Terra 25 janvier 2018 à 01h00 | Par Hélène Bonneau

Pâturage : vers une précision absolue

La réalité du pâturage est diverse et de plus en plus précise. À l'occasion de réunions BCEL Ouest, Romain Guégan fait le tour des nouvelles approches et met en évidence le coût d'aménagement et de conduite de ses pratiques. Zoom sur un système utilisé par 90 % des agriculteurs bretons mais que chaque exploitation optimise différemment.

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© HB

Le pâturage reste le choix de fourrage le plus économique pour la constitution de la ration bovine, d'autant plus en Bretagne où, très majoritairement, le climat est complètement adapté à la pousse de l'herbe. Cependant, pour être efficace, le pâturage doit être optimisé. L'entreprise BCEL Ouest sillonne la Bretagne en ce mois de janvier en animant de multiples rencontres avec les éleveurs autour de la question des techniques d'alimentation. Très interactive, leur intervention permet aux agriculteurs présents de choisir le système de distribution qu'ils souhaitent approfondir. Et, sans surprise, le pâturage prend nettement l'avantage.

Un paddock = un repas ?

Romain Guégan, responsable technique fourrages, estime que "90 % des adhérents de BCEL Ouest pratiquent la pâture. De nouvelles solutions se développent pour perfectionner la pratique, notamment via le pâturage tournant dynamique". En effet, si les systèmes de paddocks sont désormais bien connus, le technicien propose d'aller plus loin dans l'expérimentation : "ce qui peut être intéressant, c'est le système un paddock = un repas. Cette alternative permet de limiter les refus et le piétinement mais aussi une meilleure répartition des bouses et donc du potentiel de la prairie". L'autre versant, complémentaire, qui se profile est celui du pâturage "on-off". Késako ? "D'après les études, une vache qui va deux à trois heures au pâturage, toujours aux mêmes heures (après la traite du matin) consommera presque autant de fourrages que celle qui va y rester sept à huit heures. En effet, l'animal s'habitue à cette contrainte horaire et valorisera son temps sur la parcelle en accélerant sa période d'ingestion", explique Romain Guégan. Cette technique vise également à éviter le piétinement et améliorera l'état des parcelles pour un pâturage plus durable. Ceci dit, si cette technique peut être appliquée sur une période courte (plusieurs jours ou quelques semaines avec beaucoup de pluie...), il est préfèrable de respecter les recommandations de l'Inra (huit à dix heures sur la parcelle) afin de ne pas stresser l'animal.

Les chemins

Afin de permettre un comparatif équitable avec les autres principes de distribution, Romain Guégan a chiffré l'investissement de la mise en route d'un système pâturant temporaire sur une exploitation. Ainsi, avec des produits disponibles en local, il a calculé le coût d'un aménagement de 18 ha sur 12 paddocks comprenant les poteaux, les fils, le bac à eau, les tuyaux, l'électrificateur... Il fait donc état d'un coût de 4 862 €, soit 270 €/ha. Cependant, en questionnant les agriculteurs, le technicien s'est aperçu que 20 % d'entre eux arrêtaient le pâturage précocement car les chemins d'accès n'étaient pas praticables à l'automne (problèmes de boiteries, de panaries et un temps de transport trop long). La création de chemins adaptés doit permettre l'allongement la période disponible. "Les coût d'aménagement des chemins sont très variables puisqu'ils correspondent à des types de passages différents (animaux, engins agricole...). Il oscille entre 5 et 20 euros du m2 et représente clairement le plus gros poste de dépenses avec une moyenne de 60 % du coût total de l'aménagement". Sur l'exploitation test de 18 ha à aménager, le coût du chemin (700 m de long sur trois de large) est de 15 000 €.

Et la main-d'œuvre ?

Afin d'être complet sur le coût de revient du système pâturant, Romain Guégan a évalué la part de main-d'œuvre dans le coût global avec un amortissement sur dix ans. Pour une exploitation moyenne de 480 000 l de lait - 60 vaches laitières et 98 UGB, l'aménagement complet des prairies revient à 21 000 €, soit 4,4 €/1000 l. "J'ai compté un temps de déplacement et d'entretien moyen d'une heure/jour/60 vaches laitières", explique Romain. Ainsi, le coût avec la main-d'œuvre est évaluée à 19,4 €/1000 l.

- © Terra

 

 

Une valorisation labellisée

Outre un choix de ration économique, choisir le pâturage pourrait aussi devenir un choix stratégique pour la commercialisation du lait. En 2017, les producteurs bretons ont lancé "Lait de pâturage", une marque valorisant les exploitations où les vaches pâturent en moyenne 150 jours par an. "Cette marque a vocation à valoriser les pratiques des éleveurs de l'Ouest. Avec les crises récurrentes, les attaques et les préjugés qui ont semé le doute chez les consommateurs, il faut ramener de la reconnaissance et une juste valeur de notre production", expliquait Marcel Denieul, président de la chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine lors de son lancement au Space. Si entrer dans la démarche et suivre le cahier des charges permet d'afficher un logo supplémentaire dans sa salle de traite et sur les briques de lait, l'objectif final est bien une meilleure valorisation, demain, sur la paie de lait.

Les techniciens de BCEL Ouest mettent en avant le coût de mise en place et de fonctionnement pour les différentes techniques d'approvisionnement de fourrages.
Les techniciens de BCEL Ouest mettent en avant le coût de mise en place et de fonctionnement pour les différentes techniques d'approvisionnement de fourrages. - © Terra

Les rendez-vous

Les réunions d'hiver BCEL Ouest portent sur les nouvelles techniques en alimentation. Les dates à venir :

- Mardi 30 janvier à Questembert (56)

- Jeudi 1 février à Gouesnou (29)

- Vendredi 2 février à Plélan-le-Petit (22)

Françoise Guillois, conseillère et chargée d'études fourrages à la chambre d'agriculture de Bretagne.
Françoise Guillois, conseillère et chargée d'études fourrages à la chambre d'agriculture de Bretagne. - © Terra

Le pâturage en trois questions

Dans une ration fourragère moyenne, quelle est l'économie réalisée avec un système pâturant en Bretagne ?

Françoise Guillois. Le système herbager est de loin le plus économique. Les dernières études portées par la chambre d'agriculture montrent que le coût de l'herbe pâturée oscille entre 15 et 18 € la tonne de matière sèche utile, quand il faut compter 50 € pour du maïs ensilage et entre 65 et 70 € pour de l'ensilage d'herbe. La principale économie réside dans l'absence de frais de récolte puisque ce sont les animaux qui s'en chargent. L'autre économie substantielle, c'est l'équilibre naturel de la ration en énergie et en azote. Au printemps notamment, une vache peut faire du lait sans aucun complément.

20 % des agriculteurs déclarent arrêter prématurément le pâturage par manque d'accessibilité aux parcelles, comment évaluez-vous le manque à gagner potentiel ? Existe-t-il des aides à l'aménagement des prairies ?

F. G. Sans pouvoir confirmer ces chiffres, il est très clair que l'accessibilité aux champs via un réseau de chemins qui font circuler les animaux dans de bonnes conditions est un préalable à l'efficacité du pâturage dans une exploitation. Certes, ces aménagements ont un coût, mais c'est d'abord la volonté de l'éleveur qui fait la différence. Par ailleurs, en 2017, le conseil départemental d'Ille-et-Vilaine proposait une aide sur appel à projets pour les agriculteurs qui aménageaient des chemins permettant l'accès à de nouvelles parcelles. Avant d'investir, n'hésitez pas à vous renseigner pour savoir si vous pouvez bénéficier d'un coup de pouce.

Le système pâturant est-il déclinable sur tous types de systèmes (bio, robot...) ?

F. G. Le premier critère pour le pâturage reste l'accès à des parcelles à proximité de l'élevage. Peu importe le système, le pâturage reste toujours intéressant économiquement, même s'il ne permet pas d'assurer l'entièreté de la ration. Dès 25 ares par vache, le complément d'herbe est bon à prendre. Par ailleurs, sortir ses animaux peut aussi avoir des avantages hors alimentation, comme l'amélioration de la santé des pattes ou du bien-être animal via l'expression des comportements naturels.

Propos recueillis par Hélène Bonneau


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