Terra 12 avril 2018 à 14h00 | Par Emmanuelle Le Corre

Producteurs LNA : deux propositions mais pas de solution

Apporteurs de lait à Laïta, mais non coopérateurs, les producteurs de lait LNA demandent depuis sept ans la régularisation de leur situation. Aujourd'hui, Even d'un côté, et Triskalia de l'autre, proposent chacun sa solution.

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En Côtes d'Armor, la situation des 475 élevages de la LNA (laiterie nouvelle de l'Arguenon) n'a toujours pas trouvé d'issue alors que les éleveurs, via leur association, portent la même demande depuis des années auprès de Laïta (1). "Les éleveurs LNA s'essoufflent, nous n'avançons pas", répète Etienne Jouffe, président de l'association, lassé par des années d'actions infructueuses. Apporteurs de lait exclusifs (20 % du volume du groupe), les producteurs de lait LNA ne sont ni coopérateurs, ni organisation professionnelle (OP), ne peuvent rien négocier. Un statut "bancal" en quelque sorte. Leur souhait est d'être reconnu au même titre que leurs collègues avec un statut de coopérateurs. "Nos trois revendications de base sont l'équité entre producteurs de Laïta, une représentation au sein de la structure et la transparence sur les volumes. Pour nous, il serait plus logique d'être intégrés soit à Even, soit à Triskalia, c'est déjà une OP en soi", indiquent les représentants de l'association, Étienne Jouffe et sa vice-présidente Nathalie Carmès. L'inéquité de traitement entre apporteurs, parfois voisins d'une même commune, est difficilement acceptée et mine non seulement les résultats économiques des élevages affecté par un prix du lait inférieur mais aussi le moral des éleveurs. Ils décrivent des écarts avec des retours de résultats de "18 €/1 000 litres pour les coopérateurs d'Even, alors que nous nous ne recevons rien quand le prix du lait est déjà bas" (2).


Divergence entre Even et Triskalia

Or, pour la première fois, Even vient de proposer aux producteurs LNA d'accèder au capital de l'entreprise lors des réunions de producteurs en février dernier. Malgré cette proposition, l'association décrit une situation toujours floue. "Nous n'avons pas les modalités. Mais comme chez Laïta (3), toute décision se prend à l'unanimité, il faut l'accord de Terrena d'une part et de Triskalia d'autre part".

La balle serait a priori dans le camp de Triskalia. Interrogé, son président Georges Galardon, explique que le conseil d'administration de Triskalia a acté en septembre dernier l'évolution de Laïta en coopérative. "Le projet que nous portons est que la SAS Laïta devienne une coopérative avec un capital qui soit en lien avec la livraison de lait, ce qui veut dire un même retour à chaque producteur. Il faut que les trois actionnaires de Laïta se mettent d'accord sur le principe, après ce sera aux producteurs LNA de choisir", annonce Georges Galardon, qui souhaite une décision rapide à l'issue des assemblées territoriales, ce qui reporterait sinon le dossier d'une année. "Plus on avance vite, plus les producteurs seront rassurés".

Entre Even et Triskalia, un accord n'a pas été trouvé pour le moment. La situation restera-t-elle figée ? "Il n'en reste pas moins que les relations commerciales entre les producteurs LNA et Laïta sont hors cadre règlementaire du fait d'une absence de contrat, chose tout à fait contraire au code rural et aux recommandations gouvernementales", remarquent les porte-paroles de l'association. En dernier recours, elle pourrait se constituer en OP et mener une action en justice. "Pour cela, il faut des finances que l'on n'a pas et être soutenus", conclut Etienne Jouffe.

 

(1) Laïta est une SAS issue du partenariat, en 2009, des coopératives Even, Terrena et Triskalia. Elle collecte 1,5 milliards de litres.
(2) L'observatoire du prix du lait de la FRSEAO (Terra 628) publiait (de février 2017 à janvier 2018), un prix de référence à 317 €/1 000 l de moyenne sur 12 mois.
(3) Le retour de résultats est reversé aux trois coopératives au prorata du capital dans la SAS et non du litrage. Even détient 51 % du capital et livre 28 % du litrage Laïta.

 

 

 

Fabrice Deshayes, producteur de lait en Mayenne, réélu à la présidence de l’association des producteurs de lit Pays de la Loire Bretagne Lactalis (APLBL).
Fabrice Deshayes, producteur de lait en Mayenne, réélu à la présidence de l’association des producteurs de lit Pays de la Loire Bretagne Lactalis (APLBL). - © Terra

"Faire valoir l'intérêt d'un travail collectif"

Depuis plus d’un an, vous discutez avec Lactalis sur la rédaction d’un futur accord-cadre. Où en êtes-vous concrètement à ce jour ?

Fabrice Deshayes. C’est au niveau de l’Unell (union nationale des éleveurs livreurs Lactalis), dont l’APLBL est un membre actif, que se tiennent les discussions. Les travaux sont bien avancés. Les points restant en débat tournent autour de la définition d’une nouvelle formule de détermination du prix, sur laquelle nous nous sommes cependant accordés sur les grands principes. Nous devrions pouvoir signer l’accord-cadre sur le second voire troisième trimestre. Cela se traduira par la signature d’un avenant au contrat actuel. Nous reviendrons vers les producteurs pour présenter les tenants et aboutissants de cet accord.

 

Lactalis souhaite réduire son volume contractuel global. Dans ce contexte, discutez-vous gestion des volumes ?

F. D. Les débats se font surtout en région. Seules les modalités d’attributions aux jeunes agriculteurs se discutent au national. Les discussions sur la gestion des volumes sont réouvertes depuis plusieurs semaines. Le sondage réalisé auprès de nos adhérents en fin d’année a permis de faire valoir, de façon concrète auprès de Lactalis, les projets de producteurs en termes de confortation et de développement de volumes. À ce jour, nous avons dessiné les contours de nos propositions portant sur de nouvelles modalités de gestion tenant compte des attentes côté éleveurs mais aussi côté entreprise. Dans l’intérêt des producteurs, elles visent à la mise en place de règles homogènes sur un territoire élargi Grand Ouest et au seul bénéfice des adhérents d’OP. Nous souhaitons pouvoir communiquer avant cet été sur ces nouvelles dispositions. Pour précision, la mesure tardive de fin de campagne faisait partie de nos échanges. Elle vise uniquement à éviter les pénalités pour les petits dépassements de fin de campagne.


La future loi EGAlim doit être vecteur du renforcement du poids des producteurs. En termes d’organisation, où en êtes-vous aujourd’hui ?

F. D. Par notre engagement aux deux AOP (association d’organisations de producteurs), Unell au national et Grand Ouest en région, nous avons répondu aux attentes des producteurs de travailler collectivement. Ces échanges renforcent la portée de nos actions. C’est dans cet esprit que nous poursuivons notre structuration. L’adhésion de nouveaux producteurs nous conforte pour continuer dans cette voie.

Propos reccueillis par Véronique Denieul


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