Terra 13 avril 2018 à 11h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Plan Climat : un champ de possibilités pour l'agriculture

Saint Brieuc Armor Agglomération est en cours d'élaboration de son plan Climat. Jeudi 5 avril à Quintin, une réunion d'information à l'attention des agriculteurs a montré que si d'un côté, le secteur agricole doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES), de l'autre, il a aussi des cartes à jouer.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Michel Hinault, responsable du dossier Energie et développement durable. "Le plan Climat sera arrêté en juin, finalisé fin d'année 2018".
Michel Hinault, responsable du dossier Energie et développement durable. "Le plan Climat sera arrêté en juin, finalisé fin d'année 2018". - © terra

Sur le territoire de Saint Brieuc Armor Agglomération, l'agriculture en 2010 représentait 29 % des émissions de gaz à effet de serre, ex-aequo avec le transport suivi par le résidentiel (22 %). A l'origine les fermentations entériques des ruminants (42 %) et les effluents d'élevage (29 %) en grande majorité. L'établissement public de coopération intercommunale (EPCI) a lancé des ateliers participatifs et des consultations pour impliquer "toutes les composantes du territoire : industriels, transports, agriculture, particuliers... ", indique son vice-président Michel Hinault. En effet, le "plan Climat air-énergie territorial" (PCAET) est obligatoire pour les EPCI de plus de 20 000 habitants qui deviennent "coordinateur de la transition énergétique sur le territoire". Fin 2018, un plan Climat sera finalisé à l'échelle du territoire puis remis à jour tous les 6 ans. "Des objectifs ambitieux doivent être fixés pour 2021, 2026, 2030 et 2050". Pour Danielle Even, présidente de la chambre d'agriculture des Côtes d'Armor, "la profession agricole doit et va contribuer" et rappelle que "chacun [des secteurs concernés] aura sa part à faire".

L'agriculteur Jean-Jacques René, en charge du dossier Energie et Climat à la chambre d'agriculture de Bretagne. "En étant prospectif, on peut y arriver. Cela vaut le coup d'être entendu".
L'agriculteur Jean-Jacques René, en charge du dossier Energie et Climat à la chambre d'agriculture de Bretagne. "En étant prospectif, on peut y arriver. Cela vaut le coup d'être entendu". - © terra

Convaincre les agriculteus de s'engager
Dans le monde agricole, le sujet ne fait pas bondir. L'histoire des politiques de l'eau a laissé des traces, laissant craindre un cortège de contraintes supplémentaires. L'agriculteur Jean-Jacques René, en charge du dossier Energie et Climat à la chambre d'agriculture de Bretagne et engagé de longue date dans les dossier environnementaux, veut dédramatiser la situation. "Vous allez dire que ça y est, cela recommence mais non ! L'agriculture, c'est la solution avec ses sols, sa capacité à stocker le carbone ! De toute façon, on a le devoir de regarder la réalité en face : l'agriculture est déjà impactée par le changement climatique. Voyez les dates de semis ou de récoltes, les attaques de pucerons, les vignes... Il y a tout un nouveau monde à découvrir et ça vaut le coup d'être entendu".

Les émissions de GES du territoire atteignent 802 000 teq CO2. En la matière, l'agriculture détient un énorme potentiel avec la séquestration du carbone et le développement des énergies renouvelables. Sur le territoire de Saint-Brieuc Armor Agglomération, le bilan global fait état de 29 335 teq CO2 absorbés par les sols et la forêt sur le territoire, avec une perte entre 1990 et 2006, de 1 573 teq CO2, "d'où un travail à faire contre l'étalement urbain et l'artificialisation des sols". L'autre grosse marche de manoeuvre concerne la production d'énergie renouvelable puisqu'après le bois bûche (56 %), il reste une grande place pour le photovoltaïque, le biogaz ou le solaire. "Si l'on couvrait l'ensemble des bâtiments agricoles en panneau photovoltaïque, on produirait la moitié de l'énergie consommé en gaz fossile, fioul et électricité des exploitations", note Régis Le Carluer du service environnement de la chambre d'agriculture de Bretagne.

Des élus communautaires proposent que les bus et camions-bennes à Saint-Brieuc circulent au biogaz produit par la méthanisation agricole.
Des élus communautaires proposent que les bus et camions-bennes à Saint-Brieuc circulent au biogaz produit par la méthanisation agricole. - © F.Mechkour

Un large panel d'actions possibles
Mais les exploitants agricoles n'ont pas attendu le PCAET pour agir : les couverts en interculture, la gestion des haies, la fertilisation équilibrée, l'implantation de légumineuses, la couverture de fosse, les économies d'énergie, la gestion des prairies, les ajustements de rations... sont bons pour le climat. "On parle d'actions simples qui peuvent emmener un maximum d'agriculteurs", précise Jean-Jacques René. Ces actions classées par objectifs ou thématiques agricoles sont consignées dans une boîte à outils déclinée en 39 fiches d'actions potentielles. 
Sur le territoire du bassin versant de la baie de Saint-Brieuc, les agriculteurs ne partent pas de zéro. Les actions des plans algues vertes démarrées dans les années 2010 pour enrayer le phénomène et reconquérir la qualité des eaux se poursuivent avec "Baie 2027" et croisent aussi le plan Climat.
Des projets de filière apparaissent
A une tout autre échelle, des projets collectifs pointent sont à l'étude. Deux usines de déshydratation des fourrages (Quessoy et Le Foeil) ; des bus et  camions-bennes à Saint-Brieuc circulant au gaz naturel produit par la méthanisation agricole. En Gaec sur la commune de Pommerit-Le-Vicomte, Emmanuel Turban et ses associés ont mis enroute une unité de méthanisation d'une puissance de 250 kW. L'empreinte carbone de l'élevage laitier, avant et après, est passée de 0,9 à 0,7 kg eq. CO2/l de lait. "Le gaz peut très bien être collecté et envoyé sur des centres pour être purifié et mis dans les bus. Les élus communautaires doivent être des facilitateurs", remarque l'agriculteur, qui réfléchit à une multitude de projets tous emboîtés les uns aux autres : un séchoir à plat (fourrage, bois bûches, céréales...), des panneaux photovoltaïques et de l'échange parcellaire.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui