Terra 19 avril 2018 à 09h00 | Par Chantal Pape

Réduire l'écart entre traites pour gagner en qualité de vie ou embaucher

En lait comme dans les autres productions agricoles, il devient difficile de trouver de la main-d'œuvre. Et si l'attractivité du métier, pour les salariés comme pour l'éleveur, passait aussi par un aménagement des horaires de travail ? Une piste qu'ont voulu creuser Finistère remplacement et Partag'emploi, eux aussi confrontés à des difficultés d'embauche.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Pour la journée régionale de l'emploi partagé, le 12 avril dernier, Finistère remplacement et Partag'emploi ont invité les éleveurs laitiers à s'informer sur les différentes pistes susceptibles d'améliorer leurs conditions de travail et faciliter l'accueil de salariés.
Pour la journée régionale de l'emploi partagé, le 12 avril dernier, Finistère remplacement et Partag'emploi ont invité les éleveurs laitiers à s'informer sur les différentes pistes susceptibles d'améliorer leurs conditions de travail et faciliter l'accueil de salariés. - © Marie-Christine Fertil, Finistère remplacement

"En production laitière, il est parfois compliqué pour les salariés de gérer la coupure de midi", analyse Marion Claquin. Et les chiffres lui donnent raison ! Une étude menée il y a cinq ans auprès de 6 000 élevages bretons par des étudiants d'Agrocampus Ouest a montré que plus de 88 % des éleveurs laissent un intervalle supérieur à 10 heures entre deux traites. Et ils ne sont que 0,5 % à le réduire à moins de 9 heures.

4 heures de pause à midi

Dans de telles conditions, respecter une journée de travail de 8 heures pour le salarié oblige l'employeur à lui imposer une pause de 4 heures au moment du déjeuner. "Un vrai frein à l'embauche, constate la chargée de développement à Finistère remplacement et Partag'emploi. Avec des traites à 7h et 17h, les salariés ne sont pas de retour chez eux avant 19h, ce qui peut en rebuter plus d'un". Mais ce qui est vrai pour les salariés l'est aussi pour les éleveurs : difficile de concilier vie de famille et vie professionnelle avec de tels horaires, plus encore avec des enfants en bas âge.

Pourtant, des solutions existent ! "Des essais menés par l'Inra il y a quelques années ont montré qu'un intervalle de 7 heures entre traite du matin et traite du soir n'a aucune incidence sur la production laitière", indique Valérie Brocard, de l'Idele, l'institut de l'élevage. La ferme de Trévarez (29) a voulu aller encore plus loin et pendant deux hivers, elle a comparé deux lots de vaches produisant 8 500-9 000 kg de lait, l'un trait "classiquement" à 7h et 17h, l'autre à 9h et 15h30. Et les résultats sont édifiants !

Traire à 9h et 15h30

"Les animaux mettent trois à quatre semaines à s'habituer", note Valérie Brocard. Une période pendant laquelle la production laitière chute de 1,3 kg/jour par rapport au lot témoin. "Ensuite, il n'y a plus de différence de production entre les deux lots". "Les vaches n'ont eu aucun mal à s'adapter, témoigne Guillaume Le Gall, salarié de l'élevage de Trévarez. Elles n'étaient pas plus agitées. On a juste noté des logettes un peu plus souillées le matin, avec un peu plus de pertes de lait, mais sans aucune influence sur les mammites ni sur l'état sanitaire du troupeau".

L'intervalle entre deux traites n'a pas non plus d'influence sur le taux butyreux, "même s'il y a une différence plus importante entre traite du matin et du soir dans le lot à 6 h30 d'écart". Par contre, le lot à faible intervalle entre traites affiche un taux protéique inférieur d'un gr/l, "ce qui, pour un élevage breton moyen va représenter une perte de 2 640 €/an", calcule Valérie Brocard. Le prix à payer pour avoir un peu plus de temps libre en famille ou pour des activités extra-professionnelles. "Et l'opération est blanche pour des employeurs de main-d'œuvre, qui n'auront plus à payer d'heures supplémentaires à leurs salariés".

Une traite par jour

Pour réduire l'astreinte, et profiter d'une vraie demi-journée de pause par semaine, l'éleveur peut aussi décider de ne plus traire le dimanche soir. "La production diminue d'environ 5 %", calcule Elodie Tranvoiz, ingénieur d'études à la chambre d'agriculture de Bretagne. L'effet sur les cellules se fait sentir le lundi et le mardi. "Et si possible, il faut limiter l'intervalle de traite à 21 heures, en trayant plus tard le dimanche matin et/ou plus tôt le lundi matin".

La monotraite peut aussi s'envisager tout au long de la semaine, tout ou partie de l'année. "Des essais réalisés dans les stations expérimentales de Blanche Maison, des Trinottières et de Trévarez ont évalué le gain de temps à 20 %". Si la production laitière chute de 25 %, les taux s'améliorent, tout comme l'état des animaux et la reproduction. "Mais cette conduite nécessite un troupeau sain en cellules et une ration économe", prévient Elodie Tranvoiz.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes