Terra 01 février 2018 à 01h00 | Par Hélène Bonneau

Négociations commerciales, comme si de rien n'était...

Présentation du projet de loi faisant suite aux États généraux de l'alimentation, réunion de crise avec les distributeurs pour non respect de la charte d'engagement, manifestations d'agriculteurs pour dénoncer des pratiques commerciales abusives, les semaines qui viennent seront décisives pour l'établissement d'un nouveau rapport de force, plus équilibré et plus rémunérateur pour le producteur.

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 (© HB)

C'est une colère sourde nourrie des crises successives en porc, lait, viande bovine... qui s'exprime aujourd'hui dans la campagne bretonne. Cette semaine, des tonnes de détritus ont été déversés les parkings des magasins Leclerc et Intermarché des Côtes d'Armor et du Finistère. Dans le viseur des agriculteurs en colère : certaines enseignes de la grande distribution qui font un pied de nez magistral à la charte d'engagement écrite dans le sillage des Etats généraux de l'alimentation (EGA). Sans faire office de loi, le texte signé à grand renfort de poignées de main, de sourires resplendissants sous les caméras de télévision devait servir de guide des bonnes pratiques dans les négociations commerciales entre fournisseurs et distribution... en attendant le vote et l'adoption d'une loi. Or, les négociations commerciales n'ont jamais été aussi tendues et se déroulent à l'opposé des intentions affichées. Au point que Christiane Lambert, présidente de la FNSEA en vienne à s'interroger sur les intentions de la grande distribution :"Qui est le menteur ?" demandait-elle les jours derniers, en agitant la menace d'une mobilisation du réseau syndical si des baisses de 15-20 % étaient à nouveau exigées par la grande distribution dans les négociations commerciales qui s'achèvent ces jours-ci. Sans attendre, les agriculteurs ont fait entendre leur colère dès la semaine passée, dans les Côtes d'Armor notamment. "L'heure n'est plus aux belles paroles mais aux actes", affirme avec vigueur Jean-Marc Loyer, responsable de la section lait de la FDSEA22. "Les bretons se sont fortement engagés dans la rédaction de ces Etats généraux, presque toutes nos revendications figurent dans les textes. Maintenant, cela doit passer par la loi, pour changer les rapports de forces, donner un levier au agriculteurs vers une meilleure répartition de la marge. Nous ne lâcherons rien. Et d'ici là, la distribution doit revoir sa copie pour les négociations actuelles".

Une semaine décisive
La présentation du projet de loi (EGA) ce mercredi en conseil des ministres est très attendue par la profession quand de nombreuses questions restent en suspens. Seuil de revente à perte, encadrement des promotions, contrats, construction du prix, transparence... Depuis des lustres, tous ces sujets de fond divisent les partenaires de l'alimentation. Chacun espère donc que la loi parvienne à équilibrer les futures relations commerciales. Cependant, les agriculteurs s'interrogent : dans quel délai le texte sera-t-il voté ? Quelles seront les sanctions si les mesures ne sont pas respectées ? Dans ses voeux au monde agricole la semaine dernière, le président Emmanuel Macron s'est voulu rassurant. Il a assuré qu'une majoritée des articles de loi seront soumis aux ordonnances afin de gagner en efficacité. Il a également demandé à Bruno Lemaire, ministre de l'économie et Stéphane Travert, ministre de l'agriculture de "tenir une réunion de suivi pour faire le point sur les négociations", rencontre à l'occasion de laquelle les distributeurs et les transformateurs devront s'expliquer sur le non respect de leurs engagements. Stéphane Travert, invité de BFM TV a insisté : "nos informations démontrent que des demandes de déflation importantes sont faites aux transformateurs. Demain, il y aura la loi mais nous devons dès cette année mettre en pratique ce qui a été conclu lors des EGA. Cette charte est à la fois un engagement éthique, moral et politique".

Des négociations brutales
Les remontées d'informations sur les négociations commerciales encore en cours font état de demandes de baisse de 20 % des distributeurs sur des produits agricoles. La FNSEA évoque ainsi "une véritable braderie" avec des côtes de porc à 1,77 EUR/kg, du lait bio à 67 centimes le litre ou des pommes de terre à 11 centimes/kg. "Certaines enseignes profitent de la crise sanitaire de Lactalis pour demander des baisses encore plus conséquentes sur les produits laitiers", affirme Jean-Marc Loyer. Les distributeurs auraient-ils l'intention de s'asseoir sur la loi ? La question est clairement posé par Tanguy Rousseau, responsable du canton de Tréguier pour les jeunes agricultueurs des Côtes d'Armor, qui prévient "Leclerc et Intermarché ont fait un véritable bras d'honneur à la charte. Nous dirigeons et accentuerons nos actions sur ces enseignes jusqu'à obtenir gain de cause". Emmanuel Macron prévient : "j'appelle les distributeurs à la responsabilité" car "on doit stopper une guerre des prix qui est délétère. Je nommerai publiquement les enseignes qui ne respecteraient pas la charte d'engagement". Une menace assortie d'une sanction : "Je promet des contrôles accrus de la DGCCRF" afin de vérifier que les pratiques d'achats soient respectées.

L'Ouest mobilisé

Initiée par les FDSEA des Pays de la Loire, auxquelles se sont jointes les FDSEA de Bretagne, une action appelée "les mercredis des négociations commerciales" doit débuter le 7 février. Son objectif : mettre la pression sur les enseignes de distributions les plus hostiles au respect des engagements de la charte, et ce jusqu'à la fin février, date butoir des négociations nationales. Ainsi, des actions ciblées se dérouleront chaque mercredi du mois de février.

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