Terra 28 avril 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

Plan algues vertes : l'agriculture dépasse les objectifs fixés

Sur le bassin versant de Douarnenez, le plan de lutte contre les algues vertes fixait à l'agriculture un objectif de réduction des fuites d'azote de 140 t. Défi largement relevé : en trois ans seulement, les flux ont diminué de près de 200 t !

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Michel et Marthe Le Page (au premier plan) ont ouvert les portes de leur exploitation laitière, à Cast, pour présenter les premiers résultats du plan algues vertes de la baie de Douarnenez.
Michel et Marthe Le Page (au premier plan) ont ouvert les portes de leur exploitation laitière, à Cast, pour présenter les premiers résultats du plan algues vertes de la baie de Douarnenez. - © Chantal Pape

"Depuis 2010, que de chemin parcouru". En ce frais matin d'avril, réunis à Cast sur une exploitation agricole, les représentants de l'Epab, structure porteuse du Sage, de la Clé, la Commission locale de l'eau et de la chambre d'agriculture font le point sur la charte de territoire de la Baie de Douarnenez. "Il nous a fallu trois ans pour l'élaborer, se souvient Paul Divanach, le président de la Clé. Nous avons toujours privilégié la concertation". Mais les résultats sont là : si l'agriculture devait réduire ses fuites d'azote de 140 t en trois ans seulement, elle est allée bien au-delà de l'objectif fixé, puisque les dernières études font état de 198 t.

 

Un engagement individuel

 

"Mais ça n'a pas été simple", explique André Sergent, le président de la chambre d'agriculture. Les agriculteurs, déjà largement impliqués dans la préservation de l'environnement via les PMPOA et autres directives nitrates, peinent à s'engager davantage. Et il faudra des opérations de sensibilisation individuelle pour que, finalement, 71% des exploitations réalisent un diagnostic-projet, alors que l'objectif avait été fixé à 90%. Et, sur les 390 exploitations que compte le territoire, 151 poursuivent la démarche, en signant un contrat d'engagement individuel.

 

Moins d'engrais minéral ...

 

Pour comptabiliser les gains d'azote, trois axes ont été définis. "Le premier, lié aux pratiques agronomiques, fertilisation, rotations et assolements, pièges à nitrates, a permis de gagner plus de 100 t d'azote, détaille Ronan Le Menn, élu à la chambre d'agriculture. Et l'utilisation de l'azote minéral a diminué de 74 t". Le développement de l'herbe a permis de gagner près de 22 t. "Mais certains mesures, comme la mutualisation des plans d'épandage, la conversion à l'agriculture biologique ou la méthanisation n'ont rencontré aucun écho sur le terrain".

Par contre, les réductions d'effectif ont été bien au-delà des prévisions. "Les élevages mixtes se sont spécialisés, constate la chambre d'agriculture. Et, sur les 151 exploitations qui se sont engagées, une douzaine a cessé son activité". "Un chiffre qui donne le vertige", avoue Jacques Gouérou, conseiller départemental, qui craint que le mouvement ne se poursuive.

 

... et moins d'algues vertes

 

"Les flux d'azote ont diminué. Et les échouages d'algues vertes, en bais de Douarnenez sont passés de 12 à 15 000 t en 2009-2010 à 3 ou 4 000 t ces dernières années, souligne Paul Divanach. C'est un signal très positif". Sur le terrain, les efforts vont se poursuivre et la prochaine charte, 2017-2021, est en cours d'écriture. Le premier volet aura coût 6 millions d'euros, sur les 12 qui lui étaient alloués. "Certaines actions, comme la réhabilitation des zones humides, sont encore en cours de mise en oeuvre".

Grâce à son autochargeuse, Michel Le Page apporte de l'herbe à l'auge d'un bout à l'autre de l'année.
Grâce à son autochargeuse, Michel Le Page apporte de l'herbe à l'auge d'un bout à l'autre de l'année. - © Chantal Pape

A Kervelguen, l'herbe gagne du terrain

 

"On a profité du diagnostic pour se poser et réfléchir". Producteurs de lait à Kervelguen, sur la commune de Cast, Michel et Marthe Le Page disposent de 65 ha de SAU, répartis pour moitié de chaque côté d'une route départementale très passante, qu'il est impossible de faire traverser à des animaux. "On avait donc tendance à cultiver toujours les mêmes terres et les rendements commençaient à s'en ressentir".

Construire un boviduc pour augmenter l'accessibilité au pâturage ? "On avait un devis de 80 000 € ! Hors de prix !" Ils optent donc pour l'achat d'une remorque autochargeuse, 32 000 €, subventionné à 40%. "Les aides ont été déterminantes", avoue l'éleveur, qui consacre désormais une demi-heure par jour, d'un bout à l'autre de l'année, à affourager ses animaux en vert. "Les surfaces en herbe ont augmenté de 12 ha", ce qui a réduit les flux d'azote de l'ordre de 700 kg. "Et j'envisage d'arrêter complètement la culture du maïs, quitte à en acheter un peu".

 

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