Terra 15 novembre 2018 à 08h00 | Par Chantal Pape

Paysan breton élargit sa gamme surgelée avec des légumes bio déjà cuits

Déjà fortement implanté dans le rayon surgelés de la grande distribution, avec ses poêlées, gratins et autres purées, Paysan breton propose depuis un mois une gamme de légumes bio déjà cuits et prêts à l'emploi. Disponibles en sachets de 500 grammes, carottes, brocolis, petits pois et haricots verts devraient, dès la saison prochaine, être rejoints par d'autres références.

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De gauche à droite : Frédéric Kerhervé et Hugo Bogrand, producteurs de légumes bio pour Triskalia à Moëlan sur Mer (29) et à Ploërdut (56).
De gauche à droite : Frédéric Kerhervé et Hugo Bogrand, producteurs de légumes bio pour Triskalia à Moëlan sur Mer (29) et à Ploërdut (56). - © Terra

"On ne peut pas ignorer ce que veut le consommateur". Installés à Moëlan sur Mer (29) depuis 1991, Sylvie et Frédéric Kerhervé viennent de se lancer dans la conversion à la bio d'une vingtaine d'hectares sur les 170 que compte leur exploitation.

L'un de leurs poulaillers est en travaux pour accueillir, début 2019, des poules pondeuses qui auront accès à un parcours extérieur de 2,5 hectares. Et le reste des terres, irrigables, est déjà cultivé en légumes, choux-fleurs et brocolis, en alternance avec du maïs.

 

Un appui technique

À Ploërdut (56), Hugo Bogrand a fait le choix de la bio dès son installation, il y a cinq ans. Une évidence pour le jeune agriculteur, qui voulait "laisser la nature produire ce qu'elle peut". Il se fait la main sur du blé noir et des mélanges céréaliers puis l'orge brassicole et le chanvre textile, avant de s'intéresser au légume industrie. "Je n'y connaissais rien, je cherchais quelqu'un pour m'épauler". Ce sera Triskalia, "où j'ai trouvé à la fois un appui technique et une bonne valorisation de mes produits". En trois ans seulement, il porte sa surface en légumes de 3 à 11 hectares, en pois et haricot vert, et vient de lancer un essai pour de l'épinard d'hiver. "Triskalia se charge de la récolte et gère la logistique, ce qui me simplifie la tâche".


Restauration et grande distribution

Céréales, lait, viande bovine, œufs, porc, légumes frais... : Triskalia veut être présent sur l'ensemble des segments en production biologique. Et les légumes surgelés ne font pas exception. Destinés dans un premier temps au marché de la restauration, Gélagri, sa filiale légumes et plats cuisinés surgelés, les propose désormais dans les rayons de la grande distribution, sous la marque Paysan breton.

"Les MDD, marques distributeur, y sont déjà présentes, indique Olivier Morel, le directeur de Gélagri. Nous avons voulu nous différencier". En sachets de 500 grammes, carottes, haricots, pois et brocolis bio affichent fièrement leur provenance, avec le logo Fruits et légumes de France. "Et ils sont les seuls du rayon à être déjà cuits, garantissant au consommateur la préservation du goût, de la texture et des valeurs nutritionnelles. Et une remise en œuvre plus rapide, à froid comme à chaud".


Soutenir la conversion

Pour lancer son produit, aussi, Paysan breton a choisi d'innover ! "Sur chaque sachet, figure un bon de 0,2 €, détaille Régis Pennarun, directeur marketing. Et c'est au consommateur de choisir ce qu'il en fait : le transformer en bon de réduction pour un prochain achat ou le donner, via une cagnotte, aux agriculteurs en cours de conversion à la bio". Et les premiers retours sont éloquents ! "Les sachets sont en rayon depuis un mois. Et 75 % des acheteurs font le choix du don, preuve que l'idée séduit".

Concrètement, cette cagnotte, abondée par Triskalia, permettra de mieux rémunérer les légumes lors des deux années de conversion. Un geste apprécié des producteurs, qui y trouvent un encouragement à franchir le pas de la bio. "Les investissements en matériel, notamment de désherbage, sont conséquents, explique Hugo Bogrand. Et les fenêtre météo étant restreintes, il faut bien souvent que chacun s'équipe pour intervenir au bon moment".


Nouer des partenariats

Pour répondre à la demande croissante en légumes surgelés, Gélagri n'a de cesse d'investir dans son outil industriel. "Nous y consacrons jusqu'à 10 % de notre chiffre d'affaires", indique Olivier Morel. Un effort conséquent qui le conduit à vouloir nouer des partenariats avec la grande distribution plutôt que de répondre à des appels d'offre. "Les distributeurs français l'ont bien compris et sont prêts à s'engager avec nous, rassurés que nous soyons une coopérative".

Si Paysan breton a d'abord vocation à alimenter le marché national, il lorgne aussi sur l'export. "Il y a une forte demande en Amérique du Nord. Le bio made in France y a nettement plus de valeur que made in China. Et les consommateurs sont prêts à payer".

Une fois coupés et effeuillés, les choux-fleurs passent 
dans cette machine qui va les étrogner au champ 
pour n'acheminer que les fleurettes vers l'usine de surgélation.
Une fois coupés et effeuillés, les choux-fleurs passent dans cette machine qui va les étrogner au champ pour n'acheminer que les fleurettes vers l'usine de surgélation. - © Terra

Gélagri en quelques chiffres

4 sites de production, 2 en France et 2 en Espagne,

1 300 producteurs,

800 salariés,

17 000 ha,

165 000 t/an,

100 références, 70 pour la restauration, 30 pour le grand public,

170 millions d'euros de chiffre d'affaires.

- © Terra

Des variétés spécifiques pour le chou-fleur surgelé

À Moëlan sur Mer, la récolte de chou-fleur bio bat son plein. Même si les variétés choisies par Triskalia sont spécifiques pour la surgélation, elles n'évitent pas de devoir passer deux voire trois fois dans la parcelle, les pommes ne parvenant pas toutes à maturité en même temps.

"Pour alimenter la machine, chaque agriculteur doit constituer une équipe d'une dizaine de personnes", indique Régis Pennarun. À chacun son rang, la tâche consistant à couper les têtes puis à les effeuiller, avant de les déposer sur un tapis qui les achemine vers l'étrogneuse. "Nous avons fait le choix de machines qui détaillent directement le chou en fleurettes et laissent au champ tout ce qui ne nous servira pas". L'intérêt est double : une partie de la matière organique est ainsi directement restituée à la parcelle et les frais de transport sont moindres.

À l'usine, les fleurettes sont calibrées : si les petites servent à l'élaboration de poêlées, les grosses, qui ont une meilleure tenue à la cuisson, sont plutôt destinées à la restauration. "Et il n'y a que 2 à 4 heures entre récolte et surgélation".

A Loudéac (22), Gélagri a investi il y a deux ans dans une nouvelle ligne pour le chou-fleur. Si elle n'est pas spécifiquement dédiée au bio, elle le travaille le lundi matin ou le jeudi matin, après un nettoyage approfondi des installations.

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