Terra 30 mars 2018 à 08h00 | Par Chantal Pape

Quelle place pour les paysans au sein des coopératives ?

La 71ième assemblée générale de la FDSEA, le 22 mars dernier à Guipavas, interroge les agriculteurs sur le rôle des coopératives mais aussi sur leur place au sein de ces organisations.

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De G à D : France Cassignol, directrice de la FDSEA, Thierry Marchal, secrétaire général, Arnaud Rousseau, membre du Bureau de la FNSEA, président de la Fop et d'Avril, et Thierry Merret, président de la FDSE © Chantal Pape "La communication positive doit prendre de l'ampleur, affirme Thierry Merret, président de la FDSEA © Chantal Pape "Nous avons l'obligation d'être vigilants sur la place du paysan", affirme Thierry Marchal, secrétaire général de la FDSEA, en évoquant les évolutions récentes des organisations éc © Chantal Pape En fin d'AG, Thierry Merret a demandé à l'assistance de se lever. Et c'est d'une seule voix qu'ils ont scandés "nous sommes fiers d'exercer notre métier, fiers de bien nourrir nos concitoyens, © Chantal Pape

Année après année, la FDSEA profite de son assemblée générale pour clamer haut et fort ses idées, quitte à déranger. Et 2018 n'aura pas failli à la tradition, avec un rapport d'orientation intitulé "sous-traitants de nos coopératives ?". "Il est temps de savoir où nous voulons aller, affirme en préambule Thierry Marchal, secrétaire général. Et dans l'intérêt de qui". Et la FDSEA de s'interroger. "Nos coopératives sont-elles encore le prolongement de nos exploitations ? Ou sont-elles devenues des outils au service d'activités industrielles et commerciales, où l'agriculteur n'est plus qu'un sous-traitant ?"

Le rempart du collectif

Hors de question, cependant, de céder à l'individualisme. "Nous avons tous besoin du rempart du collectif, quel que soit notre système de production", affirme Thierry Marchal. Un collectif qui ne peut se concevoir sans règles de discipline partagées, comprises et acceptées de tous. "Sans ce collectif, il n'y aurait quasiment plus de producteurs de légumes ans le Finistère. Et la production porcine ne se serait pas tant développée". Une histoire qu'il est vital de partager avec les plus jeunes, "qui n'ont pas connu l'avant, les pratiques douteuses et les maquignons".

Une culture syndicale indispensable

Si l'éloignement de certains centres de décision interroge, la FDSEA dénonce aussi, pêle-mêle, la dérive de certains accords de collecte en lait ou des marges arrières en porc qui incitent les groupements à flécher leur production vers certains abattoirs, autant d'entraves à la liberté des coopérateurs.

"Il faut que les coopératives deviennent plus transparentes, plaide la FDSEA, qui les incite aussi à retrouver un ancrage au territoire et à se pencher sur leur gouvernance. Au conseil d'administration, les orientations stratégiques !". Un rôle loin d'être simple à remplir, tant les dossiers deviennent complexes. "Qu'elle soit technique, économique ou financière, la formation des administrateurs est indispensable. Mais la culture syndicale l'est tout autant, pour transmettre les valeurs du collectif". Et la FDSEA d'exhorter les coopérateurs à n'être plus de simples livreurs. "Trop souvent, nous nous désintéressons de la gestion de notre organisation collective".

Reconquérir le marché du frais

Mais l'assemblée générale de la FDSEA est aussi l'occasion de faire le point sur l'actualité. "Il y a une très grosse inquiétude dans le bassin de Châteaulin, relate Jacques Gouérou. Fleuron de l'économie finistérienne, Doux risque de disparaître, ce qui sera lourd de conséquences pour les salariés, les éleveurs, le port de Brest...". Et le conseiller départemental et maire de Cast de regretter que "si tout le monde s'est mobilisé en 2012, aucun ministre ne fait cette fois le déplacement". "Si les Ukrainiens ne sont intéressés que par la marque et laissent tomber la production bretonne, ce serait scandaleux", estime de son côté Thierry Merret, le président de la FDSEA. "Qui va être intéressé par le site de Châteaulin, s'interroge André Quénet, le président de la section volailles. Et comment reconquérir le marché français du frais ?"

 

Ils ont dit

 

Gaby Kerléo, Saint Thégonnec : Les stations de traitement du lisier sont un incroyable gaspillage : les éleveurs doivent payer pour détruire de l'azote organique, quand d'autres agriculteurs doivent acheter de l'azote minéral.

Jean Tromeur, président de la section des Anciens de la FDSEA : "Nous demandons plus d'équité entre les régimes ! La retraite agricole est à 800 € quand la moyenne française se situe à 1 300 €". Et la réforme annoncée par le président Macron n'est pas pour le rassurer ! "Pour un euro cotisé, les prestations seraient identiques... Mais il n'y a pas de revenu en agriculture, donc pas de retraite demain !"

Jean-François Hénaff, Rosnoën : Qu'on laisse travailler les agriculteurs ! Quand je vois tous ces permis de construire refusés au motif de la Loi Littoral...

Henri de Thoré, président de Breiz Europe : La Bretagne porcine a enfin obtenu de Bruxelles l'ouverture d'un contentieux contre l'Allemagne à propos du forfait TVA. Même si c'est pas gagné, c'est une première victoire ! Et le dossier des distorsions de concurrence sociales avance aussi".

Sandrine Le Feur, députée : Je l'ai constaté lors des auditions pour les EGA : les consommateurs sont prêts à payer un peu plus cher leur alimentation, à condition d'être sûrs que ça redescende aux producteurs, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Arnaud Rousseau, membre du Bureau de la FNSEA, président d'Avril et de la Fop, la fédération nationale des oléagineux et protéagineux : L'agriculture française a de nombreux atouts à faire valoir : des agriculteurs formés, un pays moderne, une administration qui fonctionne, une logistique efficiente, un bassin de consommation important... Mais elle a besoin de continuer à bénéficier d'un soutien. Et il n'y a pas de honte à avoir ! Tous les pays font de même !

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