Terra 22 septembre 2017 à 10h00 | Par Claire Le Clève

Mixité alternants / lycéens en CAP des métiers de l'agriculture, le Lycée St Yves de Gourin innove

Formation initiale et par apprentissage partagent un tronc commun en 2 eme année de CAP des métiers de l'agriculture. Cette formule de formation n'existait pas. Ils l'ont inventée pour 15 jeunes. Un mini laboratoire pour l'équipe pédagogique du Lycée Saint Yves de Gourin qui innove en créant une formule inédite.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Avec l'équipe pédagogique, les 15 élèves du CAP aMA dont six sont en alternance et partagent deux jours de cours, en tronc commun avec les lycéens, une innovation.
Avec l'équipe pédagogique, les 15 élèves du CAP aMA dont six sont en alternance et partagent deux jours de cours, en tronc commun avec les lycéens, une innovation. - © Claire Le Clève

 

"Être en centre Bretagne nous oblige à trouver des solutions pour nos jeunes. Ici la ruralité nous colle à la peau", une seconde nature, "importante", estime Jacques Affaire, directeur du Lycée Saint-Yves de Gourin où chaque année 250 élèves, de la 4éme au bac pro, arpentent l'établissement, dont 115 pour la filière agricole, essentielle.

Des cours communs

"Garder un pied au lycée et l'autre dans le monde professionnel", c'est l'ambition de cette formule qui offre aux lycéens en deuxième année de CAP aMA, la possibilité de réaliser la dernière partie de leur cursus, aussi par alternance, "avec un vrai statut de salarié". Un grand pas, note Olivier Tromilin, responsable de la filière apprentissage du Lycée. Jusque là, rien de très nouveau si ce n'est la formule innovante de la classe mixte concoctée par l'équipe pédagogique du lycée qui permet à tous ces postulants de CAP, d'avoir un tronc commun de cours. "Cette ouverture du CAP vers l'apprentissage, franchement on en rêvait", et ils l'ont fait mais, "c'est un vrai casse tête à mettre en place", ne cache pas l'équipe dont Danielle Glaziou, responsable des CAP a, aura jonglé avec l'emploi du temps pour offrir cette base de tronc commun de cours, "qu'il a fallu faire coïncider". Car si les jeunes alternants de CAP, au nombre de six cette année, sont en cours durant 450 heures, les lycéens, eux (neuf) en ont 800. "On a trouvé quelque chose qui marche, les jeunes partagent leurs cours communs les lundis et mardis. Puis les alternants repartent trois jours sur l'exploitation de leurs maîtres d'apprentissage, tandis que les lycéens sont, durant ces trois journées, en cours techniques et en stage".

Valoriser par la pratique agricole

L'idée de base ? "On voyait des jeunes heureux en contexte de stage et a contrario et souvent en situation d'échec à l'école. On s'est demandé comment les valoriser, leur redonner le goût d'apprendre", pointe l'enseignante. Trouver une autre pratique pédagogique qui leur tende la main, c'est ce que l'équipe a donc mis sur pied dans ce va et vient entre pratique et théorie , grâce à "ce réseau de 80 exploitations qui nous entourent et nous permettent d'apporter tout cet ancrage technique et pratique", insiste Olivier Tromilin. L'une enrichissant l'autre, redonnant le goût de l'école et du sens à ce que l'on y fait . "Avec cette individualisation des parcours, on arrive à les emmener vers le bac pro", constate avec satisfaction l'équipe. "Et c'est une formation qui permet de mieux gagner en compétence technique et pratique par rapport à une formation scolaire classique". "L'acquisition des connaissances et leur évaluation ne se font plus dans le seul cadre maîtrisé du lycée. Cela exige une proximité et un lien de continuité fort entre les enseignants et les agriculteurs qui nous accompagnent. Car ici, nous n'avons pas de ferme pédagogique, juste un atelier d'agroéquipement", souligne Jacques Affaire.

Observée à la loupe

Mise en place à cette rentrée 2017-2018, cette formation a été cogitée dès 2015 et acceptée l'an passée garantissant le respect "des référentiels et des programmes et pour assurer une progression harmonieuse des deux groupes". Pas si simple. Un partenariat a été tissé avec le Lycée de Kerlebost avec leurs élèves, leur permettant d'effectuer à Gourin leur 2 ème année.

Et s'il est trop tôt pour tirer le bilan de l'expérience, d'ores et déjà, ce mini laboratoire pédagogique intéresse. Cette mixité lycéens/apprentis en CAP étant une première en France. "Le Lycée de Ressins, dans la Loire l'expérimente en bac pro CGEA, celui du Nivot à Loperet aussi en bac pro forestier, on est un peu observé", reconnaît l'équipe dont Olivier Tromilin participe à un groupe du CNEAP sur la pédagogie de l'alternance. Une voie royale vers l'emploi.

Claire Le Clève

 

 

 

 

 

 

 

 

Corentin Lefebvre
Corentin Lefebvre - © Claire le Clève

Pour Corentin Lefebvre : "Avoir une vie d'adulte"

 

L'idée d'être agriculteur, Corentin, 17 ans originaire de Plonevez du Faou, l'a depuis tout petit, observant son père, salarié agricole, sur l'exploitation où ce dernier exerce. "Je l'accompagnais dès que je pouvais". Alors, il rentre dès la 4éme au lycée Saint Yves de Gourin, visant le CAP aMA. "et l'alternance parce que je voulais une vie d'adulte". Le statut de salarié lui va donc comme un gant sans perdre pour autant le lien avec ses amis du lycée. Pour autant, pas si facile de dénicher un contrat d'apprenti. "Mon père connaissait pourtant du monde. Mais quand je me suis mis à chercher, j'ai essuyé une petite dizaine de refus. C'est pas évident avec la conjoncture". Finalement c'est avec le Gaec du Moulin à Priziac qu'il signera son contrat. "Ma période d'essai s'est déroulée pendant les vacances de deux des trois associés. Ça s'est bien passé, c'est intéressant, il y a du lait et de la volaille, c'est diversifié. Et alterner deux jours d'école et trois ici, c'est bien comme rythme", pointe le jeune apprenti qui renoue aussi avec l'école. "Après le CAP, je voulais arrêter mais tout le monde me dit que ça ne sert à rien de s'arrêter comme ça. Alors je vais continuer, avoir le bac tout de même et ensuite... M'installer ? Non, pas en ce moment, je ne sais pas, je ne pense pas, peut être en m'associant ? ". Qui sait.

Corentin Lefebvre entouré par deux de ses maîtres d'apprentissage, Denis et Gwenaëlle Le Guenic. Ils sont associés avec Jean-Yves Le Liboux sur leur ferme laitière avec un atelier volaille à Priziac où Corentin se rend trois jours par semaine avec des horaires qui lui permettent d'être présent pour la traite du soir.
Corentin Lefebvre entouré par deux de ses maîtres d'apprentissage, Denis et Gwenaëlle Le Guenic. Ils sont associés avec Jean-Yves Le Liboux sur leur ferme laitière avec un atelier volaille à Priziac où Corentin se rend trois jours par semaine avec des horaires qui lui permettent d'être présent pour la traite du soir. - © Claire Le Clève

Au Gaec du Moulin à Priziac : "on ne leur ferme pas la porte"

 

Au Gaec du Moulin à Priziac, "on aime bien les jeunes , nous aussi on a des enfants", pointe d'emblée Denis et Gwenaëlle Le Guenic associés avec Jean-Yves Le Liboux sur cette ferme laitière de 110 vaches sur 168 ha et 1 500 m² de volaille en coquelet et pintade. "Corentin n'est pas le premier jeune. Nous avons accueilli notre 1er apprenti en 1999, 7 depuis au total", dit Gwenaëlle dans un grand sourire. Et le couple d'égrainer des prénoms. "Romane, est restée 3 ans, on l'a même accueillie chez Mamie. Tous reviennent nous voir, appellent ", apprécient-ils, contents du contact créé . "Nous avons 4 enfants, mon frère trois. Alors c'est important qu'on ne leur ferme pas la porte de partout. Corentin est arrivé au moment où on avait besoin d'un remplaçant. Ça s'est bien passé, on l'a gardé. Et puis la conjoncture se détend un peu. Il faut dire aussi qu'il y a des aides aussi", apprécient les associés, satisfaits ainsi de l'appui apporté. "Ça peut soulager aussi, ça permet de souffler un peu ou de faire autre chose". Alors oui, il est nécessaire d'avoir " des compétences relationnelles et humaines pour accueillir un jeune. Il n'est pas là pour les corvées. Il faut prendre le temps, d' expliquer, de montrer. On n'apprend pas tout du premier coup. Mais Corentin va tourner sur toutes les tâches. Il est pourrait déjà être capable de faire la traite tout seul", note avec bienveillance les deux maîtres d'apprentissage qui apprécient "de voir grandir ces jeunes, se transformer et s'épanouir".

 

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui