Terra 16 juin 2016 à 08h00 | Par Mathieu Robert - Agra

Porc : des dossiers qui avancent, mais pas encore de projet filière

L’assemblée générale de la Fédération nationale porcine (FNP) s’est déroulée dans le Doubs, dans une ambiance beaucoup plus apaisée que l’année précédente à Ploërmel. Des revendications importantes du syndicat, sur l’environnement ou l’étiquetage de l’origine avancent, tandis que d’autres patinent, notamment le fonds d’urgence.

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Si le cadran de Plérin affiche sensiblement le même prix du porc qu’en juin 2015, un prix insatisfaisant autour de 1,3 euro le kilo, le 9 juin 2016, l’assemblée générale de la FNP s’est tenue dans une ambiance plus apaisée que l'an passé à Ploërmel (56).
Si le cadran de Plérin affiche sensiblement le même prix du porc qu’en juin 2015, un prix insatisfaisant autour de 1,3 euro le kilo, le 9 juin 2016, l’assemblée générale de la FNP s’est tenue dans une ambiance plus apaisée que l'an passé à Ploërmel (56). - © Terra

Même si les discours restent offensifs, et rapportent les difficultés économiques des éleveurs, le ton a changé parmi les représentants de la FNP. Le calme affiché reflète peut-être le renoncement d’une partie des producteurs, les plus fragiles, menacés de fermeture à court ou moyen terme, après une période de combat syndical intense. Il reflète sûrement la légère amélioration des perspectives économiques, grâce à la récente embellie des importations chinoises et aux premiers signes de baisse de la production porcine européenne. Même si le président de la FNP, Paul Auffray le rappelle : "On est loin du compte, il faudra un prix plus élevé et sur une période plus longue". Il faut aussi noter que certains dossiers syndicaux importants ont avancé, le dossier "environnement" en premier lieu. Le syndicat tire notamment "un bilan très positif" de la mise en place, depuis début 2015, du régime d’enregistrement porcin pour les installations classées (ICPE), sur la tranche 450-2 000 animaux équivalents.

Le fonds porcin n'est pas enterré

Le dossier étiquetage de l’origine des viandes pourrait également avancer rapidement. Le cabinet du ministre s’attend à une réponse favorable de Bruxelles sur le projet de Stéphane Le Foll d’une expérimentation de deux ans de l’étiquetage obligatoire de l’origine imposé aux entreprises françaises. Un autre dossier patine qui permettrait pourtant de donner une seconde bouffée d’air aux producteurs : le fonds d’urgence promis par la grande distribution, à hauteur de 100 millions d’euros, bute sur le refus des industriels de servir d’intermédiaire dans le transfert des fonds. "Nous sommes près du but, mais rien n’y fait et tout est encore bloqué", se désole le président de la FNP, qui refuse de l’enterrer pour autant. 
Côté filière, le dossier de la contractualisation tarde également à se concrétiser. Les initiatives, celles d’Intermarché ou d’Auchan, sont restées esseulées. D’autres dossiers n’avancent pas du tout. C’est le cas de la levée des embargos russes - sanitaire et politique -, demande récurrente de la profession.

La valeur ajoutée, chantier toujours ouvert, sans solution

Un chantier reste toujours ouvert, celui de la "valeur ajoutée" qui fut l’objet de la table ronde de l’assemblée générale. La FNP souhaiterait pourvoir mettre du contenu qualitatif derrière le logo Viande de France, mais les producteurs sont toujours à la recherche d’un projet qui puisse leur permettre de se démarquer de leurs concurrents européens, sans pour autant perdre de parts de marchés, et diminuer la production nationale. Le projet est d’autant plus délicat que le porc ne constitue pas un marché, mais une multitude de marchés de pièces. Le projet de fonds structurel porté par Coop de France et l’UGPVB, qui n’a pas encore été dévoilé, doit aller dans ce sens. À défaut d’être compétitive, la filière porcine française va devoir être imaginative.

 

 

Emmanuel Commault, directeur général et Patrice Drillet, président de Cooperl.
Emmanuel Commault, directeur général et Patrice Drillet, président de Cooperl. - © Terra

La Cooperl veut gagner 20 euros par porc

Après une année économique et sociale mouvementée, le géant porcin français Cooperl soulève un peu le voile de sa stratégie pour traverser "correctement" les futures années.

C'est en toute discrétion que la Cooperl a annoncé lors qu'une conférence de presse, les 50 ans de la naissance de la coopérative. Elle sera commémorée ce 17 juin à Lamballe. Et c'est avec cette même retenue que, à quelques jours de son assemblée générale, le groupe a présenté son bilan 2015. "Une année atypique, difficile" à tous points de vue selon son président Patrice Drillet... La crise de l'été dernier et le départ du marché au cadran en opposition au prix "politique" de 1,40 euro, "cette situation était préjudiciable pour tous, avec des écarts avec nos concurrents allant jusqu'à 40 ct/kg pour l'Allemagne... ", justifie Patrice Drillet, qui avec le directeur général Emmanuel Commault, remercie "la solidarité des adhérents pour l'acceptation d'un prix Cooperl". 
Aujourd'hui les cours du porc remontent - tirés par les importations chinoises - avec un cadran "nouvelle mouture" (reprise le 26 novembre), considéré par les responsables, non plus comme "un outil politique" mais "un outil réactif car il suit la tendance européenne". 
Dans la filière porcine, le fonds d'urgence porcin, écarté par les abatteurs qui craignent de payer indirectement ce fonds par les distributeurs, fait aussi polémique autour du groupe. "Nous sommes opposés au pied de facture mais ce n'est pas une position Cooperl", rappelle Emmanuel Commault, "c'est une position de la famille des salaisonniers et de Coop de France. Avec ce système nous aurions encouragé l'importation de viande étrangère". Par contre, la coopérative réfléchit au projet de fonds structurel porté par Coop de France, un cahier des charges collectif, différent et reconnu par le consommateur. 
La coopérative a conscience des efforts portés par ses adhérents, qu'elle a "soutenus techniquement et financièrement afin de passer la crise fin 2015 - début 2016" et qu'elle aide par le concours de plus-value. Baisse du prix de l'aliment, valorisation des segmentations avec le porc mâle entier et le porc sans antibiotiques lequel passerait d'un million à 1,5 million de porcs produits par an. "Nous voulons ouvrir le cahier des charges du porc sans antibiotique à plus de candidats", confirme le président. 
Le grande ambition portée par Cooperl est de parvenir à un gain de 20 euros par porc via la recherche de productivité et de valeur ajoutée sur l'ensemble de la filière. L'énergie verte serait un autre axe de développement et parmi les projets d'avenir la méthanisation serait dans les tuyaux. Et de pointer : "malgré les polémiques, nous avons attiré de nouveaux adhérents avec 3,5 % de porcs commercialisés en plus sur 2015".

 

Emmanuelle Le Corre

 

La Cooperl en chiffres

Porcs abattus : 4 900 000

Chiffre d'affaires : 2 milliards

Résultat : 5 millions (15 millions en 2014)

Investissement : 57 millions (+30 %)

35 % du CA à l'export

2 700 adhérents

5 300 salariés (244 embauches nettes)

Chine : un répit salutaire

Les cycles du porc de la Chine et de l’Europe sont à contretemps. Alors que la Chine est au plus bas de sa production (- 5 millions de truies en 18 mois), l’Europe se stabilise au plus haut de sa production. Au premier trimestre 2016, la Chine a importé 567 000 tonnes de produits de porcs et est en passe de devenir le 1er importateur mondial devant le Japon. Ses importations depuis l’UE ont doublé ; l’Allemagne en est devenue le premier fournisseur (124 000 tonnes). Les exportations françaises vers la Chine n’atteignent que 35 000 tonnes au premier trimestre 2016, en hausse tout de même de 121 %. Les achats chinois devraient tout juste compenser la baisse de la consommation annoncée en Europe (-0,5 %) et la lourdeur de la production. Le prix devrait ainsi se stabiliser ou gagner 1 % sur 2016, a annoncé l’économiste de l’Ifip, Estelle Antoine. Tout dépendra aussi des conditions climatiques.

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