Terra 13 décembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Négociations : rebaser le prix du lait sur 396 euros des 1 000 l

396 euros, tel est l’indicateur de prix de revient des 1 000 litres de lait produit par la ferme France. Un coût de référence pour la FNPL comme un mandat donné aux coopératives laitières pour négocier avec la grande distribution. De quoi alimenter le débat lors de la journée laitière organisée à Vannes, mercredi dernier, par la FDSEA du Morbihan.

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Benoît Rouyer, de l'inter-profession laitière.
Benoît Rouyer, de l'inter-profession laitière. - © Terra

"Même les bonnes années, il n’y a pas la moitié des éleveurs qui atteignent le salaire net médian (1 700 euros quand le salaire net moyen est de 2 250 euros en France ndlr). En 2016, c’était tout juste 20 %. La filière ne rémunère pas ses éleveurs", constate, Benoît Rouyer du Cniel(Centre national interprofessionnel de l’économie laitière), démonstrations chiffrées à l’appui.

 

EGA, des espoirs à concrétiser

Pour l’économiste, l’enjeu de la création de valeur sur le marché intérieur, et sa redistribution, est donc colossal, y compris en matière d’attractivité des métiers quand 50 % des éleveurs ont plus de 50 ans. Il a pris place à la tribune, aux côtés de Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale adjointe de la FNPL, pour cet exercice sur la conjoncture, désormais annuel, que convoque la journée laitière organisée à Vannes. L’un des temps forts de la FDSEA du Morbihan. Un moment pour "s’informer, travailler sur des pistes concrètes à remonter très haut", cadre en préambule la présidente de la section laitière. Car nul doute qu’ "il y a beaucoup d’attentes. Les EGA ont fait naître beaucoup d’espoir, on espère qu’il y aura des avancées". Ce, malgré l’annonce du report de l’ordonnance visant à relever le seuil de revente à perte et à limiter les promotions des produits alimentaires dans les grandes surfaces. Elle devait être examinée le 5 décembre dernier, lors du conseil des ministres mais a été renvoyée... au 12 décembre si tout va bien.

 

Restaurer la valeur

Pour Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la FNPL,"c’est maintenant ou jamais". S'appuyant sur les conclusions des États généraux de l'alimentation, elle insiste : "On ne peut plus rester dans cette perte de valeur qu’on vit depuis 10 ans. Il manque plus de 50 euros à la tonne". En ligne de mire, les prochaines négociations commerciales 2019 qui s’ouvrent. Ce sera un moment clé pour concrétiser les attentes de revalorisation des produits laitiers. Si le plan de filière a fixé un cap, "avec des engagements…Une envie de naturalité des consommateurs, des chaînes de valeur. OK, on va progresser mais pour cela on a besoin de créer de la valeur", martèle la porte-parole du collège producteurs du plan filière. "L’objectif des EGA, fondateur, était de rebaser le revenu. C’est la phase un de la fusée et c’est maintenant". A cet objectif est désormais associé un chiffre phare, celui du coût de revient, 396 euros des 1 000 l à partir duquel engager les négociations. "Ce n’est pas un prix FNPL mais un calcul de coût de revient", met-elle en garde à l'attention de ceux qui voudraient en contester la valeur. Un chiffre en forme d'injonction claire faite aux opérateurs d' "engager les négociations avec ce montant". "Il y aura un plan de filière et des efforts faits par les éleveurs s'ils ont un revenu pour le faire", prévient pour sa part Marie-Andrée Luherne.

 

 

Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).
Marie-Thérèse Bonneau, vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL). - © Terra

Les marchés à terme : une piste à explorer ?

Le niveau du prix du lait à la ferme en France est lié en grande partie à la valorisation des produits laitiers fabriqués par les laiteries. Or, le prix sortie usine évolue différemment selon les débouchés et selon la nature des produits commercialisés. Le risque de fluctuation du prix n’est donc pas équivalent pour tous les éleveurs. Il dépend étroitement du mix produit de la laiterie.

Le fonctionnement des marchés à terme est complexe : à travers un contrat à terme, les opérateurs s’engagent pour l’achat ou la vente d’un actif à une date future pour un prix déterminé. Dans le secteur laitier les contrats ne donnent pas lieu à des livraisons au physique : les opérateurs rachètent leur position au prix du marché à l’échéance. Ainsi la plus/moins-value réalisée viendra compenser le prix de vente sur le marché physique.

La FNPL considère que les marchés à terme sont un outil parmi d’autres pour sécuriser une partie du prix du lait et donner ainsi un peu de visibilité / Marine Grégoire, FDSEA.


 

Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale adjointe de la FNPL.
Marie-Andrée Luherne, secrétaire générale adjointe de la FNPL. - © Terra

396 euros de prix de revient

C'est le chiffre obtenu selon les données Rica 2016 traitées par l’Idele (Institut de l'élevage) avec la méthode Couprod. Ce coût de revient net de 396 euros est égal au coût de production de l’atelier lait (ensemble des charges) dont on déduit les aides perçues ainsi que les autres produits de l’atelier lait. Cette méthode prend en compte la rémunération de l’exploitant à hauteur de deux Smic, basé sur 1,96 ETP salarié nécessaire pour remplacer un chef d’exploitation. En bio, ce coût de revient, selon la même méthode, est établi à 502 euros des 1 000 l.

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