Terra 23 août 2018 à 08h00 | Par Gérard You, institut de l’élevage

Marchés mondiaux des produits laitiers : dans le sillage de la croissance économique mondiale

Qu'on se le dise, les marchés laitiers mondiaux qui s'étaient déjà raffermis en 2017 restent orientés à la hausse en 2018. Gérard You, responsable du service économie des filières à l'Institut de l'élevage, décrit et analyse tous les ingrédients de la conjoncture laitière. Si la production de lait est toujours à la hausse, elle est accompagnée d'une hausse de la consommation dans les pays d'Asie notamment où la demande ne cesse de croître. Plus globalement, la relance de l'économie mondiale contribue aussi à faire que les feux soient passés au vert.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Confrontée à de moindres disponibilités, la Nouvelle-Zélande a poursuivi sa stratégie d’augmentation de valeur ajoutée.
Confrontée à de moindres disponibilités, la Nouvelle-Zélande a poursuivi sa stratégie d’augmentation de valeur ajoutée. - © Franck Mechekour

En 2017, l’Union européenne et la Chine ont confirmé leur rôle majeur sur l’équilibre des marchés mondiaux. D’un côté, la production laitière européenne a été relancée grâce au redressement du prix du lait. De l’autre, la vigoureuse demande chinoise a reposé sur des importations croissantes et de plus en plus diversifiées de produits laitiers.

 

Croissance ferme de la production mondiale

Estimée à 837 millions de tonnes toutes espèces confondues en 2017, la production laitière mondiale a retrouvé sa progression tendancielle et a égalé la demande solvable. L’essentiel de la croissance de la production laitière repose toujours sur le lait de vache (83 % de la production mondiale totale). Cependant, depuis 2000 elle a progressé moins vite (+ 41 %) que celle des laits issus des autres ruminants (brebis, chèvres et bufflonnes) en hausse de 57 %.

L’Asie joue toujours un rôle majeur, mais moins prédominant qu’auparavant, dans la croissance de la production laitière mondiale : + 7 millions de tonnes de lait en 2017 (+ 2 % par rapport à 2016), surtout en Inde (+ 6 millions de tonnes de lait soit + 4 % par rapport à 2016) qui conforte sa position de 1er producteur mondial . Le continent asiatique, Chine en tête, a absorbé à lui seul, 57 % des échanges internationaux en 2017 selon la FAO, pour couvrir un déficit estimé à 34 millions de tonnes équivalent lait (10 % de la consommation asiatique).

 

Croissance forte dans les Amériques

En Amérique du Nord, la production a progressé rapidement aux États-Unis (+ 1,4 % par rapport à 2016), stimulée par le dynamisme de la demande intérieure (276 litres/hab.), notamment en matière grasse laitière . En revanche, l’Amérique centrale, Mexique en tête, est toujours plus déficitaire en poudres de lait, surtout importées des États-Unis, malgré le dynamisme de sa production nationale (+ 1,7 % par rapport à 2016) .

En Amérique du Sud, la production a rebondi (+ 4 % par rapport à 2016) après le reflux en 2016 provoqué par des conditions climatiques défavorables au Brésil, en Argentine comme en Uruguay. Les échanges extérieurs ont peu varié, mais l’excédent laitier de ce sous-continent fond comme une peau de chagrin.

 

Croissance relancée en Europe

En Europe, la production laitière a rebondi au second semestre 2017 (+ 0,8 % par rapport à 2016 à 223 millions de tonnes), essentiellement dans l’UE-28 . En revanche, elle n’a que faiblement progressé en Russie et Biélorussie, et a poursuivi son déclin en Ukraine. Le continent européen maintient son excédent de production par rapport à ses besoins de consommation (110 % en 2017). En Océanie, la production a marqué le pas à 31,4 millions de tonnes de lait en 2017, sous l’effet de conditions climatiques peu favorables, dont un printemps austral sec en Nouvelle-Zélande.

 

- © Terra

Des échanges internationaux plus animés quíen 2016

En 2017, les échanges internationaux ont évolué différemment selon les produits laitiers. Ils sont demeurés dynamiques pour les fromages commodités. Ils ont aussi progressé pour les ingrédients à base de protéines laitières (caséines et poudres de lait), mais insuffisamment pour résorber les stocks accumulés. Enfin, le commerce international de beurre et de matière grasse anhydre a reflué faute de disponibilités. Les échanges internationaux (intra-communautaires exclus) ont rebondi de 11 % en valeur à 45 milliards d'euros du fait de la remontée des cours de la matière grasse. Ils ont faiblement progressé en volume : + 1 % à 68 millions de TEL (tonnes équivalent lait) sur l’année 2017. En 2016, ils avaient quasi plafonné après avoir fortement progressé de 2 millions de TEL en 2014 et de 1,8 million de TEL en 2015. L’UE-28 et les États-Unis ont été les deux principaux fournisseurs de la croissance des échanges internationaux. Ils ont profité du manque d’offre océanienne pour regagner des parts de marché. Confrontée à de moindres disponibilités, la Nouvelle-Zélande a poursuivi sa stratégie d’augmentation de valeur ajoutée. Ensemble, ces trois exportateurs majeurs ont conforté leur part prédominante dans les exportations mondiales de produits laitiers.

Les cinq exportateurs suivants, qui ne fournissent plus que 15 % des échanges internationaux, contre 20 % en 2010, ont tous réduit leurs expéditions en 2017. Deux pays ont rencontré des difficultés commerciales avec leur principal client : la Biélorussie avec la Russie et l’Uruguay avec le Brésil. Les trois autres (Argentine, Australie et Ukraine) ont surtout subi le tassement de leur production laitière. Les trois principaux importateurs (Chine, Russie, Mexique) sont aussi les principaux moteurs de la croissance des échanges internationaux.

Ils ont sensiblement accru leurs achats, de 6 à 3 % par rapport à 2016, portés respectivement à 12,7 millions de TEL, 4,4 millions de TEL et 3,8 millions de TEL. Avec les cinq suivants (Arabie Saoudite, Algérie, Indonésie, les Philippines et Malaisie), ils ont importé l’équivalent de 50 % des échanges internationaux.

 

- © Terra

Des échanges croissants de fromages

Les échanges internationaux de fromages ont progressé modérément (+3,3 % par rapport à 2016 à 2,5 millions de tonnes) et les fabrications ont été globalement en adéquation avec une demande stimulée par la reprise de la croissance mondiale.

Les États-Unis et l’UE-28 ont fourni l’essentiel des volumes supplémentaires échangés. Le dynamisme des importations japonaises de fromages s’est accéléré en 2017, en hausse de 6 % par à rapport à 2016, pour satisfaire une demande intérieure très dynamique alors que la production nationale est faible et baissière. La Russie a aussi importé davantage (+ 3 % par rapport à 2016), sans que les volumes importés n’aient retrouvé le niveau atteint avant l’embargo sur les produits laitiers européens et états-uniens.

 

Marché du beurre tendu faute de disponibilités

Déjà très élevés début 2017, les cours du beurre ont continué de flamber jusqu’à l’été, avant de se détendre en fin d’année grâce à la reprise saisonnière des fabrications européennes.

Les fabrications ont progressé insuffisamment pour satisfaire la demande solvable sur les marchés émergents, mais aussi dans les grands bassins de consommation. Les échanges internationaux ont chuté d’environ 100 000 t selon nos estimations (- 10 % par rapport à 2016), à 900 000 t en 2017. Ils sont ainsi repassés sous le niveau de 2012, après avoir fortement progressé jusqu’à 1 million de tonnes (ou 1 Mt) en 2016. Au 1er semestre 2018, le marché est encore plus tendu. Au 2nd semestre, l’équilibre du marché dépendra de l’évolution de la ressource laitière dans les grands bassins excédentaires, mais aussi de l’ampleur de la croissance de la demande dans les pays émergents, Chine en tête.

 

Marché déprimé de la poudre maigre plombé par les stocks européens

Malgré des fabrications mondiales stationnaires (4,5 Mt) et des échanges internationaux relancés (+ 10 % par rapport à 2016 à 2,35 Mt) le marché de la poudre est demeuré déprimé, plombé par les surstocks accumulés dans l’UE-28 et aussi aux  États-Unis . Le cours de la poudre maigre n’a cessé de se déprécier : de 2 170 €/t en janvier, il est tombé à 1 385 €/t en décembre, soit une moyenne annuelle (1 730 $/t) égale à celle de 2016.

 

Bonnes perspectives 2018

Pour 2018, les perspectives s’annoncent aussi bonnes, voire meilleures, qu’en 2017. L’offre laitière progresse modérément dans l’UE-28, et demeure convalescente en Océanie. Quant à la demande mondiale, elle reste ferme grâce à une croissance économique forte et plutôt bien répartie sur la planète. De plus la remontée du prix du pétrole et du gaz pourrait stimuler la demande en protéines laitières dans les pays exportateurs, ce qui faciliterait la résorption au moins partielle des stocks européens de poudre de lait.

 

Info : * Extrait du Dossier Économie de l’Elevage n° 490 juin 2018 : Marchés mondiaux des produits laitiers : bien orientés grâce à la croissance mondiale. http ://idele.fr/presse/publication/idelesolr/recommends/marches-mondiaux-des-produits-laitiers-annee-2017-perspectives-2018-dossier-economie-n490-juin-1.html

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui