Terra 05 janvier 2017 à 08h00 | Par Catherine Perrot

Résistance aux antibiotiques : risque vital !

Le leader français de la nutrition animale Sanders organisait le 13 décembre dernier, à l’école vétérinaire de Nantes, une journée autour de la gestion sanitaire durable. Il y a été notamment question de la réduction de l’emploi des antibiotiques en élevage, une nécessité.

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Les antibiotiques ne sont donc plus utilisés qu’à titre thérapeutique en élevage, et le plan écoantibio 2012-2017 est bien suivi d’effets.
Les antibiotiques ne sont donc plus utilisés qu’à titre thérapeutique en élevage, et le plan écoantibio 2012-2017 est bien suivi d’effets. - © Guylaine Trou

Qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux, une bonne alimentation est la meilleure garantie d’une bonne santé. Leader français de l’alimentation animale, et dans le cadre d’une vision globale de l’élevage, la firme Sanders s’intéresse beaucoup aux aspects sanitaires de son domaine. Le 13 décembre dernier, elle a organisé, à l’école vétérinaire de Nantes, une journée consacrée à la gestion sanitaire durable et aux solutions qu’elle met en oeuvre.

La conférence d’introduction de cette journée a été donnée par le Dr Martine Aupée, directrice du centre de lutte contre les infections nosocomiales pour l’ouest de la France. Elle a donné à voir aux participants toute l’ampleur du problème de l’antibiorésistance en santé humaine.

Des milliers de morts en France

Trop utilisés, mal utilisés, les antibiotiques deviennent inefficaces : même Alexandre Fleming, le découvreur de la pénicilline en 1928, avait prévenu ses pairs. Mais il n’a pas été entendu. Les premières épidémies de bactéries résistantes dans les hôpitaux et les structures de soins comme les maisons de retraites sont apparues à partir de 1990, en même temps que se développaient les génériques (et les contrefaçons). Les Français sont particulièrement consommateurs d’antibiotiques (30 % de plus que les autres européens en moyenne), mais il existe des pays dans le monde où les antibiotiques sont en vente libre…

Selon le docteur Aupée, depuis 2010, nous assistons à une véritable escalade : après les staphylocoques dorés résistants à la méticilline, surviennent maintenant des épidémies à entérobactéries, entérocoques, Klebsiellas, Pseudomonas… résistantes non pas à un, mais à plusieurs antibiotiques. "Il y a une émergence de bactéries résistantes à la colistine : c’était notre dernier recours !".

Les conséquences de ces impasses : 12 500 décès en France chaque année. Et ce n’est que le début : un rapport évalue à 10 millions de morts par an en 2050 le coût humain des résistances aux antibiotiques. En médecine humaine, en France, trois plans "antibiotiques" ont été adoptés. Seul le premier a réellement abouti à une baisse de 25 % de la consommation, mais elle a remonté depuis…

Réelle réduction dans le monde vétérinaire

Dans le monde de l’élevage, en revanche, les réductions ont été plus drastiques, comme l’a rappelé le docteur Pascal Sanders, directeur du laboratoire Anses (1) de Fougères. L’utilisation d’antibiotiques comme facteurs de croissance dans les élevages européens a été réduite dès les années 1970, a été interdite en Suède en 1986 et totalement bannie, sur tout le territoire européen, en 1996 (2).

Les antibiotiques ne sont donc plus utilisés qu’à titre thérapeutique en élevage, et le plan écoantibio 2012-2017 est bien suivi d’effets (- 20 % à ce jour) : "Mais il faut poursuivre !". Et de rappeler que du point de vue du monde des bactéries, et de leur centaines de millions d’années d’évolution, l’apparition des antibiotiques n’est qu’un épiphénomène d’à peine 100 ans. Les bactéries ont vite appris à les contourner, d’autant plus facilement qu’elles disposent de mécanismes d’échanges de gènes de résistance entre elles. C’est donc aux hommes d’agir concrètement et rapidement pour préserver le bien commun que sont les antibiotiques.

 

(1) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail

(2) Certains consommateurs semblent ne pas être au courant. Il faut donc communiquer   !

Le Dr Martine Aupée, spécialiste française des infections nosocomiales, a présenté l’ampleur du problème de la résistance des bactéries aux antibiotiques.
Le Dr Martine Aupée, spécialiste française des infections nosocomiales, a présenté l’ampleur du problème de la résistance des bactéries aux antibiotiques. - © Terra

Une gestion sanitaire durable

Les différents leviers pour assurer une gestion sanitaire durable et donc réduire l’emploi d’antibiotiques sont : optimiser la conduite de l’élevage (logement, ambiance, eau…) ; renforcer  les mesures d’hygiène et de biosécurité ;  proposer aux animaux une alimentation soutenant l’immunité (parfaitement équilibrée en qualité et en quantité, comportant les minéraux nécessaires) ; l’utilisation de probiotiques, flores de barrières, produits phytoactifs ; et enfin, la pratique d’une médication raisonnée.


Sanders et le groupe Avril : poids lourd de l’élevage

Si Sanders s’engage résolument dans la gestion sanitaire durable, elle dispose des moyens et des leviers pour le faire. La société est en effet le leader de l’alimentation animale en France, avec 15 % de parts de marché et 26 000 éleveurs clients.  Elle compte 23 usines qui produisent 3,4 millions de tonnes d’aliments, selon plus de 300 cahiers des charges différents.

Société du groupe Avril, Sanders collabore avec d’autres entreprises du même groupe :  Mixscience (solutions nutritionnelles et minérales), Theseo (produits et services de biosécurité pour l’élevage), Nolivade (flores de barrière), et le très grand laboratoire vétérinaire Ceva, dont Sofiprotéol (branche investissement d’Avril) est actionnaire.

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