Terra 27 juillet 2017 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre avec Claire Le Clève

Moissons : un début précoce et hétérogène

Après une moisson 2016 très décevante, ce début de moisson 2017 est décrit comme satisfaisant. Mais avec des gelées ardives et des coups de chaud... les écarts de la météo auront marqué cette année avec des résultats disparates, des bonnes surprises en colza et des déceptions en orge d'hiver.

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La moisson 2017 a commencé tôt avec dix à quinze jours d'avance.
La moisson 2017 a commencé tôt avec dix à quinze jours d'avance. - © Claire Le Clève

La moisson 2017 a démarré très tôt sous la chaleur, tout début juillet pour le blé et vers le 20 juin pour l'orge d'hiver. Si les récoltes dans leur ensemble affichent une précocité d'une dizaine de jours, le maître mot à retenir pour cette année 2017 est l'hétérogénéité, avec des résultats variables selon les secteurs, le type de sol et de culture. Pour autant, les premières récoltes de blé en zones précoces sont très satisfaisantes, "une très bonne année supérieure à 2016", constate pour l'heure Michel Le Friant, responsable du pôle céréales du premier collecteur breton Triskalia(1), avant d'ajouter "mais attention aux variétés tardives qui pourraient être plus décevantes". Si la récolte de colza s'avère être la meilleure surprise de la saison, celle des orges, à l'inverse, déçoit. Les dégâts du froid en avril ont réduit le nombre de grains par épi. "Les rendements sont moyens sans être exceptionnels".

Orge : les gelées tardives ont été néfastes

Après un début dès le 20 juin, en zone séchante du sud et de l’est, avec dix à quinze jours d’avance, la récolte des orges d'hiver est achevée en Bretagne où les coups de chaud ont accéléré la donne. Si la récolte s'est déroulée dans de bonnes conditions, sèches, sans difficulté majeure de collecte, l'orge est assurément la déception de cette moisson 2017.
Les rendements sont hétérogènes, variant de 50 à 80 q/ha dans le Morbihan, moyens à l’ouest, oscillants de 60 à 70 q/ha où des gels tardifs de mai ont pénalisé le rendement. Mêmes échos d’hétérogénéité en Ille-et-Vilaine avec des variations de 60 à 90 quintaux "et des poids spécifiques (PS) plus bas que d’habitude, fruits d’épisodes de verse liés à des séquences d’orage", précise Stéphanie Montagne, des chambres d’agriculture de Bretagne, basée à Dol-de-Bretagne.

Chez Triskalia, on annonce un rendement moyen s'élèvant à 65 quintaux sur la Bretagne. "C'est une grosse déception, on s'attendait à de bons résultats comme en blé. En fait, le froid d'avril au moment de la méïose a pénalisé la formation des grains", explique Michel Le Friant. On s'éloigne donc de la moyenne des rendement de 2013, 2014 et 2015 supérieure à 70 quintaux. "S'est ajoutée parfois, une moins bonne valorisation des apports azotés causée par la sécheresse, avec un tallage et un nombre d'épis par m² plus faible". La récolte 2017 dépasse toutefois celle de 2016 qui avait connu un épisode de jaunisse nanisante. La qualité est homogène avec des PS moyens de 65-66. Après les orges d'hiver, le battage des orges de printemps vient de débuter, stoppé par l'épisode de pluies.

Blé : un début prometteur

Depuis le début de juillet, la collecte du blé a démarré dans le Morbihan et le sud de l'Ille-et-Vilaine avec dix à quinze jours d'avance, avec des rendements de 75 q/ha, corrects.

Si 55 % du blé est collecté en Ille-et-Vilaine (début de semaine), chez Triskalia, fait exceptionnel, 25 % du blé dans le Finistère est déjà collecté.

À ce stade (30 % de la collecte), il est décrit une "très bonne année avec des rendements moyens nettement supérieurs à 2016". Bonne surprise, la qualité en zone précoce est au rendez-vous avec "un PS de 80 et un taux protéique satisfaisant de 11,7 %". Reste la forte hétérogénéité des rendements induite par la sécheresse et la nature des sols. Les blés en terrain profond, avec une bonne réserve utile, ont pu profiter du bon ensoleillement de juin (remplissage des grains et production d'amidon) et mieux compenser les coups de chaud. "L'échaudage fait plus de dégâts en sol léger avec une faible réserve utile à laquelle peuvent s'ajouter des problèmes de nutrition et de maladies du pied. Les agriculteurs observent alors des rendements de 50 à 60 quintaux", note le responsable de la collecte Triskalia, qui redoute plus de déception avec les variétés tardives.

Même commentaires du côté des agronomes des chambres d'agriculture de Bretagne. Avec les épisodes de canicule, "on note des parcelles avec de l’échaudage et suivant les réserves hydriques des sols, les rendements vont varier", prévient Clarisse Boisselier, basée à Questembert (56). En Ille-et-Vilaine, sur les premières parcelles, on enregistre "plutôt des bons rendements, autour de 80 à 85 q/ha, avec de bons PS mais gare à l'échaudage". Et plus à l'ouest, des rendements entre 70 et 80 q/ha sont observés sur les parcelles récoltées en zones superficielles, avec des risques identiques. "Où les réserves hydriques sont faibles, les parcelles ont accusé le coup, commente Jean Philippe Turlin, basé à Carhaix (29). On aura des surprises décevantes".

Colza : la bonne surprise

C'est la meilleure surprise de 2017 : les colzas battus apportent satisfaction. Semis bien réalisé, ensoleillement en avril et en juin, absence de parasitisme, bonne polinisation, grains bien remplis, progression de la génétique... le colza battu affiche un rendement moyen de 45 q/ha sur 60 % de la collecte Triskalia.

"Globalement, l'année sanitaire 2017 a été très saine", pointe Michel Le Friant. Plus tardive que le reste de l'hexagone, la Bretagne subit aujourd'hui les caprices de la météo : l'intermittence des pluies oblige les agriculteurs à stopper la récolte. "En France, la collecte est en avance avec 85 % de la moisson réalisée". Dans un marché désorienté, il faut encore attendre les quantités collectées par les pays de la Mer noire pour être fixés sur les tendances de prix, avec "fixation des acomptes début août", ajoute-t-on à Triskalia.

 

(1) Premier collecteur breton avec 7 200 adhérents apporteurs de céréales, 870 000 tonnes collectées
par an et 190 points de collecte de céréales.

 

 

 

Les maïs également en avance

Les maïs sont en fleurs depuis le 8 juillet dans la zone sud est de la Bretagne. La floraison a en moyenne dix à quinze jours d'avance par rapport à la moyenne quinquennale. "Nous arrivons dans la période critique, s’il ne pleut pas, les rendements risquent d’être pénalisés avec une mauvaise fécondation, des grains qui ne se développent pas", craint Clarisse Boisselier, agronome des chambres d'agriculture. "On est dans la période décisive", observe aussi Stéphanie Montagne, depuis Dol de Bretagne (35) où les maïs présentent une belle végétation quand, plus au sud, le stress hydrique est déjà bien visible.


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