Terra 28 septembre 2018 à 08h00 | Par Richard Guillouët, Crodip

Pulvérisation et bonnes pratiques

Les bonnes pratiques de pulvérisation reposent principalement sur de bonnes conditions d’applications. Il faut s’assurer que la cible visée a bien été touchée, sans que la culture ni les zones adjacentes n’en soient affectées. Certaines règles doivent être respectées : des règles liées à l’observation, au mode de fonctionnement du produit et aux conditions climatiques avant, pendant et après le traitement.

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Le matin, le soir, la nuit ? Tout dépend du mode d’action du produit utilisé et de la saison.
Le matin, le soir, la nuit ? Tout dépend du mode d’action du produit utilisé et de la saison. - © Hardi-Evrard

Quelques généralités essentielles sont à respecter afin de bien positionner le produit là où on souhaite qu’il soit.

Vent inférieur à 19 km/heure

La prise en compte de la vitesse du vent n’est pas seulement réglementaire mais relève simplement du bon sens. Au-delà du fait que le produit n’est plus (en partie) sur la culture ciblée, ce sont aussi des risques encourus pour les cultures voisines et l’environnement.

 

Hygrométrie de plus de 60 %

L’hygrométrie (humidité de l’air) est le critère essentiel du bon fonctionnement des produits phytosanitaires. Il est souhaitable qu’elle soit supérieure à 60 % afin d’assurer une bonne pénétration du produit dans la feuille, que ce soit la feuille de mauvaise herbe pour une destruction, ou la feuille de la culture avec des fongicides qui assureront une bonne protection contre les maladies. De faibles hygrométries correspondent bien souvent également à des ensoleillements importants, périodes pendant lesquelles un risque de perte par évaporation est important.

Cas particulier des désherbants racinaires : le fonctionnement de ces produits n’est pas lié à l’humidité de l’air mais uniquement à celle du sol.

 

Température entre 10 et 20∞C

Cette gamme de température est la gamme moyenne passe partout, mais tout autant que la température, les variations de températures dans les jours qui suivent l’application peuvent être responsables de phytotoxicités avec certains désherbants.

Cas particulier des désherbants foliaires de contact : l’efficacité de ces produits est pratiquement indépendante des conditions de températures.

 

Pas de pluie pendant deux heures

Deux heures après un traitement, la plupart des produits sont à l’abri de la pluie. Quelques cas particuliers méritent une attention plus particulière.

- Les fongicides de contact : ils sont sensibles à toute pluie intervenant après un traitement : que ce soit une heure, deux heures ou huit jours après l’application.

- Les désherbants racinaires qui mériteraient d’être appliqués idéalement sous une petite pluie ou juste avant.

 

Des buses anti-dérive

La buse est un élément fondamental du pulvérisateur dont dépend une grande part de l’efficacité d’un traitement phytosanitaire. Le bon sens et la réglementation orientent vers une utilisation systématique de buses anti-dérive "homologuées". Ces systèmes ont bien évolué depuis quinze ans. On s’oriente depuis cinq ans vers des buses à aspiration d’air "basse pression". Ces dernières permettent de traiter à des fourchettes de pressions assez larges (1,5 bar à 4 bars) tout en provoquant beaucoup moins de dérives que des buses classiques.

Ces dispositifs sont inscrits dans une note de service de l’administration régulièrement mise à jour* et qui recense :

- les buses à aspiration d’air homologuées pour réduire la zone de non traitement (ZNT de 20 ou 50 m réduite à 5 m). Attention, dans ce cas, ces buses doivent être utilisées aux pressions indiquées dans le listing (colonne de droite).

- certains appareils à rampes équipées d’assistance d’air.

Fait nouveau depuis septembre 2017, certains produits doivent obligatoirement être traités avec des buses homologuées (voir cas du prosulfocarbe en encadré).


Le matin, le soir, la nuit ?

Ça dépend ! Pour prendre la bonne décision, il est primordial de recouper les deux critères principaux : le mode d’action du produit utilisé et la saison.

En ce qui concerne les produits systémiques, l’hygrométrie est le principal facteur d’efficacité. Pour les traitements de fin d’automne et d’hiver, le taux d’hygrométrie peut être optimal toute la journée. L’application peut donc être effectuée quasiment à n’importe quel moment, même en pleine journée. Le facteur décisionnel restera alors l’absence de vent.

Pour les pulvérisations de printemps et début d’été, on ciblera obligatoirement les meilleures conditions hygrométriques à savoir, le matin, le soir ou la nuit. Une préférence particulière tout de même pour la fin de nuit et le matin, la plante sera beaucoup plus réceptive qu’en fin de journée suite à un stress thermique.

Attention : pour un insecticide sur cultures en fleurs, il faut traiter uniquement tard le soir après le départ des abeilles. Le principe étant d’augmenter au maximum le temps entre l’application et l’arrivée des abeilles (et autres polinisateurs) sur la culture.

En ce qui concerne les produits de contact et les produits racinaires, le taux d’hygrométrie de l’air est beaucoup moins impactant. L’application sera à privilégier le matin, le soir ou la nuit et toujours en absence de vent.

Règles principales à retenir : application lorsqu’il n’y a pas ou peu de vent, pas d’application en journée au printemps et en été, traitements sur fleurs très tard en fin de journée.

 

Volume d'eau dans le pulvérisateur

On entend parfois des conseils proposant de mouiller plus avec certains produits ou quand il fait chaud et sec… Quand on sait qu’une rosée peut représenter jusqu’à l’équivalent de 0,5 mm d’eau, c’est à dire 0,5 litre d’eau par m², soit 5 000 litres d’eau par hectare on ne voit pas l’intérêt de passer de 120 litres de bouillie à 250 ou 300 litres. Dans tous les cas et pour des raisons techniques (formulation, type de maladies…), une augmentation conséquente du volume doit toujours passer par un changement du calibre de la buse et non pas par une augmentation inconsidérée de la pression.

 

Un contrôle pulvé à jour

Tout propriétaire d’un appareil d’application de produits phytosanitaires doit le faire contrôler pour deux bonnes raisons. La première est tout simplement parce que c’est obligatoire, il s’agit là d’une approche environnementale et d’une mise en application de la loi sur l’eau, qui est contrôlée et sanctionnable. La deuxième est une question de bon sens : un appareil défaillant, mal réglé est un surcoût pour l’entreprise. À ce jour, tout appareil en état de marche doit avoir été contrôlé il y a moins de cinq ans, le rapport de contrôle faisant foi. Crodip Indigo est un réseau d’organismes réalisant des contrôles obligatoires de pulvérisateurs sous démarche qualité accréditée (ISO/CEI 17020). Le réseau comporte à ce jour 36 organismes habilités dont 15 entreprises basées sur le territoire breton. Chaque contrôleur est certifié et suit annuellement une formation d’actualisation des connaissances. Pour contacter un organisme, prendre un rendez-vous, consulter le site www.crodip ou adresser un mail info@crodip.fr.

* le dernier listing des dispositifs "homologués"  est consultable sur le site www.crodip.fr (rubrique infos crodip).

 

 

 

Cas du prosulfocarbe : dispositif anti-dérive obligatoire

Depuis un an, l’application des désherbants à base de prosulfocarbe doit être réalisée uniquement avec un dispositif anti-dérive homologué. C’est le cas notamment de certains herbicides céréales comme : Auros, Daiko, Datamar, Défi, Fidox 800 EC, Minarix, Roxy 800 EC, Spow. Il faut préciser que ces dispositifs n’entraînent pas de baisse d’efficacité des traitements.

Par ailleurs il convient d’être très vigilant sur les autres leviers permettant de réduire la dérive et rappelés dans l’article (vent faible, hygrométrie adaptée, température optimale…). Respecter aussi la hauteur de pulvérisation de 50 cm au-dessus de la cible pour des buses à 110°. Attention à ne pas augmenter la pression lors du rinçage du pulvérisateur au champ.

Attention enfin aux cultures sensibles présentes dans les parcelles voisines, adjacentes à celle devant être traitée. Par cultures sensibles on entend : cultures maraîchères, légumes industrie, pommes, poires, cresson, plantes à parfum, aromatiques, médicinales et condimentaires. Pour éviter toute contamination, il est recommandé de n’appliquer le prosulfocarbe qu’après la récolte complète de ces cultures. Dans ce cas, il faut évaluer la possibilité de retarder l’application jusqu’à la fin des récoltes. Il faut aussi toujours veiller à se situer dans la plage d’application réglementaire de chaque spécialité (ex pour Défi : de prélevée à mi-tallage). Dans ce cas on vérifiera que le stade des adventices est toujours adapté au traitement envisagé. Si ce n’est pas possible il faut éviter d’utiliser le prosulfocarbe et s’orienter vers d’autres méthodes : désherbage mécanique ou autres matières actives pour ces parcelles. / Louis Le Roux, chambre d’agriculture de Bretagne


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