Terra 01 août 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape et Agra

Malgré les aléas climatiques, un bon cru pour la moisson 2019 !

Bien avancées sur l'ensemble de la Bretagne, les moissons 2019 resteront dans les mémoires comme un bon cru. Le froid de juin et deux épisodes de canicule n'ont nui ni à la qualité ni au rendement. Et les récoltes ont majoritairement bénéficié d'excellentes conditions météo, même si les zones les plus tardives ont dû composer avec un peu de pluie et de vent, en début de semaine.

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Les rendements moyens sont plutôt bons en orge et en blé en Bretagne. Cerise sur le gâteau pour les éleveurs, il y a en général un bon rendement en paille.
Les rendements moyens sont plutôt bons en orge et en blé en Bretagne. Cerise sur le gâteau pour les éleveurs, il y a en général un bon rendement en paille. - © Terra

"Un temps, on a craint pour le rendement. Mais finalement ni les coups de gel ni les coups de chaud n'ont eu d'impact négatif". Conseiller cultures à la chambre d'agriculture, basé à Morlaix (29), Louis Le Roux fait état de rendements de l'ordre de 75 à 80 q/ha en orge d'hiver,
"avec très peu de maladies en culture".
"Certaines parcelles sont au-delà de 90 quintaux, ajoute Anne-Thérèse Bilcot, sa collègue basée à Saint Ségal (29). Mais quelques parcelles ont décroché : petites terres, problèmes de taupin...".
À la chambre d'agriculture de Vannes (56), Philippe Lannuzel fait état de quelques difficultés au moment de la récolte. "Parfois, la paille était tellement sèche et cassante qu'elle n'a pas pu être correctement valorisée. Ailleurs, et notamment du côté de Pontivy, le grain est parfois arrivé à maturité avant la paille, ce qui a obligé à faucher et attendre que la paille sèche avant de battre".


Une baisse des surfaces en orge
"En moyenne, les rendements sont plutôt bons, sans être exceptionnels non plus, constate également Michel Le Friant. La récolte s'est déroulée dans de très bonnes conditions et la collecte s'est bien passée". Aux alentours de 66-67, les PS sont "corrects". "Mais les surfaces ont diminué, note le responsable du pôle céréales de Triskalia, le premier collecteur breton. L'orge d'hiver est sensible à la jaunisse nanisante. Et les néonicotinoïdes étant désormais interdits, certains producteurs ont préféré jouer la sécurité, en semant du blé ou du triticale". S'y rajoute un décalage de prix important entre blé et orge à la récolte 2018, rendant cette dernière peu attractive. "Le prix est pourtant reparti à la hausse avec l'ouverture de l'export".

En blé, un bon rendement en grains...
Si la récolte d'orge est partout terminée, il reste encore un peu de blé sur pied dans les zones les plus tardives de la région. "Les rendements sont supérieurs à ceux qui étaient attendus, note avec satisfaction Michel Le Friant. Une bonne fécondation des épis a compensé un faible tallage. Les pluies de juin ont permis de refaire les réserves hydriques de la culture, entraînant une bonne finition du grain. Il y a eu peu de verse. Et les cultures étaient saines, avec peu de septoriose".
"Les rendements moyens avoisinent les 75-90 q/ha, certaines parcelles dépassant même les 100 quintaux quand d'autres plafonnent à 60, indique Anne-Thérèse Bilcot. "Des parcelles plus tardives, qui ont sans doute souffert du froid et de la pluie de juin". "Le rendement est bon à très bon, y compris pour des terres pas exceptionnelles, confirme Philippe Lannuzel, qui évoque cependant quelques cas d'échaudage. Si certaines variétés tardives ont pu être rattrapées en plein remplissage par des températures élevées, les plus précoces avaient terminé leur cycle et il leur restait juste à transférer leurs dernières réserves".
Avec un PS à 81-82, la qualité est aussi au rendez-vous en blé. "Mais à 11,2-11,3 de moyenne, les taux de protéines sont hétérogènes", indique Michel Le Friant. Des taux plutôt faibles cette année. "Un bon niveau de rendement a souvent pour effet de les diluer", explique Louis Le Roux.


... et en paille
Cerise sur le gâteau pour les éleveurs, "il y a en général un bon rendement en paille, constate Claire Poyac, conseillère culture à la chambre d'agriculture, basée à Loudéac (22). Et ici, la récolte a été rapide et réalisée dans de bonnes conditions".
Si, localement, les derniers chantiers de récolte ont été interrompus autour du week-end dernier par quelques averses, la pluie est attendue avec impatience par les éleveurs. "Certes, la récolte des céréales a été bonne, analyse Michel Le Friant. Mais dans nos zones d'élevage, s'il ne pleut pas rapidement, les rendements en herbe et en maïs vont être pénalisés".

Une récolte française satisfaisante ; l'inquiétude demeure pour le maïs

Un peu partout en France, la canicule avait soulevé des inquiétudes du côté des céréaliers. Mais, comme en Bretagne, la récolte française, réalisée dans de bonnes conditions, est globalement satisfaisante, le rendement en blé étant même de 3 à 5 % supérieur à la moyenne des cinq dernières années. Avantage du temps sec, la qualité est au rendez-vous, avec un taux d'humidité de 12,5 %, un PS supérieur à 80 et un taux de protéines égal ou supérieur à 11,5. Si la moisson s'est déroulée "sereinement", les gros débits de chantier ont parfois compliqué la tâche au niveau logistique.
En orge d'hiver, rendements et qualité sont corrects. Mais l'orge de printemps manque de protéines, obligeant à un tri à réception.
Si les moissons ont réussi à tirer leur épingle du jeu, l'inquiétude demeure forte pour les cultures d'été, comme le maïs, la pomme de terre ou la betterave. L'AGPM (producteurs de maïs) souligne que la seconde canicule, fin juillet, est intervenue en pleine floraison, "période critique dans l'élaboration du rendement". Une situation aggravée par de nombreuses restrictions d'eau, qui concernaient 77 départements au 25 juillet. Parmi eux, 27 sont placés en "crise" pour tout ou partie de leur territoire.

Sécheresse : 60 départements autorisés à faucher les jachères

Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a annoncé le 29 juillet, sa décision d'élargir à "27 nouveaux départements" la dérogation permettant aux agriculteurs de "valoriser leurs jachères" pour cause de sécheresse. La mesure s'appliquera aussi aux céréaliers. 60 départements étaient donc concernés par cette dérogation, prévue en cas de "force majeure". Les quatre départements bretons n'en faisaient pas partie en ce début de semaine.
Didier Guillaume appelle le secteur à "faire preuve de solidarité" entre "les départements disposant de fourrages et ceux en pénurie". Le dispositif de calamités agricoles sera activé "dès le bilan de la sécheresse 2019 connu". À l'issue d'un rendez-vous avec le ministre de l'Agriculture le 29 juillet, la présidente de la FNSEA Christiane Lambert a salué des "avancées" sur ce dossier.

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