Terra 12 juillet 2018 à 08h00 | Par Propos recueillis par Jean Dubé

Pour une approche nouvelle de la question des phytos

Eric Thirouin intervenait vendredi dernier lors de la session de la chambre d'agriculture du Morbihan pour présenter le "contrat de solutions" porté par 40 organisations professionnelles agricoles, sur la question des phytos. Cette préoccupation croise des enjeux sociétaux, environnementaux, économiques, des attentes de qualité, d'esthétique,.. mais aussi, côté agriculteurs, des enjeux techniques et de revenu. En quoi cette approche du contrat de solution peut-elle contribuer à faire avancer le débat ? 

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Eric Thirouin, secrétaire général adjoint de 
la FNSEA, président de la commission environnement
Eric Thirouin, secrétaire général adjoint de la FNSEA, président de la commission environnement - © Terra

Sur cette question des phytos, des discussions sont en cours en France mais aussi en Europe.

Eric Thirouin. Nous mettons en avant trois éléments prioritaires face aux pouvoirs publics. Nous sommes d'accord pour une harmonisation européenne, nous disons oui à des AMM (autorisations de mise en marché) européennes. Mais nous sommes opposés à une renationalisation des AMM européennes. Il n'est pas question de laver plus "vert" que le reste de l'Europe. Nous voulons avancer en même temps, mais pas plus vite que les autres. Par exemple, sur le glyphosate, nous souhaitons rester dans un cadre réglementaire européen. Avec un point essentiel, qui est de ne pas augmenter les charges qui pèsent sur les exploitations. Pour aller de l'avant, il faut investir dans des pratiques nouvelles plus vertueuses, développer de la recherche et développer la confiance entre les agriculteurs et la société civile. Autre point essentiel, il faut aider les agriculteurs à parler de leurs pratiques.

 

Des organisations -agricoles ou non- proposent un "contrat de solutions" et parlent de démarche de progrès. De quoi s'agit-il ?

E. T. Depuis des années, les agriculteurs n'arrêtent pas d'améliorer leurs pratiques, ils développent des pratiques vertueuses, des bandes enherbées, des couverts, du matériel permettant d'éviter les dérives, etc. 75 % des molécules les plus dangereuses ont été retirées. Mais, malgré tout, la société civile -au travers des parlementaires, des médias- estime qu'il faut cesser d'utiliser des produits phyto. Depuis des années, les uns disent "c'est dangereux", les autres disent "ça n'est pas dangereux" ... Et on n'avance pas. Bien souvent, cela se termine de la même façon : on va vous interdire certaines utilisations, par exemple le glyphosate, les néonicotinoïdes pour ne citer que les derniers exemples. En juin, nous nous sommes retrouvés à quelques agriculteurs et avons proposé de changer d'approche. Il faut arrêter ce débat dangereux/pas dangereux. Il faut arrêter ce sujet, le mettre de côté.

La société nous demande à nous agriculteurs de réduire l'usage, les risques et les impacts des produits phytosanitaires. Nous disons "banco". Nous sommes d'accord pour réduire l'usage et les impacts des produits phytosanitaires, mais pas à n'importe prix. Quelles solutions ? On ne veut pas aller de l'avant sans des alternatives. Une fois que nous avons une alternative, il n'y a aucune raison de ne pas avancer. Mais sans alternative, c'est juste nous placer face à un précipice.

Il faut, je pense, arrêter les invectives. Le sujet, c'est de répondre à la demande des consommateurs. On met tout en œuvre pour trouver des solutions, des solutions proactives.

Ce contrat de solutions, en quelques mots, c'est répondre aux attentes de la société, c'est garantir la compétitivité des exploitations et sortir des interdits.

 

Comment ça marche ?

E. T. C'est un projet très concret. Nous avons travaillé avec près de 40 organisations, à la fois tous ceux qui travaillent sur la recherche, le conseil, les représentants des producteurs, mais aussi les représentants de l'aval parce que l'idée est aussi de pouvoir avancer sur la valorisation des efforts réalisés. Un comité de pilotage a été constitué, les ministères de l'environnement de la santé, de la recherche, de l'agriculture sont invités, des députés des sénateurs ... 8 groupes de travail ont été mis en place depuis février.  Aujourd'hui, nous avons identifié 336 solutions. Le travail consiste maintenant à qualifier les solutions retenues, à quoi servent-elle ? Pour quel type de culture ? Qu'est ce qu'elles permettent de réduire ? À quel niveau ? À quelle vitesse ? Quels sont les gains ou les coûts,

les freins et les leviers... Certaines solutions permettent de réduire à 95 %, d'autres à 5 %. Là où il n'y a que 5 %, il faut investir dans la recherche pour trouver une solution. Là où il y a des solutions, on va les déployer. Là où il n'y en a pas, on va investir . C'est extrêmement pragmatique.

Un premier travail a permis d'identifier 30 solutions qui vont être développées immédiatement. Dans 6 mois, on en identifiera 30 autres et ainsi de suite. Tout ce travail sera partagé avec les ONG et les consommateurs, pour qu'ils nous "challengent", nous appuient dans notre démarche, qu'ils viennent nous soutenir ou nous aider.

Début juillet, un premier contrat de solutions sera signé. 3 focus seront mis en avant, concernant les outils d'aide à la décision, les solutions de bio contrôle et bien sûr concernant le glyphosate, sur ce qui peut être mis en place ou pas. C'est un travail continu dans lequel nous nous engageons.

 

Vous préconisez des évolutions dans le temps ?

E. T. Tout est une question d'équilibre. Dire il faut 100 % de bio en France, c'est aller dans un mur. On sait bien que ce n'est pas possible, qu'il n'y a pas de marché. On sait que l'on a les moyens de doubler la production bio en France, ça c'est possible.  De la même façon, dire on fait fi des attentes des consommateurs et des questions environnementales, c'est aussi excessif.

L'agriculture qu'il nous faut construire est une agriculture qui trouve un juste équilibre entre tout ça : réduire au maximum l'usage des produits phytosanitaires, développer le bio en fonction de la demande du consommateur. Entre les deux, il restera forcément des produits phytosanitaires ! Il y a un équilibre à trouver. Nous nous devons de répondre à l'attente et rechercher toutes les solutions, je suis convaincu qu'il y a possibilité de faire mieux.

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