Terra 14 avril 2016 à 08h00 | Par Emmanuelle Le Corre

"Nous fédérer pour redonner le pouvoir à la production"

Des idées, ils en ont. Les Jeunes agriculteurs de Bretagne, en assemblée générale le 7 avril à Quessoy en Côtes d'Armor, ont réaffirmé leurs fils rouges 2016, parmi lesquels, l'organisation collective des producteurs. 

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Jean-Paul Riault,  président de JA Bretagne. © Terra Les JA bretons lors d'une visite de repérage "lait de nulle part" dans une grande surface à Lamballe. Initiée par les JA du Fnistère, l'opération  s'est vite étendue à la Bretagne e © Terra

Des propositions fermes et des convictions fondées, les Jeunes agriculteurs de Bretagne séduisent par leur esprit de maturité. Ne sont-ils pas en première ligne de cette crise économique sans précédent ? Plus fragiles, ils trinquent.

"Un jeune installé a des coûts énormes de production, qui le rend très fragile les cinq premières années", décrit José Jaglin, responsable du dossier lait. Dans ce contexte, les chiffres de l'installation chutent : moins 19 % en 2015. Pour JA Bretagne, les nouvelles règles pour bénéficier du statut JA, la sélection des dossiers, les allers-retours incessants avec l'Europe, le retard de validation du plan de développement régional... ont contribué à cette situation.

"Petit à petit, il est donné des coups de canifs à la politique installation. Les exemples sont nombreux", interpelle Stéphane Cornec, co-responsable du dossier installation. Les JA de Bretagne en sont convaincus : il faut agir pressément au cœur même des filières pour l'avenir de l'agriculture bretonne.

Viande de nulle part

900 JA bretons se sont mobilisées autour des opérations viande et lait de nulle part. Une opération, imaginée par les Jeunes agriculteurs du Finistère, reprise à l'échelle régionale et nationale. "Viande de nulle part" est une belle victoire pour vous", félicite Samuel Vandaele, secrétaire général adjoint à JA National. "Aujourd'hui, il a une vraie avancée sur l'étiquetage", en référence à l'accord de principe accordé par la Commission européenne pour expérimenter l'étiquetage de l'origine des viandes et du lait dans les produits transformés en France. Mais au delà de cette avancée, les Jeunes agriculteurs demandent surtout des mesures de fond au sein des filières avec, pour messages forts, l'organisation des producteurs, le rôle des interprofessions, la gouvernance des outils industriels mais aussi la transmission des exploitations ou encore l'accès au foncier. "On attend une remise en question de nos systèmes", prévient le secrétaire général adjoint de JA National.

Massifier l'offre

Premier message : se regrouper collectivement pour massifier l'offre. Les JA veulent une organisation en OP (organisation de producteurs) et AOP (association d'OP). Sébastien Louzaouen, membre du bureau JA Bretagne, plante le décor de façon plus tranchée.

"C'est une honte de se prélever 500 €/mois de revenu quand le capital atteint 500 000 € à 1,5 millions € !  Il faut fédérer le maximum de producteurs en lait et porc pour redonner du pouvoir à la production et prendre à l'aval la part du gâteau".

Pour ce faire, les JA demandent aux pouvoirs publics d'inciter les producteurs à se regrouper en OP, "ce fut le cas à l'époque avec la Sica de Saint Pol", souligne le finistérien, Sébastien Louzaouen.

Le conseil régional propose d'accompagner le regroupement des OP porcines, par exemple, à hauteur de 500 000 €.  Olivier Allain, vice-président du conseil régional soutient cette démarche. "Quand il n'y a plus de régulation des prix -essentielle pourtant au niveau européen- il reste à s'organiser pour peser sur les prix payé", estime-t-il.

Mais s'agissant du regroupement annoncé de cinq OP porcines, il s'est montré sceptique sur l'aboutissement du projet.

De son côté, le président de la FRSEA Bretagne, Thierry Coué, a fortement appuyé le projet des JA. "Nous sommes dans un monde libéralisé. Il n'y a pas le choix sur l'organisation en OP. Si nous n'arrivons pas à organiser les choses en lait et porc, nous n'existerons plus". Les jeunes bretons comptent bien s'impliquer dans l'écriture du rapport d'orientation de JA National 2016 sur l'organisation des filières afin de pousser les positions bretonnes.

Place aux jeunes !

Comme leurs aînés, les jeunes agriculteurs revendiquent la réappropriation par les agriculteurs de la coopération. "Place aux jeunes !", disent-ils. "Nous sommes dirigés par une classe qui a connu les 30 glorieuses et qui pense que l'agriculture est la même que dans les années 70". Du renouvellement, ils en demandent au sein des conseils d'administration pour faire enfin bouger les lignes. Est proposé de limiter l'âge d'éligibilité des administrateurs à 60 ans, de limiter à 10 ans la durée maximale d'un administrateur et de limiter le cumul de responsabilités. "Nous sommes ouverts", a répondu Georges Galardon, président de Triskalia, "mais nous avons du mal à faire entrer les jeunes qui hésitent à prendre des responsabilités car cela prend du temps. Il faudra revoir la rémunération pour donner des moyens aux jeunes d'y aller".

Pas de valeur patrimoniale des exploitations

Stopper la surenchère des exploitations, ne pas se baser sur la valeur patrimoniale, mais sur la valeur économique des outils est l'autre point incontournable de JA Bretagne. "Un outil qui ne dégage pas de revenu ne peut avoir de la valeur", partage un jeune agriculteur dans la salle. Pour Danielle Even, en charge du dossier Transmission au sein de la chambre régionale d'agriculture, il faut là aussi jouer collectif, même si cela peine un peu à s'amorcer. "Il faut beaucoup, beaucoup travailler au sein des filières car c'est là que l'on verra la puissance d'un réseau".

En conclusion, loin de céder au pessimisme, Jean-Paul Riault, président de JA Bretagne a rappelé que les chiffres de l'installation ne devaient pas freiner les projets."L'avenir s'écrira avec nous !".

 

Ils ont dit

Sébastien Louzaouen, membre du bureau JA Bretagne / Nous sommes étonnés par le vide abyssal entre nous et les dirigeants de coopératives. C'est évident, quand le maïs sera semé, nous irons devant nos coop. Une contractualisation, mal préparée, individuelle est une arme d'intégration massive.

Georges Galardon, président de Triskalia / Pour moi, je veux que Laïta évolue avec une seule OP, et non trois. Cela discute toujours entre les 5 OP porc, mais au moins, comme en œufs, je souhaite une plateforme pour l'export de porc. Il y a des gains de productivité énormes à faire".

Olivier Allain, vice-président du conseil général / Les dépenses du conseil régional aux structures ont baissé de 1,5 millions € mais les budgets aux syndicats agricoles ont été maintenus.

Philippe de Guenin, directeur de la Draaf  / Je ne suis pas sûr qu'on retournera le rapport de force avec la grande distribution. La bonne stratégie est une alliance gagnant-gagnant.

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