Terra 17 janvier 2019 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Médiation : agir tôt, avant qu'il ne soit trop tard

Lorsqu'un conflit se déclare entre associés, il existe un recours, celui de la médiation par des pairs proposée dans chacun des départements bretons par la chambre d'agriculture de Bretagne, Agri Médiation Bretagne. Pour intervenir tôt - avant que la situation ne soit trop dégradée - les acteurs du relais médiation veulent se faire mieux connaître.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La médiation déclenche un changement de comportement, positif dans 60 % des cas, et un changement d'organisation dans 65 % des cas.
La médiation déclenche un changement de comportement, positif dans 60 % des cas, et un changement d'organisation dans 65 % des cas. - © Gutner archives

Né dans le Morbihan, le "relais médiation 56" est aujourd'hui devenu "Agri médiation Bretagne" : un dispositif qui s'étoffe et grappille du terrain avec un nombre de 7 médiations menées sur une année dont 4 clôturées, 2 en cours et une en projet dans les départements du Morbihan, des Côtes d'Armor et du Finistère. Pour son président l'agriculteur Éric Touzard, "dans le cadre d'une agriculture un peu plus sociétaire, l'appui aux personnes doit continuer et se renforcer", a-t-il déclaré à l'occasion de l'assemblée générale d'"Agri Médiation Bretagne" à Loudéac le 4 janvier. Le dispositif breton propose une médiation réalisée par des agriculteurs formés dont le but est de rétablir le dialogue entre les parties en conflit afin qu'elles trouvent leurs propres solutions, soit en continuant l'exploitation mais en fonctionnant différemment. Soit en se séparant.

 

La médiation conduit au changement

Quoiqu'il en soit, la médiation conduit dans la plupart des cas à un changement d'état. Dans l'étude d'Hélène Amouriaux présentée au Space, la médiation déclenche, dans 82 % des cas, un changement de comportement, positif dans 60 % des cas, et un changement d'organisation dans 65 % des cas. À l'issue, les accords formalisés portent sur le relationnel, le financier, le retrait d'associés, le recours à de la main d'œuvre, le changement d'organisation... "Ce n'est pas toujours l'idéal mais il y a du changement", assure Nathalie Darras, responsable du réseau Agri Médiation Bretagne, composé d'une animatrice par département.

Bien sûr les germes de discorde ne manquent pas. Multiples et variés, on retrouve des problèmes d'inéquité dans le travail, des personnalités qui ne s'accordent plus, des niveaux d'exigence différents, des difficultés de communication, de compréhension intergénérationnelle ou encore l'influence de l'entourage dans le prise de décisions...

 

Des agriculteurs à l'écoute d'autres agriculteurs

Sur la Bretagne, une trentaine de médiateurs, tous agriculteurs ou anciens agriculteurs sont formés ou en cours de formation dans le respect du code de déontologie fixé par l'Amgar*. La formation initiale de trois jours est complétée d'une formation continue adaptée aux besoins des médiateurs. Le travail en binôme d'un médiateur expérimenté et non expérimenté "permet une montée en puissance progressive", note Nathalie Darras. Pour Christine et Jean-Yves, le temps de débriefing après chaque rencontre est important pour "approfondir certains points". "Le temps de rencontre avec l'animatrice aussi. Je me libère aussi de choses lourdes à porter, même si j'arrive facilement à prendre de la distance", décrit Jean-Yves. Quant à la médiation par des pairs, il s'agit d'un choix justifié par la mise en confiance, la facilité de dialogue, le sentiment de compréhension des agriculteurs vis-à-vis du médiateur.

Conciliation par le biais d'un avocat, protocole de dissolution en place... mais aujourd'hui, le relais médiation fait le constat d'un problème lié au moment de l'intervention. "Quand on arrive, la situation est déjà très dégradée". En 2019, Agri Médiation Bretagne engagera donc des actions avec ses partenaires pour mieux se faire connaître et gagner un temps précieux. "Plus on intervient tôt, plus on est efficace", rappelle Eric Touzard.

* Association de Médiation pour les Groupes Agricoles et Ruraux

 

Daniel Morel, formateur.
Daniel Morel, formateur. - © Terra

Témoignage

Daniel Morel, formateur : "Faire sortir les préoccupations"

Pour le formateur en PNL (Programmation neurolinguistique) Daniel Morel, venu s'exprimer sur les rouages psychologiques, une bonne communication passe forcément par un état de bien-être. "Pour réussir dans sa communication, on a la nécessité d'aller bien", édicte-t-il en préalable. Chaque événement génère des pensées, des émotions chez chacun de nous. Ces émotions produisent un bain émotionnel qui infuse, agit sur notre comportement, nos automatismes et renforce notre pensée et donc nos actes. Quand on va mal, le "cerveau commence à boucler", cela crée "de la trouille, des ornières, des tranchées". Et Daniel Morel de reconnaître : "C'est un sacré boulot que de bouger cela !".

Alors comment agir ? "Il faut tout faire pour laisser s'exprimer les émotions, ce qui fait souffrir". Puis "apporter quelque chose de nouveau dans le système de la personne, une pensée supérieure".

En tant que médiateur, il y a toutefois des préalables à respecter : pas de jugement, pas d'apport de solution, pas de prise en charge, pas d'interprétation. "Quand on veut aider quelqu'un il faut se mettre hors jeu". Et aller bien soi-même évidemment.


Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui