Terra 20 août 2015 à 08h00 | Par Paul Jegat

Porcs, bovins, lait, volailles, l'élevage se rebiffe

Entre une table ronde porcine à Paris et une hypothétique séance de cotation au MPB, les responsables FRSEA du grand Ouest se sont réunis lundi dernier à Rennes pour dire tout ce qu'ils avaient sur le coeur et se donner un nouveau rendez-vous le 3 septembre, à Paris.

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De rencontres avec les éleveurs en tables rondes et en annonces successives de mesures d'aides diverses, le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll ne parvient pas éteindre le feu qui couvait dans les campagnes depuis mai. Même les gestes de bonne volonté obtenus des enseignes de la grande distribution - ou tout au moins d'une partie d'entre elles - n'a pas suffi. Quant aux mesures du plan d'urgence du 22 juillet, elles ont été perçues comme du "recyclage" de précédentes annonces, les 600 millions d'euros mis en avant par Stéphane le Foll se réduisant selon Pascal Ferey le président de la FRSEA Normandie, à 57 millions d'euros puisés dans le Fac, fonds d'allègement des charges. "On demande un plan ambitieux" a-t-il repété lundi matin lors d'une conférence de presse à laquelle participaient les représentants des FRSEA du grand Ouest, soit les régions concentrant la plus grande part des productions d'élevage françaises, toutes ou presque confrontées à la crise. A quelques heures de la tenue d'une table ronde de la filière porcine au ministère de l'agriculture et alors que le doute subsistait encore sur la tenue d'une cotation au MPB de Plérin, le dossier porc a bien-sur pris le devant. Mais les représentants FRSEA ont mis toute leur énergie à ne pas se laisser enfermer par la seule crise du porc, en annonçant un grand rassemblement de l'élevage le 3 septembre prochain à Paris, puis un second rassemblement -européen cette fois - le 7 septembre à Bruxelles, alors que se tiendra une réunion des ministres de l'agriculture de l'Union européenne... Et d'ici là, de multiples actions syndicales pourraient encore se produire ici et là dans les département, pour que la pression ne descende pas."Chacun d'entre nous se lève pour perdre de l'argent" a constaté Pascal Ferey. Et d'interroger : "Quel regard les industries agroalimentaires portent-elles sur le maillon production, quel regard notre ministre de l'agriculture porte-t-il sur notre situation et enfin que fait l'Europe ?".

L'urgence :
remettre le MPB en ligne

Lundi matin, c'est bien vers les transformateurs porcins que s'orientaient tous les regards. Dans la ligne de mire des éleveurs, Cooperl et Bigard, deux des principaux opérateurs de l'aval, après leur refus d'acheter du porc au MPB. Leur posture de refus de suivre la recommandatation d'un prix de base à 1,40 euro le kg a très clairement soulevé un vent de panique dans les élevages. Une semaine complète sans cotation a fait craindre un blocage prolongé des animaux dans les porcheries, au risque d'un alourdissement des porcs puis d'un déclassement en plus d'un surcoût alimentaire aggravant encore des trésoreries dans le rouge. En ce début de semaine, alors qu'il n'était toujours pas question de cotation ce lundi, ni même le lendemain dans l'éventualité à peine raisonnable d'une cotation reportée, les éleveurs de porcs présents, Didier Lucas (22) ou François Valy (56) pour la Bretagne, Yvan Fourré pour la Basse Normandie n'avaient qu'une attente : que le marché ait lieu. "Une question d'urgence" ont-ils insisté. Ils auront été entendus, puisque le jour même, à l'issue de la table ronde de la filière convoquée par Stéphane Le Foll, il était acquis qu'une cotation se déroule enfin le mardi. Elle a effectivement eu lieu et s'est cloturée sur un prix de séance à 1, 389 euro , à peine en dessous de la barre des 1,40 euro... Mais avec un nombre de porcs invendus de 15 748 animaux et toujours en l'absence des deux acheteurs récalcitrants Cooperl et Bigard, ceux là même qui absents de la table ronde ministérielle de lundi devaient être reçus séparément cette semaine par Stéphane Le Foll.

La France manque d'ambition agroalimentaire

Quant à cette table ronde déterminante de la filière porc, elle aurait - de l'avis des réprésentants de la filière - permis de faire avancer la position du ministre de l'agriculture sur le terrain européen, où il refusait obstinément d'aller jusque là, préférant cantonner les problèmes du porcs et plus globalement de l'élevage sur le strict champ hexagonal. Les faits semblent lui avoir donné tort puisque, en bovin, comme en porc mais aussi en lait, les bonnes intentions des uns et des autres quant au prix ne suffisent pas à redresser la barre, ni même à la maintenir.

Mais un autre grief a été soulevé lundi matin à Rennes, celui d'un "manque d'ambition" français pour l'agriculture et l'agroalimentaire, les uns et les autres ne voyant pas d'autre explication au fait que la France ait en une dizaine d'années décroché de sa position de leader agricole européen pour se faire doubler par l'Allemagne, la Pologne ou l'Espagne, devenus maîtres du jeu des productions animales...Et où les problèmes de prix se posent aussi, pourra-t-on remarquer.

Mardi matin au marché au cadran de Plérin, à l'ouverture de la séance de cotation.
Mardi matin au marché au cadran de Plérin, à l'ouverture de la séance de cotation. - © H.B

La cotation de mardi sous les 1,40 euro

Le marché du porc breton a enfin tenu une séance mardi, malgré l'absence de Cooperl et Bigard-Socopa aux achats. Le cours moyen a baissé de 1,5 cent à 1,389 euro le kilo. Le catalogue présenté correspondait aux présentations prévues le 13 août : 49 389 porcs étaient inscrits à la vente, 33 641 porcs ont été vendus, 15 748 porcs n'ont pas trouvé preneur aux enchères. "Les transactions se sont déroulées avec tout de même un sentiment d'excès d'offre dans la mesure où Bigard, Socopa et Cooperl étaient toujours absents", constatent les analystes du MPB. "Nous n'acceptons pas cette baisse, mais nous avons l'intention d'attendre la prochaine cotation, jeudi, avant d'agir", a réagi le président de la FDSEA des Côtes d'Armor. Didier Lucas attend également "que Cooperl retourne autour de la table de discussion".

Agra

La Cooperl reçue par Stéphane Le Foll

A l'issue de sa rencontre avec le ministre le 18 août, le président de la Cooperl Patrice Drillet a estimé que Stéphane Le Foll n'avait "fermé aucune porte". Il s'est dit satisfait d'entendre que "les questions de compétitivité seront à l'ordre du jour du conseil européen" des ministres de l'Agriculture, le 7 septembre. "Nous avons très peu parlé du cadran", a précisé Patrice Drillet, se disant prêt à entamer des discussions avec le président du MPB. Dans un communiqué du même jour, la Cooperl rappelle ses demandes : mesures de dégagement du marché européen, étiquetage d'origine des viandes pour les produits transformés, allègement sectoriel des charges sur le travail, compensation en France de l'avantage fiscal que représente la TVA forfaitaire accordée aux producteurs allemands, et allègement de la réglementation française sur les installations classées (ICPE).

Agra

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