Terra 28 juin 2018 à 08h00 | Par Jean Dubé

Nous accompagnons toutes les formes d'agricultures, celle à quelques milliers d'euros et celle à quelques millions d'euros

L’équipe de Crédit agricole en Bretagne est renouvelée tous les deux ans suivant le principe d’une gouvernance tournante. Olivier Desportes a succédé à Roger Andrieux au poste de président de caisse des Côtes d'Armor. Il vient d'être élu président de Crédit agricole en Bretagne, et Franck Bertrand directeur de la caisse du Finistère est devenu secrétaire général. Alors que le cap des dix ans de coopération entre caisses départementales vient d'être passé, Terra a rencontré le tout nouveau président.

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Olivier Desportes, nouveau président de Crédit agricole en Bretagne
Olivier Desportes, nouveau président de Crédit agricole en Bretagne - © Crédit agricole

Depuis dix ans, les caisses régionales de Crédit agricole sont engagées dans des coopérations entre caisses. Quelles sont aujourd'hui vos priorités ?

Olivier Desportes. Oui, cela fait dix ans que nous fonctionnons en coopération, entre les quatre caisses départementales. C'est une façon de montrer notre attachement à ce modèle coopératif. Cela permet notamment d'accompagner, avec de l'expertise supplémentaire, des structures économiques qui sont de plus en plus importantes en Bretagne, ainsi que l'ensemble des clients et des sociétaires. Nous assumons ce choix d'une mise en commun de moyens, tout en conservant les centres de décision dans chaque département au plus près des demandes. C'est un modèle pertinent. Il s'appuie sur le mutualisme porté par moi-même et les trois autres présidents des caisses bretonnes. Nous travaillons très étroitement ensemble. Notre ambition est d'accompagner nos territoires et de conserver une Bretagne attractive. La Bretagne a une bonne image. Notre modèle participe au développement économique et au maintien de l’emploi dans la région. L'objectif de la nouvelle équipe est de poursuivre le travail engagé, et bien sûr d'accompagner l'agriculture qui est un pan important de l'économie de la région. Cette dernière prend actuellement un virage important et nous devons être présents pour l'agriculture, les entreprises, les coopératives, l'agroalimentaire, avec tous les emplois qu'ils représentent. Les élus sont les représentants des sociétaires. Nous veillons à répondre aux attentes de ces derniers.

Notre actualité en 2018, ce sera aussi d'accompagner trois rendez-vous importants en septembre : Terre de Jim, le Space et le salon bio de Retiers qui monte et prend de l'ampleur. Nous accompagnons ces événements et l'économie qui peut en découler.

 

2017 a plutôt été une bonne année pour les quatre caisses de Crédit Agricole. Le financement du matériel par Agilor continue de progresser. Comment voyez-vous 2018 ?

O. D. Effectivement, Agilor progresse de 14 % en 2017, mais nous ne sommes pas focalisés que sur le matériel. Nous accompagnons huit agriculteurs sur dix. La Bretagne est une grande terre d'installation. Nous accompagnons deux jeunes sur trois aujourd'hui et les Côtes d'Armor sont le premier département français en termes de nombre d'installations. C'est pour nous -et pour moi qui suis agriculteur- une vrai fierté, d'accompagner ces installations, de voir des gens aussi motivés et passionnés par le métier. Mais c'est aussi une grande responsabilité, au regard de la part de marché que nous avons. Nous sommes attendus sur le financement bien sûr mais aussi sur l'expertise des projets, leur devenir.

Je n'oublie pas le développement des énergies renouvelables. Les coopérations bretonnes ont permis d'apporter le financement mais aussi l'expertise nécessaire à ces grands projets grâce à notre pole économie de l’environnement.

 

Quelle approche et quelles solutions préconisez-vous dans l'accompagnement des agriculteurs en difficultés ?

O. D. Nous sommes évidemment attendus sur ce sujet. Le fait d'être restés en proximité permet à un réseau d’administrateurs référents d'aller en visite sur les exploitations, d'identifier les problématiques, d'apporter une écoute des besoins et d'aider à remonter un projet pour faire évoluer l'exploitation. Le sujet des agriculteurs en difficultés reste aujourd'hui une problématique présente sur l'ensemble du territoire. Mais nous arrivons aujourd'hui à identifier les situations difficiles plus tôt. Dès que nous avons quelques signes d'alerte sur les remises des bilans, sur les comptes bancaires, nous intervenons très tôt. Avec les chargés de clientèles agricoles, il y a aujourd'hui plus de vigilance et plus de réactivité, ce qui permet d'éviter que les exploitations s'enfoncent trop dans la crise et d'intervenir plus efficacement.

 

Quelle analyse faites-vous aujourd'hui de la situation des filières lait et porc ? Sont-elles sorties de la crise ?

O. D. L'agriculture est de plus en plus confrontée à des paramètres géo-politiques mondiaux. Un événement politique, climatique, peut faire basculer les cours dans une production donnée. En lait, la situation s'améliore doucement. Les "soucis" de trésoreries sont en légère baisse. Mais nous percevons surtout de grande disparité entre ateliers. Il faudra rester vigilants pour ne laisser personne sur le bord de la route. La marge s'améliore globalement, notamment grâce au travail des éleveurs sur la notion de coût alimentaire et sur les charges. Il y a eu un déclic pour travailler sur les charges globales. En porc, on a eu un an à un an et demi d'amélioration des cours, mais depuis quelques mois cela stagne et l'automne ne semble pas bien engagé.

C'est dommage, il y a une attente des éleveurs pour travailler sur le parc de bâtiments. Aujourd'hui ils sont dans l'attente, ils diffèrent les investissements, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour l'agriculture d'une manière générale.

 

Vous parliez d'installation, on voit de plus en plus de petits projets, bio, vente directe. Quelle est votre perception de cette forme d'agriculture ?

O. D. Nous accompagnons toutes les formes d'agriculture, celle à quelques milliers d'euros et celle à quelques millions d'euros ! Chaque projet est important pour chaque porteur de projet.

Ce n'est pas la typologie du projet que l'on regarde, c'est la pérennité, la capacité et la passion du porteur de projet. Chacun perçoit bien l'évolution des projets et l'attente sociétale qu'il y a derrière. Le sujet est de parvenir à s'adapter à chaque demande. Pour ce faire -j'y reviens encore- le fait d'avoir pu conserver des centres de décision en local permet de coller aux besoins du terrain. La Bretagne paraît assez homogène mais elle est diverse dans ses territoires. Nous arrivons à spécialiser des conseillers sur la bio, sur les circuits courts. Chaque collaborateur a un domaine d'expertise, très proche des clients, c'est un vrai atout.

 

Comment voyez vous l’évolution de ce taux des emprunts dans les mois à venir ?

O. D. Les taux d'intérêt sont plutôt bas et stables et devraient le rester dans les prochains mois. Compte tenu des niveaux actuels, les taux ne peuvent que remonter, mais ils devraient le faire de manière progressive, dans les prochaines années. Là aussi nous sommes toutefois dépendants de décisions politiques ou géopolitiques. Mais a priori on ne voit pas de remontées des taux en Europe dans les prochains mois. Ce qui déclenche l'investissement, c'est la rentabilité du projet, Mais il faut également et surtout s'adapter aux demandes sociétales. C'est vrai pour l'œuf ou la volaille, notamment plein air. L'investissement en bio notamment en porc demande des financements conséquents, il faut donc apporter de la souplesse supplémentaire sur les remboursements. Les prêts fonciers se sont allongés dans la durée et l'on voit progresser la formule crédit bail pour les ETA comme pour les exploitations agricoles.

Bien sûr, au niveau de l'installation, la politique de financement s'est adaptée pour coller à la diversité des agricultures que nous avons déjà évoquée.

 

L’agro-alimentaire connaît des fortunes diverses. Des sujets difficiles comme Doux, des réorganisations en cours Cecab/d’Aucy, Triskalia, des regroupements dans les groupements de producteurs de porc. Quelle vision portez vous sur ces évolutions ?

O. D. Ces mouvements semblent inévitables dans le contexte économique tendu dans l'agroalimentaire et l'agriculture. Toutes proportions gardées, c'est un peu ce que les caisses de Crédit agricole ont fait il y a une dizaine d'années en mettant en place les coopérations. Nous sommes très attentifs à ces mouvements qui font augmenter la taille des entreprises mais aussi à leur compétitivité. Nous sommes en relation proche avec tous ces décideurs pour les accompagner à prendre ces virages. Et là aussi notre proximité décisionnelle joue un rôle efficace. Nous savons que des groupements ou coopératives fortes sur nos territoires permettent un accompagnement efficient chez nos agriculteurs.

Conserver un agroalimentaire fort permettra de conserver une agriculture et des emplois en Bretagne. Nous avons la chance de conserver de belles coopératives qui vont accompagner une agriculture diversifiée en place sur son territoire où chacun pourra y trouver sa place.

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