Terra 26 avril 2018 à 14h00 | Par Propos recueillis par Terra

Relation amont-aval : un atout pour l’avenir

L’heure est au bilan de santé économique et social pour le secteur agroalimentaire de Bretagne. Parmi leurs travaux, les chambres d’agriculture de Bretagne publient, cette année encore, un bilan des restructurations des industries agroalimentaires (IAA) du territoire régional, en supplément du numéro d’avril de la Revue de l’observatoire des IAA. Parmi les enjeux forts mis en lumière cette année pour les acteurs, celui de la relation avec le maillon de la production. Retour sur les événements agroalimentaires dans l'Ouest.

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Julie Rio, chargée de missions agroalimentaire du service économie-emploi des chambres d'agriculture de Bretagne.
Julie Rio, chargée de missions agroalimentaire du service économie-emploi des chambres d'agriculture de Bretagne. - © Terra

Quel bilan faites-vous du secteur agroalimentaire breton en 2017 ?

Julie Rio. Avec des chiffres d’affaires en hausse, des ventes record à l’export, un emploi dynamique, tous les signaux sont globalement au vert pour les industries agroalimentaires de la région. D’après une enquête régionale menée par la Banque de France, les industriels bretons tableraient globalement sur une hausse de leur chiffre d’affaires de 6 % en 2017. 44 % des dirigeants estiment que la rentabilité de leur entreprise s’est maintenue, une part croissante considère qu’elle s’est améliorée en 2017 et les perspectives pour 2018 seraient au renforcement de celle-ci.

Si la santé économique du secteur semble plutôt bonne, certaines activités sont toutefois en souffrance en 2017 à l’instar de la filière avicole. Les acteurs bretons du secteur agroalimentaire n’ont donc globalement pas manqué de vigueur en 2017, malgré un contexte relativement mouvementé sur fond de crises sanitaires d’origine industrielle ou agricole fortement impactantes. Je veux parler de la crise du fipronil et des poudres de laits infantiles ou encore de l’influenza aviaire.

Les nouvelles attentes exprimées par le consommateur vont dans le sens de produits d’une origine ou porteurs d’une ambition particulière. Or, les matières premières valorisées y participent complètement. Alors de nombreux acteurs s’activent de plus en plus sur le front de la sécurisation de leurs approvisionnements. Un enjeu fort en 2017 (œuf, beurre…) qui amène les industriels à se questionner d’une part sur les liens qu’ils entretiennent avec la production agricole ou avec les autres acteurs agroalimentaires et d’autre part sur la place qu’ils souhaitent occuper dans la chaîne alimentaire. Tout le challenge réside désormais dans la capacité à faire valoir tout au long de la chaîne alimentaire les efforts réalisés par ces deux secteurs, alors que des tensions avec le maillon de la distribution font toujours l’actualité.


Que retenir de cette année en termes de restructurations industrielles ?

J.R. Si 2017 ne constitue pas un millésime exceptionnel en termes d’investissements, des mouvements structurants ont toutefois eu lieu. Sur le front des fusions et des acquisitions, les entreprises se sont mobilisées, les coopératives en tête.

De nombreux secteurs entament leur mue, à l’image du secteur de la charcuterie, malmené cette année avec un marché en recul. Il a connu de nombreuses opérations de reprises d’entreprises bretonnes, notamment par le Groupe Agrial qui procède à son renforcement sur ce segment par la reprise des établissements Brient et de la société Tallec. Le principal évènement reste, dans ce secteur, la reprise, et pas des moindres, de neuf sites spécialisés en charcuterie du Groupe Financière Turenne Lafayette par le groupe Cooperl Arc Atlantique. La coopérative continue d’aller au-delà de son premier métier, la production et l’abattage-découpe de la viande de porcs, vers une maîtrise totale de la filière. Avec sa nouvelle branche DSA (distribution spécialisée alimentaire) elle organise dorénavant ses propres activités de distribution avec la création récente de magasins directement à la ferme "Coop chez nous".

Le secteur laitier concrétise de grands plans d’investissement à l’image de Laïta qui finalise la construction de sa huitième usine, à Créhen (22), assurant une montée en gamme de la production de poudre de lait pour le marché de la nutrition infantile, à la conquête de marchés à l’international (Asie et Afrique). Le Groupe Even, son actionnaire majoritaire (50,6 % des parts, contre 31 % pour Terrena et 18,4 % pour Triskalia), poursuit, quant à lui, le renforcement sur le territoire national de son activité distribution qui mobilise la moitié de ses effectifs salariés et assure 30 % de son chiffre d’affaires.

Autre fait marquant de l’année 2017, le rapprochement entre les Groupes d’aucy et Triskalia et leur nouveau projet agroalimentaire. Le Groupe d’aucy s’est d’ailleurs préparé à cette future alliance en finalisant son recentrage sur ses activités stratégiques avec la cession de sa filiale Cobral, dans le secteur des plats cuisinés. Annoncé en fin d’année, ce rapprochement est motivé par la complémentarité, voire à la convergence, des deux groupes dans les légumes, le secteur de l’alimentation animale et les productions animales, la volaille notamment, un secteur qui est particulièrement en souffrance cette année.


Et plus spécifiquement dans le secteur avicole ?

J.R. Le secteur de la volaille a donc poursuivi sa restructuration. Quel sera l’avenir de Tilly Sabco International, placé en redressement judiciaire début 2018 ? Pendant l’année 2017, les pertes financières se sont accumulées au sein du groupe Doux. L’industriel sarthois LDC est aujourd’hui en course pour reprendre le groupe finistérien dans le cadre d’un consortium avec le groupe Terrena, Al Munajem et Triskalia. LDC s’est également illustré par sa dynamique d’investissement dans le cadre des objectifs de reconquête du marché intérieur qu’il s’est fixé. Le groupe investit dans ses outils du pôle traiteur de sa filiale bretonne SBV.

L'accouvage n'est pas au mieux de sa forme en France compte tenu des difficultés dans la filière et notamment pour certains à cause de la fermeture des frontières de pays consommateurs dans un contexte de grippe aviaire. Une opportunité pour des acquisitions par des entreprises étrangères, la belge Belgabroed et la danoise DanHatch, reprennent la majorité du capital des Établissements Goasduff. La filiale Hubbard du groupe Grimaud est reprise par Aviagen, qui a repris le couvoir Le Sayec en 2015 spécialisé dans l’accouvage de dindonneaux.

 

 


- © Terra

Des projets pour l’observatoire économique et social des filières agricoles et agroalimentaires

Les chambres d’agriculture travaillent sur la thématique agroalimentaire depuis de nombreuses années, dans le cadre de l’Observatoire économique des IAA. Analyse de la conjoncture, suivi de l’actualité des entreprises, études prospectives… les expertises sont diffusées dans les quatre numéros trimestriels de la Revue de l’Observatoire des IAA et son supplément le bilan des restructurations. La connaissance et la compréhension du secteur de la transformation et de la commercialisation des produits sont primordiales pour le maillon agricole, afin de valoriser au mieux sa production. Les travaux sont pilotés par un comité multipartenaires, dont l’ABEA, les CCI de Bretagne, le conseil régional et la DRAAF, qui a décidé de mener une réflexion à l’amélioration des outils de diffusion, un groupe de travail est donc constitué sur ce sujet. En octobre, une journée est organisée par les chambres d’agriculture de Bretagne à destination des élus des instances représentatives du personnel des industries agroalimentaires en Bretagne. Cette année, nous débattrons de la question de la transition numérique au sein des entreprises et de leurs impacts sur les salariés.


INFO : Supplément bilan des restructurations–entreprises agroalimentaires 2017, document de 24 pages au prix de 25,32 € TTC, à commander par mail à : economie@bretagne.chambagri.fr

 

 

 

Les leaders bretons de l’agroalimentaire dont le centre de décision est en Bretagne.
Les leaders bretons de l’agroalimentaire dont le centre de décision est en Bretagne. - © Terra

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