficile, dans de telles conditions, de tenter une quelconque synthèse, d'autant que l'hétérogénéité peut concerner deux voisins, deux parcelles appartenant à la même exploitation... "Dans certains secteurs, des pluies d'orage, fin juin, ont permis de sauver le rendement", indique Lionel Quéré, conseiller cultures à la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, "quand, à proximité immédiate, l'absence d'eau a provoqué des chutes de 20 à 25 %". Et, d'un bout à l'autre de la Bretagne, les rendements s'échelonnent de 7 à 15 tonnes de matière sèche à l'hectare.

Si la situation est globalement satisfaisante dans le Finistère et les Côtes d'Armor, les rendements sont en recul de 10 à 15 % en Ille-et-Vilaine et jusqu'à 20 à 25 % en Morbihan. "Une moyenne qui cache de grandes disparités", préviennent tous les conseillers culture. "Dans certaines zones très séchantes du Morbihan, certains ont pu perdre jusqu'à 30 %", rajoute Clarisse Boissellier.

Une maturité en avance de 15 jours

Autre point sur lequel tous les observateurs s'accordent : après une année 2015 tardive, où certains ensilages ont eu lieu après le 1er novembre dans les zones les plus froides, 2016 a été précoce. Et la récolte, avancée partout de 15 jours voire plus, a démarré fin août-début septembre dans les zones les plus séchantes. "Elles battaient leur plein en Ille-et-Vilaine la semaine du Space, ce qui n'est pas si courant", indique Lionel Quéré.

"Cette si grande avance a pu induire des récoltes un peu tardives cette année", indique Anne-Thérèse Bilcot, conseiller cultures à la chambre d'agriculture du Finistère. "L'aspect visuel des cultures a aussi pu jouer, rajoute Sylvain Le Floc'h, conseiller en Côtes d'Armor. Ces dernières années, les semenciers ont sélectionné sur le stay green, la capacité des plantes à rester vertes. Mais la matière sèche continue à progresser".

Une digestibilité moindre

Et, au moment de fixer la date du chantier, il a fallu jouer avec la disponibilité des machines, en ETA comme en Cuma. Des situations qui ne seront pas sans conséquence sur la qualité de l'ensilage. "De nombreux maïs, notamment en zone séchante, ont été récoltés à plus de 35 % de matière sèche, confirme Romain Guégan, chef produit fourrage et systèmes fourragers à BCEL Ouest. Ce qui l'a rendu difficile à tasser. La conservation sera sans doute un peu moins bonne". Avec des feuilles et des tiges très sèches, la digestibilité risque aussi d'être plus faible. "Pour le moment, ce ne sont que des tendances, qui demandent à être confirmées par notre campagne d'analyse, qui va débuter début novembre".

"La sécheresse a aussi touché les prairies", rappelle Sylvie Tico, conseiller cultures à la chambre d'agriculture du Morbihan. Et certains éleveurs sont déjà passés à la ration hivernale. De quoi accentuer encore les difficultés dues à la conjoncture.

Des céréales faciles à semer

Jusqu'en ce début de semaine, les chantiers d'ensilage se sont déroulés dans d'excellentes conditions, "sauf un vendredi avec de très fortes pluies", tempère Lionel Quéré. Pas de boue sur les routes ni aux alentours des silos... Les sols ont été très peu compactés. "Et, comme la plupart des parcelles sont propres, le semis des céréales peut s'envisager sans labour, pour gagner du temps et des passages d'outils".

La pyrale progresse

Le constat vaut pour tous les départements bretons : la pyrale, inconnue sous nos latitudes il y a peu encore, progresse. La faute au réchauffement climatique ? À une année chaude et sèche ? "En centre et sud Finistère, on en a eu plus que d'habitude, note Anne-Thérèse Bilcot. De 5 à 10 % des pieds seraient touchés". "Même si on a du mal à estimer les dégâts, ça devient une préoccupation", rajoute Lionel Quéré. Le problème ? "Quand la larve arrive tôt, la tige casse en-dessous de l'épi et le rendement s'en ressent". Avec une arrivée plus tardive, c'est l'épi qui est touché, "avec moins d'impact sur le rendement mais un risque sanitaire et, notamment, une porte d'entrée pour la fusariose, ce qui peut poser problème sur du maïs grain destiné aux porcs".

"Dans une parcelle atteinte, il convient de broyer finement les cannes et de les incorporer au sol, afin de détruire les larves et de limiter le développement de la maladie, indique Sylvain Le Floch, qui note aussi la progression du charbon des inflorescences, ou charbon nu.

Et les attaques de mouche ?

Si les attaques de mouches ont été très virulentes dans certains secteurs, on estime à 20 % la sole de maïs touchée en Bretagne. "L'année a permis de voir l'efficacité du Sonido, note Anne-Thérèse Bilcot. Des parcelles traitées par d'autres insecticides ont aussi pu subir des attaques". Les premiers signalements ont été effectués fin mai. Et, au cas par cas, en fonction des dégâts, les agriculteurs ont pu décider de pratiquer un sur-semis, voire de re-semer dans des parcelles qui ont enregistré juqu'à 50 voire 70 % de plants touchés.

"Les sur-semis ont donné un résultat décevant, constate la conseillère cultures à la chambre d'agriculture du Finistère. Les plants sont restés chétifs, l'ombrage des autres plants les a pénalisés et ils sont restés en retard en terme de maturité". Le re-semis, qui a concerné 1 % de la sole bretonne de maïs, principalement dans le nord Finistère et en centre Bretagne, n'a pas toujours donné les résultats escomptés non plus... "Le surcoût est important, souligne Lionel Quéré, conseiller cultures à la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine. Et même si la récolte est décalée dans le temps, les parcelles ont du mal à arriver à maturité". Et les agriculteurs sont mitigés... "Finalement, les plants ont réussi à compenser. Re-semer n'a pas toujours été judicieux". Mais ce ne sont là que des ressentis et le conseiller attend maintenant les résultats des observations menées par Arvalis. "Elles nous permettront de savoir quelle conduite tenir à l'avenir, si une telle situation devait se reproduire".


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