Terra 23 juin 2016 à 08h00 | Par Chantal Pape

Réduire les gaz à effet de serre... et améliorer ses résultats

Préparation de la Cop 21 oblige, l'élevage a été montré du doigt tout au long de l'année 2015, pour sa production de gaz à effet de serre. Mais l'agriculture est aussi porteuse de solutions, comme l'a montré BCEL Ouest lors de son assemblée générale, le 16 juin dernier à Carhaix (29).

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 (© Charly Triballeau - Commission europeenne) BCEL Ouest profite de son assemblée générale pour mettre en lumière l'un de ses secteurs. Cette année, les délégués d'Evel Blavet ont présenté leur territoire sous forme d © Terra Catherine Brocas, Institut de l'élevage. © Tera Jean-Hervé Caugant, vice-président de la chambre d'agriculture du Finistère et président du pôle herbivores des chambres d'agriculture de Bretagne © Terra

L'Europe s'est engagée à réduire ses émissions de GES de 40 % d'ici 2030, 50 % à l'horizon 2050". En 2015, année de la Cop 21 à Paris, il a beaucoup été question des gaz à effet de serre dans les médias français. Et l'agriculture a bien souvent été montrée du doigt. "Pourtant, en France, elle n'est responsable que de 20 % des GES, comme le transport ou le bâtiment", détaille Anne Prigent, spécialiste environnement à BCEL Ouest. Et à elle comme aux autres secteurs d'activité, la France va demander de faire des efforts, pour qu'elle puisse tenir ses engagements. "L'agriculture devra réduire ses GES de 12 %".

Un gain de 12 euros/1 000 l

"Il nous faut être force de proposition", estime Jean-Hervé Caugant, vice-président de la chambre d'agriculture du Finistère et président du pôle herbivores des chambres d'agriculture de Bretagne. Plutôt que de se laisser surprendre par une réglementation, "comme ça a été le cas pour la Directive nitrates", la profession agricole a, cette fois, décidé de prendre les devants. Et l'Institut de l'élevage, avec le soutien financier de l'Union européenne, a lancé une vaste étude sur le sujet en 2013. "Carbon dairy veut valoriser l'implication des éleveurs laitiers dans les solutions climat", explique Catherine Brocas, qui pilote ce dossier à l'Institut de l'élevage.

Premier enseignement : l'empreinte carbone de l'élevage laitier français s'est déjà fortement réduite ces 20 dernières années, passant de 1,3 kg de CO2/l de lait en 1990 à 0,94 kg en 2010. "Et on peut faire encore mieux". En effet, 10 % des 4 000 éleveurs qui se sont prêtés à l'enquête arrivent déjà à 0,8 kg, l'objectif que la profession se propose d'atteindre d'ici 2020. Et, cerise sur le gâteau, ces élevages "bas carbone" ont de meilleurs résultats économiques, avec un gain de 12 €/1 000 l sur les charges opérationnelles.

Une somme de petits détails

"Pas étonnant, détaille Catherine Brocas. Ces élevages détiennent moins d'animaux improductifs, en réduisant l'âge au premier vêlage et le nombre de génisses élevées. Les rations sont bien valorisées, les fourrages de qualité, la fertilisation optimisée, la puissance du tracteur adaptée au matériel...". Une somme de petits détails qui, au final, pèsent lourd dans la balance carbone.

Nicolas Gouérec, associé du Gaec de Kervagen, à Plounevez-Lochrist (29), s'est prêté à l'exercice. Et a eu la surprise de découvrir que son élevage, à 0,82 kg de CO2/l de lait, était "bas carbone". "Nous nous sommes fixé pour objectif des animaux en bonne santé, produisant un maximum de lait en dépensant le moins possible", relate l'éleveur. Ici, l'herbe est valorisée à son maximum, avec un rendement de l'ordre de 9 t/ha. De la luzerne a été implantée, afin de diversifier la ration et de limiter les achats de protéines à l'extérieur. Le coût de concentrés est faible, 133 g/l de lait. Et la moyenne d'étable se situe à 7 800 l/an, avec un troupeau constitué à 70 % de Normandes.

Communiquer

"Il nous faut maintenant communiquer sur nos changements de pratique", affirme Jean-Hervé Caugant. Car nombreuses sont les associations qui prônent l'arrêt ou la diminution drastique de l'élevage comme solution aux GES. "Il y a un risque de remise en cause de la consommation de viande et, plus largement, de produits issus des animaux", confirme Sophie Bertrand, responsable du service environnement du Cniel (Centre National Interprofessionnel de l'Economie Laitière).

"Certes, les ruminants sont émetteurs, reconnaît Anne Prigent. Mais ils ont aussi des atouts, en valorisant les prairies, qui stockent le carbone dans le sol, en entretenant les paysages et la biodiversité". Reste maintenant à le faire savoir... Les Hollandais ont ouvert la voie, en indiquant sur les emballages des produits laitiers que les vaches pâturent 120 jours par an, "quand ici, c'est au moins 175 jours". Le Cniel a, lui aussi, lancé une vaste campagne d'information, à l'attention des professionnels comme du grand public.

"Et l'objectif ultime sera de parvenir aux crédits carbone, indique Sophie Bertrand. Les agriculteurs pourraient ainsi valoriser les efforts qu'ils ont fait, en vendant ces crédits". "Il faudrait aussi parvenir à estampiller nos produits bas carbone, rajoute Jean-Hervé Caugant. Pour que le consommateur en ait une meilleure perception. Et, pourquoi pas, qu'il accepte de les payer un peu plus cher".

 

 

Chaque élevage nourrit près de 2 000 personnes

Le programme Carbon dairy a été mis en oeuvre en Bretagne, Pays de Loire, Normandie, Nord-Picardie, Lorraine et Rhône Alpes, afin de balayer la diversité de l'élevage laitier en France. Avec 2 000 exploitations enquêtées, BCEL Ouest, à lui seul, a fourni la moitié de l'échantillon. Et appris que l'élevage moyen nourrit en équivalent protéines, 1 815 personnes par an, stocke près de 14 t de carbone par an, ce qui permet de compenser les émissions de 400 000 km parcourus en voiture, et entretient 78 ha de biodiversité.

BCEL Ouest en quelques chiffres


5 700
adhérents, en Finistère, Côtes d'Armor et Ille-et-Vilaine, dont 4 550 avec appui conseil,

500 élevages en groupe Atout lait,

588 collaborateurs, dont 290 agents de pesée, soit 434 équivalents temps plein,

3,4 millions d'analyses par an,

26 000 vaches parées,

3 451 plans de fumure.

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