Terra 16 mars 2017 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Numérique dans les exploitations : bien s'approprier les outils

La chambre d'agriculture de Bretagne a consacré sa deuxième édition des "fermes numériques" à l'agriculture de précision, à travers la robotique et la gestion des données. Toutes les productions agricoles sont aujourd'hui concernées par des applications numériques et les structures consulaires allouent des fonds pour organiser la recherche appliquée. Tour d'horizon.

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Des exemples d'élevages entièrement connectés, il en existe de plus en plus, dans toutes les productions. (© Terra) La chambre d'agriculture de Bretagne a pris à bras le corps le challenge  du numérique.Ici, le 10 mars à Plérin, lors de la journée fermes numériques. © Terra Le robot Naio permet de réduire la pénibilité en maraichage. La chambre d'agriculture est à mi-parcours de l'essai basé sur une durée de cinq ans. © Terra Observation, accéléromètre à la patte ou à l'oreille, radar, vidéo, triangulation sont les moyens permettant de mesurer l'activité des truies. De nombreux essais sont effectués en partenari © Terra

Repérer et valider des outils numériques utiles aux agriculteurs avant d'en diffuser les appréciations, telle est l'ambition que se donne la chambre d'agriculture bretonne via son projet "fermes numériques". Impartiale, la chambre consulaire a l'objectif de choisir les applications qu'elle juge les plus innovantes, les plus fonctionnelles pour les agriculteurs, puis de les tester sur le terrain, dans les conditions réelles des exploitations via ses sept fermes expérimentales. "Malgré le contexte agricole compliqué, notamment en élevage, nous nous devons d'informer les agriculteurs des évolutions du numérique. Un monde s'ouvre. Nous devons en être conscients", estime André Sergent, président de la chambre d'agriculture du Finistère, en charge du dossier numérique pour la région.

Des acteurs engagés

Les chambres d'agriculture se veulent préconisatrices d'outils numériques, mais elles sont également créatrices d'outils. Nassim Hamiti, est venu présenter les travaux du service élevage et agroéquipements de l'APCA (Association permanente des chambres d'agriculture), pour une agriculture de précision, adaptée aux demandes sociétales et optimisant les performances des exploitations. Ainsi, il relate les travaux traitant de l'agroécologie s'appuyant sur la ferme 3.0 dans la Somme. "Nous avons pu tester des robots de désherbage combiné à des outils de télédétection pour réduire les phytosanitaires. Nous croyons beaucoup à la complémentarité des outils". La recherche appliquée traite également de la réduction des intrants, via des systèmes RTK ou d'outils cartographiques/satellites comme "mes p@rcelles" et "mes dron'im@ges" mis en place dans plusieurs fermes expérimentales. Par ailleurs, des applications sont créées par les chambres d'agriculture comme "desherb-top", "épand'app" ou "api-agro" pour aider les agriculteurs dans les prises de décisions et collecter des données afin d'affiner les recherches. De son côté, le programme régional AgréTic, tente de faire le lien entre agriculture/agroalimentaire et entreprises du numérique. Le constat est formel, en six ans, 70 % des projets sont agricoles, ce qui montre le volontarisme des agriculteurs sur ces questions. À ce jour, 45 projets ont abouti pour un montant de 5,8 millions d'euros (dont 1,5 million d'aides de la région Bretagne).

Mobilité : une exigence, un quotidien

"78 % des agriculteurs sont équipés d'un smartphone, alors que le reste de la population est équipé à 58 %. Nous n'avons pas à rougir, bien au contraire, de notre taux d'équipements", explique Jean-Jacques Déniel, élu à la chambre d'agriculture et membre d'un groupe d'agriculteurs traitant des questions du numérique. Cet attrait des éleveurs pour les applications sur téléphone portable et tablette s'explique d'abord par la nécessité d'être mobile dans son exploitation. "Grâce à ces outils, je peux prendre une photo de mes cultures pour l'envoyer en direct au technicien, mesurer une surface au sol avec la fonction GPS de mon portable, ou activer l'application teamviewer pour me connecter à distance sur mon logiciel de traite. Tout est plus simple", estime l'agriculteur. Et d'ajouter : "Avant l'éleveur avait son couteau, son calepin et son crayon dans la poche... aujourd'hui, il faut toujours le couteau, mais le téléphone a remplacé le reste !". Quelles que soient les productions, de multiples applications facilitant le travail du quotidien sont créées, reste encore à se les approprier. "J'ai souvent l'impression d'avoir trois bureaux : un sur l'exploitation, un au domicile et un autre dans la poche. Certaines applications permettent une saisie unique des données en temps réel, ce qui m'apporte un énorme gain de temps et une meilleure valorisation des données", reconnaît Jean-Jacques Déniel.

De nouveaux challenges

Cependant, ces nouveaux outils sont aussi assortis de leurs inconvénients. En effet, aujourd'hui, chaque équipementier dépose son propre système mécanique, sa propre technologie... pas nécessairement compatible avec celle du voisin. Et voilà que le casse-tête commence pour relier la cartographie au système RTK, disponible sur le tracteur, puis au fertilisteur qui doit déposer la bonne dose d'engrais grâce à l'ouverture/fermeture de ses tronçons... Bref, vous avez dit gain de temps ? Si les difficultés existent, les élus de la chambre d'agriculture l'assurent, c'est l'avenir ! "Nous allons engager des démarches avec les équipementiers pour favoriser les liens entres toutes ces technologies, à chacun de pousser dans ce sens", appelle André Sergent. L'autre challenge, tout aussi engageant... est celui du contrôle des données. Si chacun estime qu'il est primordial que les données reste la propriété de l'agriculteur, Jean-Jacques Déniel interpelle l'assemblée en précisant que "si elles ne sont pas confrontées entre elles, elles ne sont d'aucune utilité". Un constat qui pousse à alimenter les algorithmes des équipementiers, mais pour quels bénéfices ? Reste encore à définir tous les critères qui définiront leurs usages : indépendance du service, gestion de potentiel piratages, transferts des données, protection des salariés... Le chantier est vaste, mais ouvert.

Recherche appliquée : les travaux par production


Agronomie et productions végétales

En matière d'agronomie, les recherches des chambres d'agriculture de Bretagne se concentrent sur la fertilisation et le désherbage de précision. Les travaux s'articulent autour de la modulation inter-parcellaire, la fertilisation PPF (plan prévisionnel de fumure) avec l'intervention de l'imagerie drône/satellite... La protection des cultures n'est pas en reste et mise sur des applications de comptage, de densité, et de destruction des adventices. D'autres travaux concernent l'utilisation de robots pour réduire la pénibilité, notamment en maraîchage. L'ensemble de ces données sont valorisées afin de les rendre utiles à l'agriculteur.

Herbivores

La recherche s'est concentrée sur l'analyse de lait à la ferme, la pertinence technico-économique du Herd Navigator, les différents robots de traite, les boucles électroniques et l'utilisation de la plateforme Spie (échange de données sécurisé).

Aviculture

L'aviculture a amorcé un travail de fond sur la ventilation de précision via les capteurs, les trappes et treuils numériques, mais aussi sur l'assistance en élevage via des robots (Ti-one).

Porcs

La production porcine a accentué ses recherches sur le déplacement des truies en élevage à travers des capteurs de mouvements. Des approfondissements seront nécessaires pour valider les algorithmes et la durabilité du matériel.



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