Terra 13 juin 2018 à 12h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Mixité en agriculture : "désherbons les clichés"

Le groupement d’employeurs agricole Sdaec-Terralliance a organisé son assemblée générale début juin au cœur d’une exploitation laitière, au Gaec Gwen A Du à St Judoce. A l'occasion des 10 ans de la signature du contrat d’égalité professionnelle dans l'entreprise, le Sdaec/Terralliance soulève les difficultés du salariat féminin.

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Table ronde sur l'égalité homme/femme au coeur de l'élevage laitier du Gaec Gwen A Du à St Judoce.
Table ronde sur l'égalité homme/femme au coeur de l'élevage laitier du Gaec Gwen A Du à St Judoce. - © terra

Après le stade du Roudourou à Guingamp pour ses 40 ans l'année dernière, le Sdaec a troqué les crampons pour revenir sur le plancher des vaches. Son assemblée générale s'est tenue chez Sylvie Tranchevent, administratrice au Sdaec, agricultrice depuis 30 ans, installée en Gaec avec son mari, son fils et un associé et présidente de l'association Agriculture au Féminin des Côtes d'Armor. Le lieu était donc tout trouvé pour célébrer les 10 ans de la signature du contrat interne d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes. Si du chemin a été parcouru avec l'emploi de femmes en agriculture (elles sont près de 15 % au Sdaec), des freins existent toujours. Mais dans le même temps, la pression sur la main d'oeuvre s'est accentuée et l'inquiétude des employeurs agricoles très forte face à la pénurie de candidats qualifiés et opérationnels. "La situation s'est accentuée : il faut attirer, fidéliser. C'est une action globale collective", exprime Eric Rault, président de Sdaec/Terralliance.

Mélissa Plaza, ex joueuse professionnelle de football.
Mélissa Plaza, ex joueuse professionnelle de football. - © terra

Des femmes juste "acceptées"
L'enjeu concerne donc l'emploi des femmes."Si les lignes ne bougent pas, on va s'amputer d'une partie des compétences [des femmes, ndlr], on sera en manque de main d'oeuvre", déclare la directrice du Sdaec, Sylvie Le Cléc'h-Ropers.Trouver un stage en élevage, venir remplacer au pied lever un exploitant est encore compliqué quand on est une femme. A chaque fois, Emmanuelle, embauchée au Sdaec depuis un an, est confrontée aux mêmes questions. "Es-tu fille d'agriculteur ? Sais-tu conduire un tracteur ?" "ça évolue mais lentement", témoigne-t-elle. "On aime les filles mais chez les autres".
Françoise au Sdaec depuis 27 ans a trimé pour faire sa place. "Au départ, j'ai pris des coups et si je suis restée c'est par passion. Je me suis construite un réseau sur mon secteur, c'est plus facile car j'y suis reconnue. Aujourd'hui, les femmes sont "acceptées"".
Dans le même temps, le groupement d'employeurs à vocation de remplacement tire la sonnette d'alarme : les conditions d'accueil en élevage laitier sont trop souvent insuffisantes. "Le salarié est devenu votre nouveau client", prévient-on.​ WC et douche sont peu répandus alors qu'ils participent à l'attractivité générale du métier, au delà de la question des femmes. "On est encore à aller faire nos besoins dans un coin avec un mouchoir. C'est triste quand on voit le confort des animaux", ne manquent pas de souligner Françoise et Emmanuelle.

Une question de stéréotype
Pour prolonger le débat, le groupement d'employeurs a donné la parole à Mélissa Plaza, ex joueuse de football professionnelle, devenue docteure en psychologie sociale, qui a connu à juste titre les préjugés sur les femmes dans le milieu très masculin du foot.
La spécialiste a montré qu'en matière d'égalité professionnelle homme/femme, la France, classée 129 sur 144, derrière la Russie ou l'Ouzbékistan, était une bien mauvaise élève. "Pourtant pendant la guerre, les femmes ont pris la place des hommes dans les usines avec brio. Il y a des différences de nature entre les hommes et les femmes mais c'est la société qui crée les inégalités".
La faute aux clichés et aux stéréotypes qui nous empoisonnent la vie, inconsciemment dès notre naissance et puis après. Le rose pour les filles, le bleu pour les garçons. La comptabilité pour les femmes, le matériel pour les hommes. Or les stéréotypes négatifs quand on en est la cible, "nous fait sous-performer, on finit par s'auto-censurer". Faire bouger les lignes est autant l'affaire des hommes, que des femmes "pour une société plus juste et plus harmonieuse", conclut Mélissa Plaza.
Quant au Sdaec/Terralliance, plus pragmatique, il est clair que "la compétence n'a pas de sexe" et qu'il faut faire évoluer les représentations sociales car "on sera en manque de main d'oeuvre demain".

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