Terra 27 février 2019 à 15h00 | Par Chantal Pape

Quand les recours des voisins bloquent l'installation des jeunes

Toutes les autorisations administratives avaient pourtant été obtenues. Mais à Plobannalec et Roscanvel, des recours déposés par des voisins empêchent deux jeunes agriculteurs de construire le bâtiment dont ils ont besoin. A Carantec, c'est l'installation d'un jeune qui est remise en cause. Des situations que dénoncent les JA et la chambre d'agriculture, qui ont alerté députés et conseil régional.

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Le 22 février dernier, Didier Le Gac et Graziella Melchior, députés du Finistère, l'attachée parlementaire de Sandrine Le Feur, député, et Olivier Allain, vice-président du Conseil régional, ont échangé avec des jeunes aux projets bloqués par des recours de riverains pour tenter de trouver des solutions.
Le 22 février dernier, Didier Le Gac et Graziella Melchior, députés du Finistère, l'attachée parlementaire de Sandrine Le Feur, député, et Olivier Allain, vice-président du Conseil régional, ont échangé avec des jeunes aux projets bloqués par des recours de riverains pour tenter de trouver des solutions. - © Chantal Pape

Boîte aux lettres dégradée, courrier volé, tessons de verre dans la parcelle, pommiers arrachés, menaces... : installé à Plobannalec, Yohan n'en peut plus de la violence qui se déchaîne à son encontre. Pourtant, installé au 1e septembre 2017 avec 120 brebis et 16 bovins en bio, son exploitation n'a rien de démesuré. "J'ai trouvé une cinquantaine d'hectares, auxquels se rajoutent une vingtaine mis à disposition par le conservatoire du littoral".

Mais c'est son projet de bâtiment qui a mis le feu aux poudres. "19 riverains ont déposé un recours". Toutes les autorisations avaient pourtant été obtenues, le permis accordé... "Je ne peux plus vivre dans un tel climat. J'ai décidé de vendre le terrain et de tenter de construire un bâtiment ailleurs". En attendant, les brebis mettent bas dehors, la mortalité flambe... Et le jeune éleveur ne respecte aucun des points de son projet d'installation, se demandant même s'il lui faudra rembourser sa DJA.

Sans revenus

Une crainte que partage Elodie. Installée début 2017 à Roscanvel en maraîchage bio, elle a, elle aussi, vu un riverain engager un recours contre la clôture d'une parcelle, "ce qui ampute mon projet de 6 000 m²", et le permis de construire de son bâtiment. "Un peu plus de 400 m², détaille la jeune femme. De quoi stocker du matériel, recevoir des stagiaires dans de bonnes conditions et envisager de la transformation".

Souhaitant aller de l'avant, elle dépose un second permis dans la foulée pour un bâtiment plus petit, situé à l'autre bout de sa parcelle. "Le permis a été accordé. Le panneau vient d'être apposé dans la parcelle, j'attends". Face à tous ces frais imprévus, la jeune femme ne dégage plus de revenu. Elle ne peut donc bénéficier de la prime à l'emploi. Le versement de la seconde partie de sa DJA, en fin d'année, devrait être bloqué. "Et peut-être devrais-je rembourser le premier versement".

Invivable

"C'est devenu invivable". A Carantec, Guillaume a fait le choix de différer son installation face à une association de 26 riverains, qui ne veulent pas le voir construire un poulailler pour 30 000 pondeuses plein air. Lettres et coups de fil anonymes, chiens empoisonnés... : lui aussi est victime d'un incroyable déchaînement de violences.

"Mais quel pays traite ainsi ses jeunes", s'interroge Gérard Yven. Elu à la chambre d'agriculture jusqu'à peu, il a pris l'initiative, avec les JA du canton de Taulé, d'inviter députés et Conseil régional à venir échanger pour tenter de trouver des solutions. "On bloque des projets de vie", s'insurge Thomas Guégan, président de JA Bretagne. "Dans ces trois cas, c'est la loi Littoral qui a été invoquée, rajoute Thierry Merret, le président de la FDSEA. Une commune finistérienne sur trois et 40% des agriculteurs sont concernés".

Le droit à l'expérimentation

"Je suis sidéré", s'exclame Olivier Allain, vice-président en charge de l'agriculture à la Région Bretagne, à l'issue de ces témoignages. "Il faudrait pouvoir sanctionner les recours abusifs", indique François Kerscaven, élu à la chambre d'agriculture. "En attendant, il faut qu'on obtienne un droit à l'expérimentation, plaide Gérard Yven. Qu'en cas de recours, un juge puisse se prononcer rapidement, ce qui éviterait de voir un dossier bloqué pour 2 ou 4 ans". Une proposition que reprennent au bond Didier Le Gac et Graziella Melchior, députés du Finistère. "Nous allons en parler à la Préfète de Région et interpeller la Garde des Sceaux". Rendez-vous est pris d'ici quelques semaines, pour voir comment le dossier avance.

 

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