Terra 13 avril 2018 à 14h00 | Par Anne Audoin, chambres d'agriculture de Bretagne

Production porcine biologique : retour sur un parcours d’installation

Après plusieurs expériences dans le milieu agricole, Virgile Bleunven, s’est installé le 1er janvier 2018 sur l’exploitation porcine familiale à Plabennec (29). À 28 ans et à un an du départ à la retraite de son père, Virgile a débuté la conversion de l’exploitation à la production biologique. Retour sur son parcours d’installation et de conversion.

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Virgile Bleunven s’est installé le 1er janvier sur l’exploitation porcine familiale à Plabennec.
Virgile Bleunven s’est installé le 1er janvier sur l’exploitation porcine familiale à Plabennec. - © Terra

Un projet d’installation en bio conforté par des expériences diverses

"Après l’obtention de mon bac agricole en 2008, j’avais l’impression que l’agriculture conventionnelle n’était pas faite pour moi". Virgile s’est donc éloigné du milieu agricole pendant une année privilégiant le milieu associatif. Il reprend finalement des études en 2009 pour obtenir un BTS technico-commercial "jardins et végétaux d’ornement", puis les expériences s’enchaînent. En 2011, il réalise une mission en agro-écologie au Maroc avec l’association Terre et Humanisme. En 2012, il entame un tour de France des fermes en agriculture biologique. "En faisant mon tour de France des exploitations, j’ai vu qu’une autre agriculture était possible". En 2013, il termine une licence professionnelle en conseil et développement en AB. Entre 2014 et 2017, Virgile travaille comme salarié dans des exploitations laitières en Irlande et en Bretagne. "Toutes ces expériences ont permis de me former et ont conforté mon choix d’installation en agriculture biologique".

Le porc dans l’attente d’une diversification

"Au départ, je souhaitais créer une ferme avec plusieurs ateliers complémentaires mais selon moi, la réalité économique impose une certaine spécialisation. L’expérience de mon père en production porcine, la possibilité d’aménager les bâtiments de l’exploitation familiale pour loger les porcs biologiques tout en limitant les investissements m’ont orienté vers cette production. Dans un second temps j’espère développer un atelier bovin complémentaire à l’atelier porc tout particulièrement pour une meilleure gestion des rotations culturales. Toujours dans l’idée de la complémentarité des ateliers, j’ai proposé à un maraîcher en production bio de s’installer à proximité de mon exploitation. L’idée est de valoriser les déchets du maraîchage dans l’alimentation des porcs et d’utiliser le fumier de mes porcs pour les cultures".

La réflexion autour du dimensionnement de l’atelier porc

"Trois axes principaux ont orienté la taille de mon atelier. Je voulais un maximum d’autonomie alimentaire pour mes porcs tout en ayant une taille d’exploitation suffisante pour assurer du travail pour 1 UHT et en limitant les investissements bâtiments. Les 40 ha de SAU ont donc en partie déterminé le nombre de truies de l’atelier de naissage. Je trouvais risqué financièrement de construire un bâtiment neuf pour loger mes animaux. J’ai préféré privilégier le réaménagement des bâtiments existants". En plus du rachat des bâtiments (anciennes porcherie et hangar), Virgile a emprunté 100 000 € pour leur réaménagement. Les travaux sont réalisés en auto-construction et des équipements d’intérieur d’occasion sont privilégiés pour limiter les coûts. "Les visites d’exploitations porcines biologiques réalisées avec mon groupement m’ont aidé à murir mon projet. Aujourd’hui, je me donne un an pour terminer les travaux, bien me former… Et seulement quand je serai à l’aise avec mon élevage je pourrai envisager de le développer".

Premières mise bas en mai 2018

J’ai démarré le peuplement de l’élevage en début d’année avec achat de mes premières cochettes. Les terres étant déjà converties en bio, je peux nourrir mes animaux avec les céréales de l’exploitation. J’ai aussi acheté des porcelets bio pour valoriser le maïs produit en 2017. Les premières mises bas auront lieu fin mai 2018, ce qui me laisse un peu de temps pour finir l’aménagement des maternités. "L’année 2018 sera encore marquée par des travaux avec l’aménagement de la fabrication d'aliment à la ferme (FAF) et d’une deuxième maternité, mais j’aurai démarré la production. Mon objectif est de produire 600 porcs par an".

Les conseils aux futurs porteurs de projets

"Il y a beaucoup de tâches à mener de front : administratives, travaux, animaux… J’ai sous-estimé le temps nécessaire pour la réalisation des travaux en auto-construction. Heureusement, je ne suis pas seul, mon père, à la retraite dans un an, m’accompagne dans ce projet. Quand on s’installe hors production conventionnelle, tout est plus compliqué mais au moins on est libres de nos décisions. Il ne faut pas partir en bio seulement pour des raisons économiques. De manière plus générale, il est important de travailler en réseau, avec d’autres agriculteurs, le groupement de producteurs, les chambres et les GAB… Je souhaite être indépendant sur mon exploitation pour pouvoir décider, mais je ne veux pas travailler seul, j’ai besoin d’échanger pour avancer" conclut Virgile.

Propos recueillis par Catherine Calvar et Carole Bertin, équipe porcs,  accompagnement Porcs bio Anne Audoin, chambres d'agriculture de Bretagne.

Virgile Bleunven.
Virgile Bleunven. - © Terra

Le pôle conversion en Bretagne

Lancé dans le cadre du plan Ambition bio, les partenaires du pôle conversion ont trouvé leur vitesse de croisière, en se rencontrant deux fois par an. Nous co-pilotons depuis 2016 ce groupe de partenaires, avec l’objectif de construire une vision partagée du développement de l’agriculture biologique et d’appréhender ensemble ses spécificités et ses enjeux. Coop de France Ouest, Initiative bio Bretagne, établissements bancaires, organismes de service, groupements de producteurs, autorités régionales… Nous proposons tous les six mois un focus sur une filière ou un thème particulier. La bonne participation des partenaires signifie pour nous que cette instance répond aux besoins d’échanges entre acteurs de la bio… / Patrice le Penhuizic et Patrick Guillerme, co-présidents du pôle conversion Bretagne et respectivement président de la commission bio des chambres d’agriculture de Bretagne et président de la Frab.

- © Terra

Projet de conversion, d'installation en bio

Vous êtes agriculteur conventionnel, vous avez un projet d’installation, l’agriculture biologique vous intéresse. Un portail régional www.produirebioenbretagne.fr vous donne un premier niveau d’informations sur les dispositifs, les structures d’accompagnement et les contacts correspondants, les grandes étapes d’une conversion réussie. Vous y trouverez également des témoignages de producteurs, ayant fait le choix de produire en bio, les chiffres clés de l’agriculture biologique et les dates d’évènements pour vous former et échanger.

Transformation d'un hangar pour le logement des gestantes et des charcutiers.
Transformation d'un hangar pour le logement des gestantes et des charcutiers. - © Terra

Les chiffres clés de l'exploitation

Avant conversion (exploitation des parents)
- Naisseur-engraisseur : 160 truies jusqu’en 2008
- Post-sevreur/engraisseur avec porc sur paille jusqu’en 2017
- 40 ha SAU

Après conversion à la bio
- Naisseur-engraisseur
- 30 truies - 7 bandes sevrage 42 jours
- 40 ha SAU  /  1 UTH
- Groupement BVB
- Début travaux : février 2017
- Premières mise-bas : mai 2018

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