Terra 07 février 2019 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Préserver l'eau, l'urgence du défi face au changement climatique

Ideal Connaissances, en partenariat avec l'agence de l'eau Loire-Bretagne et la région Bretagne, a organisé les 30 et 31 janvier le Carrefour des gestions locales de l'eau, à Rennes. Une 20e édition placée sous le signe de la préservation de la ressource, et de l'urgence du défi collectif face au changement climatique. Des thématiques transversales, où l'agriculture est un allié de premier choix.

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À l'échelle mondiale, augmenter la productivité de chaque goutte d'eau est un enjeu majeur.
À l'échelle mondiale, augmenter la productivité de chaque goutte d'eau est un enjeu majeur. - © Terra

"Il n'y aura pas de croissance sans prise en compte de l'humain et de l'environnement. Il nous faut préserver l'accès à l'eau et protéger la ressource, c'est un enjeu écologique mais aussi économique, car le droit à l'eau, c'est aussi le droit au développement", déclarait le président du conseil régional, Loïg Chesnais Girard, en ouvrant la séance plénière du Carrefour des gestions locales de l'eau. La 20e édition de ce rendez vous donc avait une dimension internationale avec la présence d'Abdoulaye Sene, président du comité d'organisation du prochain Forum mondial de l'eau, à Dakar, en 2021. "Ce forum sera placé sous le thème de la sécurité de l'eau, pour la paix et le développement car si l'eau peut être une source de conflit, elle est essentiellement une source de solidarité", témoigne l'élu et ingénieur sénégalais.

 

Économie de la ressource

À l'échelle mondiale, augmenter la productivité de chaque goutte d'eau est un enjeu majeur. D'après une étude prospective de l'OCDE, en 2050, 40 % de la population vivra dans une situation de stress hydrique. "Nous devons aller vers une économie de la ressource, mais qui soit porteuse de progrès. C'est indispensable de parler d'adaptation car le changement climatique est déjà là", estime Marie Hélène Aubert, présidente de l'agence de l'eau Loire-Bretagne. Mais l'ancienne conseillère climat de la COP 21 prévient aussi : "Attention, car parfois le changement climatique a bon dos et il ne faudrait pas que cela nous empêche de nous interroger sur nos pratiques". Parler gestion de l'eau, c'est aussi parler gouvernance. Et à ce sujet, le constat dressé par Oriana Romano, de l'OCDE est sans équivoque : "La crise de l'eau est avant tout une crise de gouvernance ! Qui fait quoi ? Quand ? Avec quels objectifs ?".


La Bretagne, territoire pionnier

La Bretagne est, à cet égard, un territoire pionnier puisque la prise de conscience de la fragilité de la ressource -essentiellement superficielle- y est intervenue très tôt. État, Région, Agence de l’eau, départements, collectivités locales, associations, industriels, agriculteurs se mobilisent depuis maintenant 30 ans pour la restaurer et la préserver. "Il faut arrêter de dire à nos enfants que l'eau vient du robinet !", s'exclame Thierry Burlot, vice-président du conseil régional. Et d'ajouter : "Ici, on a appris très vite que la qualité de l'eau était le fruit de notre développement économique et de l'aménagement du territoire". Aujourd’hui, 39 % des masses d’eau bretonnes sont de bonne qualité au regard des exigences de l’Union Européenne, contre 25 % en 2006, faisant de la Bretagne l’une des rares régions où la qualité des eaux progresse, notamment sur le paramètre des nitrates. Des résultats positifs qui ne cachent pas la différence entre l’est et l’ouest de la Bretagne. Si 70 % des masses d’eau sont en bon état dans le Finistère, ce ratio n’est que de 7 % en Ille-et-Vilaine. Animatrice et coordinatrice en matière de politique de l’eau, la Région entend "maintenir son engagement, dans ce domaine comme dans celui des transitions écologiques, à travers le déploiement de la Breizh Cop projet global d’avenir pour une Bretagne plus sobre et durable, au cœur des discussions de ce carrefour de l’eau".

Et c'est là que l'agriculture peut être un levier de premier plan. "L'agriculture peut nous aider car elle peut stocker du carbone, mais il faudra que tous ces leviers soient rémunérés à leur juste valeur", estime Thierry Burlot, qui va même plus loin. Il évoque la nécessité de "renverser la table en matière de fiscalité environnementale, en changeant le calcul de la dotation globale de fonctionnement, en aidant ceux qui protègent, plutôt que les projets commerciaux". L'organisation du grand débat national offre sans doute l'opportunité rêvée de faire des propositions dans ce sens.

 

 

Une agence bretonne de la biodiversité

Au côté de Patrick Séach, directeur adjoint de la Direction régionale de l'environnement, et du logement (Dreal), Thierry Burlot, vice président du conseil régional et Sylvie Detoc, directrice interrégionale de l'Agence française pour la biodiversité Bretagne - Pays de la Loire ont présenté officiellement l'agence bretonne d e la biodiversité. Elle verra le jour fin 2019, annonce en a été faite dans le cadre du Carrefour des gestions locales de l'eau, les questions de l'eau et de la biodiversité étant des sujets qui se croisent.

Selon l'observatoire régional de l'environnement, la Bretagne n'échappe pas au phénomène généralisé d'érosion de la biodiversité. "19 % des espèces de vertébrés sont menacés en Bretagne, notamment 43 % des oiseaux nicheurs, quand 30 % des espèces de papillons de jour sont désormais en péril". Des chiffres inquiétants alors que, dans le même temps, la prolifération de gros gibiers et d'oiseaux de proies suscitent d'autres problématiques.

L'agence bretonne de la biodiversité se veut un outil opérationnel dont les services s'articuleront autour de thématiques telles que la coordination et l'animation de réseaux, le soutien à la mise en oeuvre de démarches stratégiques, l'appui technique et l'accompagnement de projets... Un des axes forts concernera le travail d'éducation à l'environnement et le renforcement du rôle de l'observatoire régional, en s'appuyant en partie sur l'expertise des associations et l'engagement citoyen.


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Zéro phyto

Avec le prix Zéro phyto, la Région Bretagne a mis à l'honneur 55 nouvelles collectivités (51 communes, 4 EPCI et 8 lycées) qui n’utilisent plus de produits phytosanitaires pour entretenir leurs espaces verts.

À ce jour, plus de 75 % des communes bretonnes sont engagées dans cette démarche plus exigeante et ambitieuse que le seuil fixé par la réglementation, notamment la loi Labbé, sur un territoire particulièrement riche en eaux superficielles. En 2019, plus d’1 million de Bretonnes et de Bretons (1 081 000) vivent dans une commune labellisée.

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