Terra 19 mars 2015 à 08h00 | Par E.Le Corre

Manger-français en restauration scolaire : un maillon à trouver entre filières longues et collectivités

Les Jeunes agriculteurs ont interrogé maire, coopérative, prestataire de la restauration et professionnel agricole sur le manger-français en restauration scolaire. Mais si le manger-français fédère, reste à caler, côté filière "longue", une organisation pour faire le pont entre offre et demande.

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Des échanges intéressants avec les participants de l'AG.
Des échanges intéressants avec les participants de l'AG. - © terra

Depuis l'été dernier, le mobilisation autour du "manger-français" en restauration hors foyer est une des actions phare du syndicat FDSEA-JA. En Côtes d'Amor, les professionnels, très investis, sensibilisent les élus des collectivités territoriales par des courriers, des rencontres... Une dizaine de communautés de communes ont été rencontrées par le réseau. Mais attention, souligne Sébastien Rouault, président de JA22, "à une certaine confusion sur l'approvisionnement local, il ne s'agit pas uniquement de la vente directe ou des circuits courts", rappelle le professionnel qui souhaite une mise en application régionale et nationale du manger-français, soutenue par l'Etat. "Il est grand temps que l'Etat est un vrai courage politique et que l'on retrouve la bonne origine des produits dans nos rayons". Alors que toutes filières confondues, on cherche une porte de sortie à cette spirale des "prix bas", le président de JA 22 rappelle que la tension des prix dans les filières doit interpellé collectivement, notamment pour trouver une solution à la crise porcine.

Une volonté pas toujours suivi d'actes

Mais mettre en place un réseau d'approvisonnement de produits locaux auprès de la restauration scolaire en Bretagne, plus précisément en Côtes d'Armor, est complexe mais pas impossible. Le syndicat des Jeunes agriculteurs a mené une enquête auprès de 12 restaurants scolaires afin de mieux comprendre le fonctionnement.

Parmi les établissements scolaires rencontrés, seuls 4 appliquent 20% de produits bio ou locaux dans leur restauration. Un bon élève, la collectivité de La Motte, a retenu l'attention des Jeunes agriculteurs. Le cuisinier, attentif à l'approvisionnement en produits locaux, gère en direct 50% de ses approvisionnements : La Motte, Merdrignac, Lanvollon... pour un prix facturé aux familles de 2,90 €. Dans les échanges avec les collectivités, constatent les agriculteurs, "il y a une volonté politique de s'approvisionner localement". Les freins, similaires d'une enquête à l'autre, seraient d'une part le prix et la centralisation de l'approvisionnement d'autre part. "Les établissements rencontrés ne sont pas contre l'approvisionnement local mais il y a un réel besoin de structurer les offres. La majorité veut éviter un produit, un fournisseur", rapporte Tanguy Rousseau.

Il manque un maillon

Le maire de Lanmérin, Jacques Goisnard, administrateur de l'association des maires de France, reconnaît méconnaître les différents réseaux de distibution des produits locaux. "Pour la fraise, par exemple, je ne sais où m'adresser localement", convient-il", à part me tourner vers mon grossiste Bourguignon....". Un témoignage qui surprend dans un département producteur de fraises. Une remarque confirmée par Céline Maillard, responsable du pôle nutrition Ansamble Breiz Restauration qui explique trouver facilement des produits locaux entre 100 et 400 couverts. A contrario, les gros volumes posent problèmes. "On a des difficultés à trouver 45 tonnes de pommes par an pour alimenter des crèches", cite-t-elle en exemple.

Structurer la filière longue

De son côté, le président de la coopérative Cooperl Arc Atlantique, Patrice Drillet, reconnaît l'absence d'un maillon, au moins au niveau logistique. Au final, la Cooperl, qui nourrit 13 millions de personnes par jour dans le monde, en Chine, Thaïlande et ailleurs..., ne parvient pas à livrer les cantines scolaires de Lamballe. Un comble ! "Nous passons par des réseaux organisés type Sodexo, Pomona", indique Patrice Drillet avec des produits standardisés, vendus en gros volumes. Ce qui fait défaut selon lui ? Tout simplement un interlocuteur central qui regroupe les offres de toutes les cantines. " Oui, nous voulons bien répondre mais nous ne trouvons pas les interlocuteurs. Cela peut passer par un grossiste qui existe déjà", propose-t-il. Pas si simple pourtant. Pour Chantal Bévillon, en charge du dossier au sein de la FRSEA, il faut pouvoir réunir les différents acteurs autour de la table : d'un côté les politiques, prêts à s'investir ; de l'autre les coopératives sur une échelle a minima régionale, voire "grand ouest". "Il n'y a pas qu'une volonté politique, il y a aussi les entreprises", souligne-t-elle,

Florent Dornier, secrétaire général JA national, invité de l'assemblée générale.
Florent Dornier, secrétaire général JA national, invité de l'assemblée générale. - © terra

Que proposent les Jeunes agriculteurs ?

Tous le monde s'accorde sur un point : il y a un marché gigantesque à reconquérir, avec 6 milliards de repas par an en France en restauration hors foyer. "Il faut accentuer le message pour retrouver le goût du vrai auprès des enfants des écoles. Et aussi se trouver des alliés, les parents d'élèves par exemple", estime Florent Dornier, secrétaire général JA National. Est proposé la diffusion d'une affiche "Manger français", distribuée sur l'ensemble des communes et des cantines du territoire ; d'aller à la rencontre des élèves des écoles primaires, plus particulièrement pour les sensibiliser à l'origine des produits. Seront distribués des magnets à coller sur le réfrigérateur, histoire de rappeler à chacun qu'il vaut mieux "manger-français". Enfin rendez-vous a été pris avec l'association des maires de France. Une charte signée des maires pourraient voir le jour.

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