Terra 29 novembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Michael Horsch : "Il va falloir réduire la chimie"

Grand défilé, jeudi dernier au parc des expositions de Lanester. À deux pas du rond-point tenu par les gilets jaunes, le rouge des matériels de la gamme Horsch, spécialiste du sans-labour, rutile pour la présentation initiée par le réseau Promodis. Pour la commenter, Michael Horsch, son créateur, pour qui l’avenir passe par la réduction des solutions chimiques.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Michael Horsch, fondateur de la société éponyme.
Michael Horsch, fondateur de la société éponyme. - © Terra

"En France, vous êtes toujours en train de vous plaindre mais quand on parle d’agriculture moderne, je dis bien d’agriculture moderne, avec réduction d’intrants, utilisation d’engrais verts, la France est le pays où l’on expérimente le plus", cela ne fait pas l’ombre d’un doute pour le créateur de la marque Horsch. Il fait, depuis 37 ans, du matériel pour les techniques sans-labour, sa spécialité. Ce domaine d’activité génère pour la société familiale un chiffre d’affaires de 400 millions d’euros et emploie plus de 1 000 salariés. "La France a été longtemps notre premier marché dans les années 80-90", situe-t-il, avant de voir poindre, avec la chute du mur de Berlin, de nouveaux territoires de croissance à l’Est, et de plus grands domaines de jeu. "L’Ukraine, un des plus gros avec la Russie, la Roumanie et la Grande Bretagne qui monte, partout où il y a des céréaliers", résume le constructeur-inventeur-ingénieur, totalement autodidacte.

 

Un savoir à promouvoir

Quid alors de la polémique sur le glyphosate, redoutable herbicide allié de ces techniques sans-labour pour la destruction de couverts ? Elle était "prévisible" selon ce constructeur allemand qui "aperçoit là une direction qui aura un impact en Europe" et pour qui donc, "il va falloir réduire la chimie. Nous misons sur la précision et la qualité et les schémas de production qui permettent de baisser les intrants". Une mutation qui ouvre "un potentiel énorme" et nécessité de rebattre les cartes en mettant en œuvre une multitude de solutions. "Il va falloir changer les rotations. La France est leader en Europe sur l’expérimentation en engrais verts. On apprend ici des choses. Ce savoir, on va le promouvoir. On pousse ce développement et on propose des solutions", pointe-t-il, plaidant pour sa chapelle avec en ligne de mire la promotion de ses productions tant sur son premier métier - le matériel pour le travail du sol sans-labour -, mais également sur les semoirs, et enfin sur la pulvérisation, troisième domaine en pleine croissance.

 

Le futur "control-farming"

Et s’il voit l’avenir avec moins de chimie, il sera, selon lui, bourré de nouvelles technologies pour une automatisation maximale des tâches, avec des solutions maison à l’avenant. Et de déplier sa tablette numérique pour présenter un balai d’autotractés et la digitalisation à l’œuvre sur le domaine de la famille Horsch de 300 hectares. "On se sert de notre exploitation familiale de Schandorff, en Bavière, pour faire notre expérience", explique-t-il. Ainsi, le trafic y a été décortiqué, analysé, et les données numérisées, toutes les parcelles digitalisées... "Il faut tout planifier pour ensuite proposer des softs" : entendre des applications sur mesure avec logiciels spécifiques pour gérer la logistique de l’exploitation. "De la logistique intégrée, avec un robot amené à la parcelle", voilà sa vision du futur. Et si récolte ou travail du sol automatisés ne sont pas pour demain selon lui, "la pulvérisation, l’épandage, le lisier, le transport et le semis peuvent l'être", Michael Horsch pointant déjà la réalisation d’une rampe de pulvérisation de 45 m de large aspergeant à 35 cm du sol en totale autonomie*. Échéances ? "À 5 ans en Europe, du fait des homologations. Ce sera opérationnel dans moins de deux ans en Europe de l’Est ou au Brésil", prédit-il.

Et l’homme dans ce futur robotisé ? "Il sera peu remplacé, il faudra au contraire avoir des salariés motivés et formés. La prochaine génération de chauffeurs existe déjà", assure-t-il, la mimant de ses pouces sur son smartphone : "Ils ont six ans, ils jouent déjà à ça. À 18 ans, ils voudront de la réalité… Remplacer l’humain n’est pas sérieux, la robotique ne le remplacera pas".

* Aujourd’hui, la distance légale pour piloter à distance un engin agricole est de 300 m.

 

 

La présentation était organisée par le réseau de distributeurs indépendants Promodis.
La présentation était organisée par le réseau de distributeurs indépendants Promodis. - © Terra

Promodis

Cette coopérative de 130 distributeurs indépendants basés en France, Suisse, Luxembourg, Portugal, Pologne est âgée de 34 ans. Elle est représentée dans le Grand Ouest par six entreprises que sont Delourmel, Douillet, Fimagri, Gabillet, Mac et Ouest Motoculture.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes
L’actualité en direct
Infos techniques terra sur Synagri

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 22 unes régionales aujourd'hui