Terra 26 mai 2016 à 08h00 | Par Agra

Pour valoriser la production, les JA misent sur des filières structurées

Valoriser la production agricole française grâce à un travail collectif au sein de filières structurées, telle est l’ambition portée par les Jeunes agriculteurs qui valideront leur projet, formalisé dans leur nouveau rapport d’orientation, à l’occasion de leur 50e congrès national, qui se tiendra du 31 mai au 2 juin à Mâcon (Saône-et-Loire).

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Florian Salmon, président JA d'Ille-et-Vilaine et rapporteur du prochain congrès.
Florian Salmon, président JA d'Ille-et-Vilaine et rapporteur du prochain congrès. - © Terra

Alors que le mandat 2014-2016 de l’équipe dirigeante des JA touche à sa fin, le syndicat se félicite d’avoir particulièrement avancé sur la question de la distribution, l’un des quatre projets fixés - avec l’installation, l’environnement et l’accompagnement du réseau - pour la mandature 2014-2016. "On s’est longtemps concentrés sur la production, ce mandat était le deuxième où l’on mettait la distribution à l’ordre du jour", expliquait Florian Dornier, secrétaire général, à l’occasion d’une conférence de presse le 17 mai. Car les JA veulent avoir leur mot à dire dans les décisions en lien avec la distribution de leurs produits. D’autant plus que les manifestations de l’été dernier leur ont permis "d’obtenir l’oreille attentive de la distribution", se félicite l’éleveur. Dans cette optique, le syndicat annonce que les responsables régionaux seront formés, dès le mois de septembre, afin de pouvoir être des interlocuteurs crédibles auprès de la distribution. L’objectif ? Créer de la valeur ajoutée en s’appuyant sur la qualité et la traçabilité de la production française.

Síinspirer des filières qui réussissent

Le travail de concert avec la distribution s’inscrit dans les préconisations du rapport d’orientation, consacré à la structuration des filières, qui sera validé à l’occasion du congrès. Florian Salmon, l’un des trois rapporteurs, constate l’hétérogénéité des interprofessions. Certaines, "courtes", se bornent à rassembler les producteurs et transformateurs, tandis que d’autres, dites "longues" regroupent de nombreux métiers des filières agricoles ; Interbev notamment qui compte plus de vingt organisations. En matière de stratégie, des différences sont également notables. Si des filières misent sur le volume (poudre de lait, blé tendre), d’autres s’attachent au qualitatif (vin). Cependant, ni la "longueur" des interprofessions, ni le choix stratégique ne conditionne la réussite, explique Florian Salmon. Une filière "exemplaire" se détache cependant et devrait inspirer les autres : celle du comté. La filière a créé un "comité au sein duquel les agriculteurs ont su s’impliquer autant que les autres acteurs de la filière", témoigne le rapporteur. Ce comité a permis le financement commun de "vastes campagnes de communication", la régulation de l’offre, le renouvellement des générations, et même la mise en place d’"un indice permettant de calculer le prix de vente moyen" qui assure "une répartition équitable de la valeur ajoutée produite entre tous les acteurs".

Produire en fonction des débouchés

De ce travail d’audit, mené pendant dix mois, Florian Salmon tire une conclusion : l’important est l’organisation collective des filières et la confiance qui doit régner entre tous les maillons qui les composent, de la production à la distribution. C’est cette configuration qui permettra de repenser la production. Pendant des décennies, explique Florian Salmon, les agriculteurs ont cherché à produire avant même de s’interroger sur l’existence de débouchés. Des filières structurées doivent permettre de fonctionner dans l’autre sens et de produire en fonction de la demande anticipée. La conclusion est posée. Reste désormais à la nouvelle équipe dirigeante des JA, qui sera élue à l’occasion du congrès de Mâcon, de travailler à sa mise en application.

 

Thomas Vivien, JA Ille-et-Vilaine
Thomas Vivien, JA Ille-et-Vilaine - © Terra

"Les problèmes de fond sur les prix n'ont pas été réglés"

Thomas Vivien a 32 ans. Il s'est installé en décembre 2014 en production de viande ovine et bovine en bio sur une exploitation de 32 ha. Engagé au sein de JA d'Ille-et-VIlaine, Il postule à un poste d'administrateur national.

Que retenez-vous du rapport d'orientation de JA ? La Bretagne défend-elle une position particulière ?

Thomas Vivien. Le thème abordé sur l'organisation est important en cette période de crise. Il dresse le constat de la situation et formule les propositions d'organisation pour rééquilibrer le rapport de force avec les autres maillons de la filière. La notion forte est bien-sûr que le monde agricole doit se regrouper pour peser. Les Bretons insisteront plus sur la notion de surenchère normative que nous subissons en particulier sur un plan environnemental. Nous voulons aussi défendre l'élevage d'une façon générale et en particulier l'élevage "de masse" dans lequel l'Ouest est spécialisé. L'Ouest ne peut pas se retourner vers des niches de production.

Vous êtes producteur bio, comment vous positionnez-vous sur ces questions ?

T. V. Il ne peut y avoir du bio que parce qu'il y a une production conventionnelle. La bio mise sur un système plus autonome et fait un produit qui correspond à une demande du consommateur. La bio fait partie du panel de produits que le consommateur veut pouvoir trouver. Le bio permet a des petites structures comme la mienne de trouver un peu de valeur ajoutée et de vivre, ce que ne me permettrait pas de faire un système conventionnel. Mais je pense qu'il ne faut pas opposer les systèmes, tout le monde doit pouvoir vivre ensemble. Je suis toutefois inquiet face au développement de la bio aujourd'hui. Beaucoup d'éleveurs veulent se reconvertir, mais on est en train de saturer un marché qui était porteur. Là aussi, si les producteurs ne s'organisent pas, le maillon production ne pèsera pas lourd demain. Après les manifestations de ces derniers mois, les problèmes de fond sur les prix et les marchés n'ont pas été réglés.

De nouvelles actions syndicales semblent très probables. Quelle forme prendront-elles ?

T. V. Ce n'est pas encore décidé. Je pense qu'il faut des formes d'actions constructives, de la communication positive, interpeller les consommateurs, les élus, et réinvestir le marché intérieur. Je pense qu'il reste un travail important à faire sur le fond, plus qu'investir de l'énergie sur des formes classiques de manifestations.

Propos recueillis par Jean Dubé


Olivier Judil, JA Côtes d'Armor
Olivier Judil, JA Côtes d'Armor - © Terra

"Il faut cibler des actions pertinenetes et innovantes"

Olivier Judil est producteur de porcs dans les Côtes d'Armor. Très investi dans
les structures JA départementale et régionale, il postule à un poste d'administrateur au conseil national.

Vous serez à Macon au congrès JA. Qu'en attendez-vous ?

Oivier Judil. J'en attends que nous fassions un bilan des différentes actions et des mobilisations syndicales qui se sont déroulées depuis un an, et que nous tracions les lignes directrices pour le syndicat pour l'année qui vient. Il s'agit de structurer et cibler les actions, le syndicat, les objectifs, de manière claire et cohérente sur un plan national.

JA s'est beaucoup investi sur les actions syndicales.

O. J. Oui, nous avons une capacité de mobilisation importante. Mais, de manière objective, le réseau a mobilisé beaucoup d'énergie pour assez peu de résultats. Il y en a eu bien sûr, mais on est assez déçus, parce que la situation des producteurs n'a quand même pas été révolutionnée. Il faut faire un travail de ciblage d'actions plus pertinentes, ne pas rester sur l'urgence, aller plus au fond des choses, innover sur les actions et les propositions dans les différentes filières.

Qu'attendez-vous d'un poste d'administrateur pour la région ?

O. J. Cela fait 8 ans que je suis engagé au département et à la région. Je veux continuer mais de façon différente. Je pense que la structure nationale peut apporter des leviers différents, je souhaite essayer de m'impliquer sur des dossiers de fond, notamment sur l'organisation économique. Je suis aussi membre d'un conseil d'administration de coopérative, je peux essayer de faire passerelle, un lien entre syndicalisme et coopération. Lors du mandat précédent, JA national a travaillé sur "Agri-distrib", une action qui a pour objet que les agriculteurs se réapproprient la distribution de leurs produits. Des travaux ont été conduits, sous forme d'opération pilote en Rhone Alpes, l'idée est d'essayer de poursuivre pour apporter de la valeur aux paysans.

 

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