Terra 12 avril 2018 à 15h00 | Par Julie Audren, chambres d'agriculture de Bretagne.

Rencontres entre éleveurs laitiers du pays de Pontivy et éleveurs irlandais

Début mars, 14 éleveurs laitiers du groupe lait de Nov’Agri ont visité des exploitations à dominante herbagère en Irlande. Comme les Irlandais, les Bretons recherchent la valorisation de l’herbe. Ce voyage d’étude a permis d'échanger sur leurs pratiques respectives.

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Le groupe en visite chez Owen O'Brien (au centre avec ses enfants).
Le groupe en visite chez Owen O'Brien (au centre avec ses enfants). - © Terra

Les visites de fermes se sont concentrées sur le comté de Cork où la réputation de la valorisation de l’herbe n’est plus à défendre. Des structures d’1 UTH sur peu de surface (35 à 37 hectares) qui produisent entre 300 et 500 000 litres, 55 à 70 vaches de race "Frisonne", des chargements élevés entre 2,5 et 3,7 UGB/ha.

Des prairies sans trèfle

Contre toute attente, le trèfle, haut symbole de l’identité nationale irlandaise, ne se trouve pas dans les prairies des vaches laitières ! Les éleveurs bretons ont souligné l’absence de mélange prairiaux. "En France, l’association du ray gras et du trèfle est un b.a.-ba que l’on apprend dès le début de nos cursus scolaire". Or en Irlande, le climat plus froid limite l’épanouissement de certaines variétés comme le trèfle. La fertilisation à 250 unités d’azote par hectare ne plaît pas au trèfle… et le trèfle ne plaît pas aux éleveurs irlandais. Selon eux, le trèfle aère trop les prairies et engendre un manque de résistance au piétinement, donc d’avantage de salissement. L’herbe est la seule culture des exploitations visitées. L’alimentation est basée essentiellement sur l’ensilage d’herbe et le pâturage (la pluviométrie ne permettant pas de faire du foin). Les rendements d’herbe ont de quoi faire envie aux Bretons, 13 t de matières sèches par hectare (7,5 t pour les laitiers en production biologique). Tous les systèmes de pâturage que nous avons pu voir sont tournants, en paddocks de un à deux jours. Le retournement des prairies se fait en moyenne tous les dix ans.

Un foncier immuable

"Un hectare de terre change de main en moyenne tous les 400 ans". Cette remarque d’un conseiller agricole irlandais a suscité l’attention du groupe. Deux raisons à cela : premièrement, les exploitations ne se vendent pas, elles reviennent au fils aîné de la famille. "Historiquement, les biens appartenaient aux Britanniques et on ne pouvait en obtenir la propriété", nous précise le conseiller. Le deuxième point essentiel, c’est que le foncier à une forte valeur (25 à 40 000 €/ha à l’achat, 600 €/ha en fermage) qui limite les transactions.

Une production saisonnière calée sur la pousse de l’herbe

Les vêlages sont groupés de février à mi-mars, et les animaux pâturent de février à novembre. Le taux de renouvellement est de 10 % donc le nombre de génisses élevées est très optimisé. Les vêlages se font à 24 mois et les petits gabarits de vache sont privilégiés pour qu’elles restent légères sur les prairies.

Le Brexit redouté

La plupart du lait produit en Irlande est à destination du Royaume-Uni : 90 % de la production, dont 40 % ne fait qu’y transiter. Les éleveurs accueillaient la fin des quotas avec joie mais le Brexit qui a suivi leur fait vivre un cauchemar en les privant soudainement des prévisions d’export de leur production. La filière laitière irlandaise se voit donc contrainte de remettre en question son mode de distribution, voire de production pour s’adapter aux nouvelles règles du marché internationnal.

Le lait biologique à la traîne

Les éleveurs bretons ont observés que les collectes sont organisées par plusieurs petites laiteries, avec des contrats annuels. D’une laiterie à l’autre, le prix d’achat varie plus qu’en France sur une même période (en conventionnel au mois de mars, de 310 à 360 €/1 000 litres). Nous avons également pu observer que le lait biologique ne profite pas du même engouement et du même soutien qu’en France. La filière biologique s’organise par les producteurs eux-mêmes qui ne sont que 25 sur l’ensemble du territoire irlandais ! Contrairement à ce que l’on connaît dans l’hexagone, le prix du lait biologique est par conséquent plus bas que celui du conventionnel (280 à 310 €/1 000 litres).

Les éleveurs de Nov’Agri retiennent que leurs confères irlandais ont une très bonne maîtrise des coûts de production. Ils ont depuis plusieurs années pris conscience que les marchés du lait allaient beaucoup fluctuer et se sont adaptés en conséquence. Ils ont donc travaillé sur la valorisation de l’herbe avec des vaches "économiques" qui produisent 5 000 à 7 000 litres avec de bons taux (MG et TP). Leurs bâtiments sont très simples et succints. Quant au matériel, ils sont très peu équipés en propre.

Tant sur le plan professionnel que culturel, ce voyage a encore été un succès pour le groupe lait de Nov’Agri. Nous sommes persuadés que c’est en apprenant à mieux nous connaître et en mutualisant les expériences de chacun que la filière trouvera ses marques pour faire face à la crise internationale qu’elle traverse. Le groupe réfléchit d’ores et déjà à la prochaine destination…

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