Terra 08 novembre 2018 à 08h00 | Par Propos recueillis parJean Dubé

Nous devons répondre à trois enjeux : renouvellement des générations, innovation et valorisation des produits

Stéphane Bouganim arrive de Bordeaux pour prendre la responsabilité du marché agriculture au Crédit agricole en Bretagne. Lancement d'une nouvelle offre d'assurance chiffre d'affaires, d'une expérimentation sur le foncier agricole avec la Safer, l'actualité du Crédit agricole est riche et diversifiée. Terra a donc rencontré le nouveau chef de file du marché agricole pour un point sur les priorités de la Banque.

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Stéphane Bouganim, chef de file marché agricole au Crédit agricole en Bretagne.
Stéphane Bouganim, chef de file marché agricole au Crédit agricole en Bretagne. - © Terra

Vous venez de prendre la responsabilité de l’agriculture pour Crédit agricole en Bretagne. Quelles sont vos priorités d’action ?

Stéphane Bouganim. "Ingénieur agricole de formation (Enita de Bordeaux), j'étais fasciné par ce monde d'entrepreneurs qui font vivre les territoires. Mon début de carrière s'est déroulé à la chambre d'agriculture de Gironde et, très vite, je suis arrivé au Crédit agricole et au marché de l'agriculture. Mon épouse est bretonne. Notre arrivée en Bretagne est un choix de vie et un choix professionnel, car j’ai aussi un périmètre de travail très intéressant. En effet, au-delà de l’agriculture, j’ai aussi la responsabilité d’accompagner les professionnels et les entreprises. J’ai toujours été de ceux qui se battent pour structurer et accompagner le développement des filières dans leur globalité (amont et aval), et mes priorités sont d’aider au renouvellement des générations et à l’innovation pour une agriculture bretonne pérenne".

 

Le Crédit agricole lance aujourd’hui une assurance récolte, avec la possibilité d’assurer son chiffre d’affaires. Quel est l’intérêt de cette offre ?

S. B. "Le Crédit Agricole, au travers sa filiale assurance Pacifica, est très présent sur l'assurance des risques climatiques. Ce qui a été lancé pendant le Space, c'est une option chiffre d'affaires sécurisé. En pratique, il y a deux grands risques, le climat et la variation des prix. L’option chiffres d’affaires sécurisé permet à l'agriculteur de couvrir une baisse de chiffre due à l'aléa climatique ou d'autres éléments. Ce contrat garantit les cultures de blé tendre d'hiver, de maïs grain et de colza. L'agriculteur peut définir le niveau du chiffre d'affaires qu'il souhaite sécuriser et la superficie à couvrir.

Pour pouvoir proposer cette assurance, il faut pouvoir s’adosser à un marché à terme, qui n’existe pas forcément en élevage. D’autre part, le climat breton est singulier, plutôt océanique et avec peu de sécheresse. L'occurrence d'événements climatiques est assez faible. L'intérêt de cette option est surtout de s'assurer contre la volatilité des prix. Une expérimentation est en cours dans les Côtes d'Armor pour l'ensemble des caisses bretonnes.

En terme de freins, le coût n'est pas forcément le sujet qui revient le plus, d’autant que le coût de l'assurance est minoré avec des subventions pouvant aller jusqu’à 65 %.

Mais l’intérêt d’une assurance se découvre souvent les années où les aléas surviennent ! C'est malheureusement trop tard…"

 

Vous avez lancé une nouvelle offre au Space sur le portage du foncier, avec la Safer. Cela pose la question de la rentabilité de l’outil ou de sa taille ?

S. B. "Effectivement, c'est bien le point de départ. L'agriculture bretonne a souvent un modèle "conventionnel" ou "industriel". La valorisation des produits passe peu par les AOC, ou des marchés à haute valeur ajoutée. Elle est donc plus exposée à une volatilité des cours, en porc et en lait par exemple, et à des variations de coûts de production. La rentabilité des exploitations bretonnes est très liée au modèle même de son agriculture, même s’il y a des exploitations rentables de façon récurrente et d'autres un peu moins rentables.

Actuellement, on compte trois départs pour une installation. En Bretagne, le coût d'une installation est élevé (540 000 euros en moyenne contre 450 000 euros pour la France). Paradoxalement, nous sommes la région qui installe le plus de jeunes. Comment ne pas pénaliser immédiatement la rentabilité de l'exploitation dans son endettement, ne pas mobiliser totalement la totalité des capitaux quand on s’installe ? Chacun sait qu'en élevage c'est compliqué de faire autrement que de reprendre le cheptel, des surfaces pour avoir une autonomie alimentaire et d'épandage, des bâtiments, et les outils de production. La variable peut être le foncier. C’est tout le sens du partenariat avec la Safer qui vise à assurer le portage du foncier pendant cinq à dix ans et à permettre au jeune de différer l’acquisition de terres agricoles. Au terme des cinq ou des dix ans, le jeune qui aura payé un fermage verra ces versements déduits de l’acquisition. Il retrouvera ces sommes, comme une LOA en quelque sorte. Cela permet aussi de ne pas augmenter le prix du foncier. Ce nouveau dispositif se veut utile et des dossiers sont déjà engagés depuis son lancement.

 

Le gouvernement a annoncé le lancement du grand plan d’investissement. Quelles sont vos attentes en la matière ?

S. B. "Le monde agricole doit effectivement faire face à trois grands enjeux : le renouvellement des générations, la capacité à innover, la valorisation du produit.

Nous avons débattu récemment sur ce grand plan d’investissement (GPI) avec son ambassadeur national Olivier Allain.

Alors que les États généraux de l'alimentation ont généré une grosse attente, l’un des enjeux est que ce grand plan d’investissement soit une réalité concrète, qu’on ait des dispositifs opérants et utilisés à bon escient : fonds de garantie de prêts, participation en fonds propres. Le Crédit agricole adhèrera puisque notre rôle est d’accompagner tous les marchés et toutes les formes d'agriculture en cohérence avec ses filières, et au service de celles-ci".

 

 

 

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