Terra 16 mars 2018 à 12h00 | Par Chantal Pape

Quand agricultrices et artisanes prennent le temps de l'échange

Souhaitant s'ouvrir à d'autres réalités, les agricultrices du pays de Brest ont invité leurs voisines artisanes à découvrir leurs métiers respectifs. Des "regards croisés" qui devraient se poursuivre dans le temps, tant les unes et les autres ont apprécié les échanges nés de ces rencontres.

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Pour clôturer 18 mois d'échanges et de rencontres, agricultrices et artisanes se sont retrouvées le 9 mars dernier à Milizac (29).
Pour clôturer 18 mois d'échanges et de rencontres, agricultrices et artisanes se sont retrouvées le 9 mars dernier à Milizac (29). - © Terra

"Nous vivons sur le même territoire, nous voulions mieux nous connaître". Voilà 18 mois que les agricultrices du comité de développement de Brest ont décidé d'aller à la rencontre des artisanes. "Nous voulions échanger avec un groupe constitué, un peu comme le nôtre", détaille Marie-France Le Bloas, référente du groupe Agriculture au féminin. Et c'est finalement Sylviane, sa voisine, salariée à la chambre des métiers et de l'artisanat, qui la met en relation avec le groupe Adea, assistant de dirigeant d'entreprise artisanale. "C'est une formation diplômante de niveau IV qui s'étale sur deux ans et demi, à raison d'une journée par semaine".

Quatre visites

Boulangère, peintre, carreleur, entreprises de plomberie-chauffage, menuiserie, isolation, placo ou agencement... les profils sont divers et les rencontres enrichissantes. "Nous avons programmé quatre visites, deux en agriculture, et deux chez les artisanes", explique Marie-Françoise Le Bloas. Et l'étonnement a été réciproque !

"Ce que je retiens ? Son sourire, lance Agnès, productrice de légumes à la Pointe Saint-Matthieu, après la découverte de la boulangerie d'Évelyne. Et elle est toujours en mouvement ! On a eu un mal fou à faire nos photos". Chez Agnès, Sophie, gérante d'une entreprise de chauffage-plomberie, a été choquée par le niveau d'exigence lors du conditionnement du chou-fleur et les quantités mises au rebut à chaque récolte. "Pour un oui ou un non, un coup de couteau ou un pique, ils ne sont plus vendables alors qu'ils ont le même goût...".

Un métier physique

Chez Florence, productrice de porcs, les artisanes sont aussi allées de surprise en surprise. "C'est un métier physique", ont-elles retenu, en voyant l'agricultrice enjamber les cases pour soigner truies et porcelets. "C'est sûr qu'en semaine de mise-bas, je n'ai pas besoin d'aller au club de gym, le soir", acquiesce cette dernière. "Et jamais nous n'aurions imaginé les relations qui se tissent au fil du temps entre l'animal et l'éleveur", rajoutent les artisanes.

Chez Gwénaëlle, les unes et les autres ont pu se rendre compte que c'est à elles qu'il revient d'aller chercher, toutes affaires cessantes, le produit véto ou l'outil qui manque. "Comme si notre temps avait moins de valeur", s'interroge une agricultrice, un sourire au coin des lèvres. Compliqué de faire reconnaître ce travail "invisible"...

Fidéliser les salariés

Peinant l'un comme l'autre à recruter, les deux secteurs d'activité ont mis en place des structures s'apparentant à un comité d'entreprise. "Il aide les petites structures à fidéliser leurs salariés", détaille Sylviane pour les artisanes. Mais, contrairement au comité d'entreprise des salariés agricoles (Cesa), réservé aux seuls salariés de l'agriculture, il est également ouvert aux artisans, commerçants... "pour des activités sociales et culturelles".

De leur côté, les agricultrices de Brest ont axé leur programme d'année sur le bien-être au travail, en faisant intervenir un kiné en septembre pour travailler gestes et postures. "Et pour nous détendre, nous avons fait appel à un prof de yoga". Une organisation qui fait des envieuses du côté des artisanes. "À la chambre des métiers, il n'y a pas de tels groupes, spécifiquement féminins", explique Fabienne Lepoittevin, élue consulaire.

"Ces regards croisés, comme nous avons baptisé cette action, nous ont beaucoup apporté, résume Marie-Françoise Le Bloas. En se connaissant mieux, on se respecte mieux". Et d'évoquer les tracteurs ou la boue sur la route au moment des travaux des champs...

Cette action devrait se poursuivre dans le temps. "Nous arrivons au bout de notre formation, indiquent les artisans. Nous aurons plus de temps pour poursuivre les échanges".

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