Terra 11 avril 2019 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Poulet de chair breton, les raisons d’y croire

Après avoir laissé des plumes, moins 4 % de production en 10 ans, un an après la fin de Doux actée par l’arrêt des restitutions, la filière volaille de chair bretonne reprend des couleurs. Et la Bretagne veut y croire, offensive sur la reconquête du marché français. Le message a été porté vendredi dernier à Pontivy par ses principaux acteurs réunis pour en débattre par la chambre d’agriculture de Bretagne. Et ils sont confiants, même si l'enthousiasme et les ambitions affichés restent à traduire. En jeu ? L’amélioration de la compétitivité en élevage, la modernisation d’un parc de bâtiments âgés dont 2 sur 3 ont plus de 20 ans, et des éleveurs en attente de revenus et de perspectives pour être convaincus.

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Les importations en provenance de l'UE ont augmenté de 9% en un an.
Les importations en provenance de l'UE ont augmenté de 9% en un an. - © Christian Nicolas - Chambres agriculture Bretagne

"Cap à l’ouest". Tous l’auront répété : "Il y a un alignement des planètes, un industriel qui y croit, une volonté de produire en Bretagne", résume Olivier Allain, vice-président de la région Bretagne, en charge de l’agriculture. André Sergent, président des chambres d’agriculture de Bretagne rajoutera même en guise de conclusion, "si j’étais jeune, je regarderais cette production (de volaille de chair ndlr) pour y aller". Le message est clair, tous les clignotants seraient au vert et la filière riche de perspectives et d’atouts.

Consommation en hausse

Car la volaille plaît aux papilles. En France, sa consommation continue de croître de 2 % tous les ans et ce depuis 5 ans. C’est la seule viande à progresser ainsi et à pouvoir s’enorgueillir d’un tel appétit de croissance dans l’Hexagone. Mais voilà, ces bons résultats ne profitent guère à la filière avicole française qui se fait voler dans les plumes par des importations venues de nos voisins européens. Elles ont encore augmenté, de 9 % l’an passé, vient de révéler le ministère de l’Agriculture dans sa note de conjoncture (lire encadré). Ainsi, l’industrie avicole française représente moins de 60 % du marché national et en restauration hors foyer, elle se fait tailler des croupières par la volaille belge, polonaise ou allemande qui garnit, entre autres, nos sandwiches. "En 2018, on a importé 646 000 tonnes de volailles quand en Bretagne on en produit 554 000", situe Arnaud Haye, du service économie de la chambre d’agriculture de Bretagne. Le Morbihan en abat 46 % dans des établissements qui maillent le territoire breton avec, à la clé, l’emploi de 5 800 salariés équivalent temps plein (ETP), hors intérim. Et ils étaient 9 500 il y a 10 ans.

Restructuration à l'œuvre

Alors, profiter de cette croissance de la consommation, et pas que des miettes, c’est tout ce que souhaite légitimement la filière. Elle s’est mise en ordre de marche, y compris en terre bretonne, marquée à l’Ouest par une orientation grand export très bousculée par la fin de son principal opérateur Doux. C’est à cette époque, fin 2017, avant la reprise des outils du premier faiseur à l’export, que la chambre régionale d’agriculture a lancé son étude propective pour envisager l’avenir de cette filière volaille de chair qui compte en Bretagne plus de 2 000 éleveurs. Si ce travail d’état des lieux (lire encadré) et d’enquête prospective a été engagé il y a deux ans, sa restitution intervient après les restructurations qui se sont opérées depuis lors, avec la reprise de Doux par LDC, Terrena et Al Munajem avec l'appui du conseil régional de Bretagne. Ainsi, côté abattage, "on a investi 200 millions d’euros, nous avons les outils les plus modernes d’Europe", affiche Roland Tonarelli, directeur de SBV, filiale de LDC.

Moderniser le parc

Avec cette volonté de reconquête du marché français, "ses atouts, ses éleveurs, sa filière, la Bretagne est en première ligne par rapport à son positionnement sur les marchés, notamment de la restauration hors domicile et collective", insiste l'étude. Ses rapporteurs notent également qu'il faudra prendre en compte les attentes sociétales avec des adaptations à consentir. Les éleveurs sont au centre de ce plan, offensif. Avec sa démarche "nature d’éleveur", au cahier des charges centré sur le bien-être, la démédication et des sols bétonnés, LDC est entré en phase opérationnelle à marche soutenue. Aujourd’hui 30 % d’éleveurs y ont adhéré, ils seront "60 % à la fin de l’année et 100 % d’ici 2021", ambitionne le représentant du Sarthois LDC. Mais "les bâtiments sont à l’épicentre de ces enjeux", cadre Christian Nicolas, chargé d’études et de conseils bâtiment volailles à la chambre d’agriculture de Bretagne. Les poulaillers de moins de 20 ans ne représentent que le quart d’un parc breton vieillissant. Produire suivant les attentes passera donc par la modernisation rapide des bâtiments. C’est le défi du jour qui hier encore, était focalisé sur les outils industriels à adapter au marché intérieur. Il s’est déplacé aujourd’hui sur les éleveurs à qui incombent, dans le schéma d’intégration de la filière, les investissements liés aux bâtiments.

"Avoir confiance"

"On me dit qu’il en coûte 350 euros du m2 pour construire un bâtiment. Sachant que 75 % des 3,7 millions de m² bretons ont plus de 20 ans, je vous laisse faire le calcul des besoins en investissements dans les années à venir", campe depuis la salle, Fabrice Caro, éleveur de volailles à Cruguel. Une somme, colossale, consacrée à la rénovation quand il  faut compter 500 euros du m² en neuf pour produire un poulet lourd, fer de lance de la reconquête du marché intérieur. "On a un magnifique projet en Bretagne", encourage Guénaël Le Sourd de la direction de LDC amont Huttepain Bretagne. "On reparle de développement, ça fait plaisir. On ne réussira que tous ensemble", appuie Laurent Kerlir, vice-président de la chambre d’agriculture de Bretagne. "Avoir confiance, que tout le monde ait confiance dans notre filière qui donne envie aux éleveurs", situera Marc Cornec, président des éleveurs de Yer Breizh, (ancienne organisation de production Doux). Nul doute que l’accompagnement financier devra être à la hauteur de l’enjeu, au risque de couper les ailes de l’enthousiasme et de l’élan.

 

 

Pour débattre des opportunités de la Bretagne en matière de volaille de chair, Annie Saulnier, président de d’ABEA, Rolland Tonarelli, SBV, Guénaël Le Sourd, LDC Amont, Marc Cornec, président des éleveurs de Yer Breizh, Laurent Kerlir, vice-président de la chambre d’agriculture, Pascal Le Floch, président Yez Breizh et Olivier Allain, vice-président du conseil régional.
Pour débattre des opportunités de la Bretagne en matière de volaille de chair, Annie Saulnier, président de d’ABEA, Rolland Tonarelli, SBV, Guénaël Le Sourd, LDC Amont, Marc Cornec, président des éleveurs de Yer Breizh, Laurent Kerlir, vice-président de la chambre d’agriculture, Pascal Le Floch, président Yez Breizh et Olivier Allain, vice-président du conseil régional. - © Terra

Poulet : déficit "inédit" du commerce extérieur français

Dans une note de conjoncture parue le 3 avril, le ministère de l'Agriculture constate que le déficit du commerce extérieur de viandes de poulets a atteint, en janvier, un niveau "inédit" à 25,7 milliers de téc (tonne équivalent carcasse) et 49,5 millions d’euros. D'une part, les importations en provenance de l'UE augmentent (+9 % sur un an), "notamment en provenance de Pologne et de Belgique". D'autre part, les exportations "reculent (-8,3 % sur un an, soit -2500 téc) ; certes les ventes sont "en hausse vers l’UE, mais "l’accès aux marchés du Moyen-Orient et de l’Afrique sub-saharienne se restreint" (-33 % et –29 %). La filière poulet française connaît une double difficulté : se maintenir au grand export depuis la fin des restitutions en 2013, et sur le marché intérieur, notamment en restauration hors domicile. / Agra

Repères

Premier maillon, les entreprises de sélection (2) et d’accouvage (14), produiraient en Bretagne 7 millions de poussins par semaine avec 1 million de m² de bâtiments dédiés à la production de reproducteurs. Chiffre d’affaires : 140 millions d’euros/an.

Avec 2 000 éleveurs (3,7 millions de m² de surface dont 6 % en label rouge), deux espèces dominantes, le poulet et la dinde, la Bretagne produit tous les ans, 554 000 tonnes de volaille de chair à 69 % du poulet, avec une baisse de sa production de moins 4 % en 10 ans et pour une valeur de production de 850 millions d’euros, tandis que la Normandie, 157 000 t (55 % poulet) et les Pays de Loire, 445 000 t (60 % poulet) ont connu respectivement et sur la même période un croissance de 8 et 12 %. Ces trois régions représentent les 3/4 de la volaille française.

3/4 des bâtiments en Bretagne ont plus de 20 ans. La moyenne d’âge de chefs d’exploitations ont 50 ans. 24 % du parc sera concerné par le départ en retraite de l’exploitant d’ici 2025.

L’alimentation animale pour ce secteur, c’est 1,5 million de tonnes d’aliments fabriquées en Bretagne sur 47 sites industriels.

La mise sur le marché est faites par une quinzaine d’organisations de production, dont Gaevol, groupe LDC, privé ; Yez breizh, ex Doux, privé ; Huttepain Bretagne, LDC, privé ;

Triskalia/UKL, Triskalia, coopératif ; Univol, Nutréa, coopératif ; Le Gouessant, coopératif... en contrat d’intégration avec les éleveurs.

L’abattage et la transformation se font dans une douzaine de groupes industriels qui emploient 5 800 salariés hors intérimaires aujourd’hui, contre 9 500 il y a 10 ans. Sur les 515 000 tonnes abattues en Bretagne, 46 % le sont en Morbihan qui concentre de nombreux outils.

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