Terra 22 mars 2018 à 15h00 | Par Propos recueillis par Emmanuelle Le Corre

"Pour une montée en gamme collective"

Président du groupement Triskalia, groupement qui présente 53 % de porcs sous signe de qualité, Michel Bloc'h défend une montée en gamme collective de la filière autour du contrat d'avenir sociétal. En l'absence de vues communes au sein de la filière, il espère une avancée qui viendra peut-être des Etats généraux de l'alimentation.

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Michel Bloc'h, président du groupement porc Triskalia et président de l'union des groupements (UGPVB).
Michel Bloc'h, président du groupement porc Triskalia et président de l'union des groupements (UGPVB). - © Pascal Le Douarin

Quelle est la tendance des volumes de production des porcs charcutiers conventionnels et Label Rouge dans le groupement en 2017 ?

Michel Bloc'h. Avec 1,5 million de porcs vendus, la tendance est la même que dans la zone Uniporc Ouest, une légère baisse de 1 à 1,5 % du nombre de porcs charcutiers produits. Le nombre de porcs Label Rouge est lui resté stable.

 

53 % des porcs vendus sont valorisés en filière qualité ; vous êtes le premier groupement apporteur de la filière Label Rouge Opale. Les éleveurs sont eux-mêmes impliqués dans la commercialisation de leur porc.

M.B. Je suis pour l'implication des éleveurs dans la vente de leur produit. À un moment donné, il faut aller vers les acteurs de l'aval. En discutant directement avec les responsables de centrales d'achat comme le font les éleveurs du Label Rouge Opale, ils appréhendent mieux les problèmes des autres maillons. Échanger, cela fait toujours avancer.

 

Pensez-vous que les objectifs du plan de filière sont réalisables d'ici cinq ans avec 8 % de porc Label Rouge et 5 % de porc bio ?

M.B. Si en Label Rouge, il est possible d'atteindre les objectifs, je pense qu'il est très compliqué de produire du porc bio, encore plus dans l'Ouest. 5 % est un vrai défi. Je pense notamment à la production de céréales bio dans un climat humide, favorable au développement des mycotoxines. Compte tenu des investissements, il faut aussi des débouchés sécurisés avec une contractualisation sur dix ans. Ensuite il y la vente de l'ensemble des morceaux de la carcasse du porc. Parce que l'"équilibre matière" est compliqué, notre partenaire abatteur Socopa se montre assez méfiant. Mais si des adhérents sont intéressés, nous les accompagnerons.

 

Afin de développer la production sous signe de qualité, faut-il la déconnecter
du marché du porc breton (MPB) ?

M.B. Je ne suis pas pour une déconnexion totale des produits sous signe de qualité de la cotation du MPB. Il faut garder une référence, au risque de se faire embarquer dans des choses qui ne sont plus cohérentes au niveau économique. Dans la plupart des cahiers des charges, les pièces vendues à l'export sont vendues au prix du marché. Il faut garder un point d'ancrage pour la filière comme pour les producteurs.

 

Qu'attendez-vous des États généraux de l'alimentation (EGA) pour la filière porc ?

M.B. Je souhaite que les EGA s'emparent de la lisibilité des étiquetages, c'est un point important ! Le consommateur est perdu dans les linéaires, les transformateurs trompent beaucoup. Le ministre de l'agriculture dit qu'il va garder l'expérimentation sur l'étiquetage qui arrive à échéance des deux années. Quant au logo Le Porc Français, il est trop petit sur les barquettes. Nous avons aussi à balayer devant notre porte.

 

Il y a le contrat d'avenir sociétal également...

M.B. Je suis pour une montée en gamme collective qui apporte une meilleure valorisation. Ce serait l'idéal. J'ai en ligne de mire la démarche allemande Tierwohl - qui à partir de quelques centimes prélevés aux consommateurs - permet de financer les investissements en faveur du bien-être. Nous n'y mettons pas seulement du bien-être animal mais du social, de l'environnement et du sanitaire.

À l'UGPVB (1), nous travaillons sur la mise en place du contrat d'avenir sociétal (2) mais nous n'y sommes pas encore parvenus. Les discussions ne sont pas fructueuses car la filière raisonne en silo. Vu que le contrat d'avenir sociétal est imbriqué dans les EGA, peut-être y parviendra-t-on, on verra !

 

Face aux anti-viandes, quelles rispostes, quelles actions mettre en œuvre ?

M.B. Il faut mettre en avant nos métiers, ne pas se rentrer dans la figure. C'est comme les réseaux sociaux, il faut y aller, densifier notre présence. C'est en train de se faire, je suis plutôt optimiste. À l'UGPVB, nous avons entamé des discussions avec les associations animalistes CiWF et Welfarm avec qui nous pouvons échanger correctement sur le bien-être animal et la prise en charge de la douleur en élevage.

 

(1) L'UGPVB (union des groupements de producteurs de viande de Bretagne) fédère les organisations de producteurs (OP) de viande porcine, de viande bovine en Bretagne et d'œufs en Bretagne et Pays de la Loire.

(2) En achetant du porc, les consommateurs contribueraient à un fonds dédié au financement de la démarche de progrès. sociétale en élevage. Quatre axes en constituent le socle : le bien-être animal, le sanitaire, l’environnement et le social.

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