Terra 02 février 2017 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

Qualité des eaux : la Bretagne parmi les bons élèves !

L'Agence de l'eau Loire-Bretagne a publié à l'occasion du Carrefour des gestions locales de l'eau (les 25 et 26 janvier à Rennes) une synthèse sur la qualité des eaux. Longtemps décriée, la Bretagne fait aujourd'hui figure de bonne élève avec 37 % des eaux de surface (cours d'eau, plans d'eau et eaux littorales) en bon état écologique.

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35% des cours d’eau sont en bon état écologique en Bretagne. L’ambition est d’atteindre 69% d’ici à 2021, c’est-à-dire au delà de l'objectif de la directive européenne sur l’eau. Les actions à engager sont estimées à 753 millions d’euros.
35% des cours d’eau sont en bon état écologique en Bretagne. L’ambition est d’atteindre 69% d’ici à 2021, c’est-à-dire au delà de l'objectif de la directive européenne sur l’eau. Les actions à engager sont estimées à 753 millions d’euros. - © Fédération de pêche du Morbihan

"Aujourd'hui la Bretagne est exemplaire à la fois dans la méthode et dans les résultats, grâce à la mobilisation des agriculteurs et de tous les acteurs", se félicite Thierry Burlot, vice-président du conseil régional. Le sous bassin Vilaine et côtiers bretons couvre l'ensemble des petits fleuves côtiers de Bretagne ainsi que le bassin de la Vilaine, soit 30 000 km². Avec ses 3,5 millions d'habitants, il est le plus peuplé de Loire-Bretagne. En Bretagne, la prise de conscience sur la qualité des eaux s'est opérée il y a plus de vingt ans. C'est sans doute ce qui explique qu'aujourd'hui, avec ses 35 % de cours d'eaux en bon état et 41 % en état moyen, c'est l'un des moins dégradés... même si, comme le rappelle Sylvie Detoc, directrice de la délégation Armorique de l'Agence de l'eau Loire-Bretagne, "la situation varie très fortement d'ouest en est". En effet, si les cours d'eau sont plutôt en bon état à l'ouest d'un axe reliant Saint-Brieuc à Lorient, ils sont plus dégradés à l'est de ce même axe, notamment à cause d'une artificialisation plus importante. Pour Sylvie Detoc, si la bataille des nitrates est en partie gagnée, celle des phosphores est encore à mener.

Avec les cours d'eau (35 % en bon état), l'autre point positif concerne les eaux littorales, dont 65 % sont en bon état. Les algues vertes sont la cause première de déclassement, "mais les suivis mis en place dans le cadre du plan national de lutte contre les marées vertes montrent que, par rapport au début des années 2000, tous les flux d'azote des bassins contributeurs sont à la baisse", ajoute Sylvie Detoc. Les points plus négatifs se rapportent aux masses d'eau souterraines, pour lesquelles 10 des 25 sont déclassées, 9 pour des problèmes de nitrates, une par les pesticides seuls, et une pour les deux causes. De même pour les plans d'eau, sur les 37 suivis, seuls deux sont en bon état, la faute à une accumulation de phosphore.

Quelles priorités ?

Sur l'ensemble du bassin Loire Bretagne, 30 % des cours d'eau sont en bon ou très bon état. À l'échéance 2021, l'ambition est d'atteindre 61 %. "Cela pourrait être décourageant si le suivi de la qualité de l'eau ne montrait pas que là où on agit de façon éclairée et concertée, la mobilisation est payante et les résultats sont là", témoigne Martin Gutton, directeur général de l'Agence de l'eau. En Bretagne, on s'est même fixé l'objectif d'atteindre 69 %, c'est à dire au delà de l'objectif de la directive européenne sur l'eau. Mission impossible ? "Les 710 millions d'euros engagés depuis une dizaine d'années continuent de porter leurs fruits", estime Sylvie Detoc qui se veut optimiste. Et d'ajouter : "Les actions à engager pour les années 2016 à 2020 sont évaluées à 753 millions d'euros, soit 27 % du coût total du programme de mesures pour l'ensemble du bassin Loire Bretagne". Sur ce programme 280 millions concernent l'assainissement, 250 millions l'agriculture et 200 milions les milieux aquatiques. Avec quelles priorités ? En regardant quels sont les cours d'eau proches du bon état écologique, et en analysant les pressions qui sont à l'origine de leur déclassement, 47 masses d'eau "prioritaires" ont été identifiées. "Cette analyse permet de décliner de façon opérationnelle les actions du programme de mesures associé au Sdage dans les domaines de l'assainissment, de la restauration des milieux aquatiques et de la réduction des pollutions d'origine agricole", conclut Sylvie Detoc.

Réchauffement climatique et or bleu

La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? C'est avec ce sujet qu'a été lancé le 18e Carrefour des gestions locales de l'eau. 
Depuis les années 80, le discours sur la rareté de l'eau a émergé, jusqu'à ce qu'on entende parler de l'or bleu. Dans le monde, nombreux sont les conflits autour de l'eau, notamment car les fleuves, eux, n'ont pas de frontières et se partagent. Avec le réchauffement climatique et l'urbanisation, les tensions sur l'eau sont exarcébées. Pour preuve, pour la première fois, lors de la COP22 à Marrakech, une journée entière a été consacrée à l'eau et au changement climatique. "La gestion de l'eau s'inscrit dans les territoires et la question de l'eau est devenue un des thèmes prioritaires avec les questions de santé et de migration", souligne Aziza Akhmouch, directrice du programme de gouvernance de l'eau de l'OCDE (organisation pour la coopération et le développement économiques). L'OCDE qui d'ailleurs invite les gouvernements à repenser leur politique publique en fonction des enjeux actuels. À l'image des trois quarts des pays membres de l'OCDE, la France a intégré la politique de l'eau au cœur des enjeux majeurs et transversaux. Les récentes lois territoriales modifient la répartition des compétences en matière de gestion de l'eau à partir de 2018. Ce qui pousse les acteurs à réflechir à qui fait quoi et à quelle échelle ? Pour Thierry Burlot, vice-président du conseil régional, "la gestion de l'eau ne doit pas devenir une affaire de spécialiste, sinon ça devient tellement complexe que l'on considère que c'est une affaire de techniciens". Comme l'environnement, l'eau peut devenir un moteur du développement local. Et à l'échelle de la planète, Eric Tardieu, de l'Office international de l'eau se veut optimiste : "Il y a des outils de gouvernance qui fonctionnent en associant les citoyens. Alors l'eau peut être un moyen collectif d'avoir de la paix".


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