Terra 04 janvier 2018 à 08h00 | Par Arnaud Marlet

"Respecter l'eau, c'est respecter la Bretagne !"

Le conseil régional vient de valider le 2e plan de lutte contre les algues vertes 2017-2021 en approuvant les huit projets des teritoires concernés. En ce début d'année, seront signées les chartes d'engagements qui lieront les maîtrises d'ouvrage de ces projets et les financeurs.

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À Hillion dans la baie de Saint-Brieuc, en 2005. Depuis, la baie est passée de 20 000 t d'algues récoltées à 5 000 t par an.
À Hillion dans la baie de Saint-Brieuc, en 2005. Depuis, la baie est passée de 20 000 t d'algues récoltées à 5 000 t par an. - © J. Danin

Retour en 2008. À cette époque, le sujet des algues vertes en Bretagne est source de tensions très vives, de discussions difficiles. Jean-Yves Le Drian, alors président du conseil régional déclarait : "La Bretagne est malade, mais elle se soigne". En 2010, le premier plan de lutte contre les algues vertes est mis en place jusqu'en 2015. Prolongé jusqu’en décembre 2016, il a permis aux baies de préparer leur projet de territoire par anticipation du nouveau plan 2017-2021. Dans un premier temps, les acteurs de chaque baie ont posé les bases de leur stratégie via des lettres d’intentions. Puis le travail s’est poursuivi avec la définition de pré-projets stratégiques et opérationnels au regard des enjeux territoriaux, de leur gouvernance locale et de l’évolution spécifique du phénomène sur leurs bassins versants. Aujourd'hui, la question de l'eau devient un sujet de compétitivité et pour Thierry Burlot, vice-président chargé de l'environnement, de l'eau, de la biodiversité et du climat, "on peut tous dire que nous avons fait de gros efforts et on peut être fiers du travail engagé car tous les territoires bretons ont apporté leur contribution. Nous sommes la seule région en Europe à sortir des contentieux !".

La construction de ce nouveau plan de lutte contre les algues vertes s'est faite avec les acteurs locaux, mais dans un contexte particulier. En effet, l’année 2017 a constitué une période de transition cruciale pour nombre de territoires d’eau avec l’application des lois "Nouvelle organisation territoriale de la République" (NOTRe) et "Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles" (MAPTAM). Désormais, le pilotage d’une partie importante des politiques du grand cycle de l’eau est confié aux établissements publics de coopération intercommunale (EPCI), et non plus aux syndicats mixtes historiquement engagés dans ces actions.

2017, une mauvaise année

Dans le même temps, cette période a été marquée par un regain important des échouages d’algues, avec, en début d’année, les échouages les plus précoces et les plus importants jamais observés (l’année de référence est 2009). De fait, malgré la baisse continue des concentrations de nitrates dans les cours d’eau bretons liée à la mobilisation du monde agricole et aux efforts engagés en termes d’évolutions de pratiques, les conditions météorologiques très particulières de l’hiver 2016 et du printemps 2017 ont été particulièrement favorables au maintien des stocks hivernaux d’algues dans les baies et au développement important des marées vertes. Pour la période 2017-2021, le budget pour le plan de lutte contres les algues vertes prévoit une enveloppe de 55 millions d'euros, dont 25 millions d'euros de l'État, 12 millions du conseil régional et 16 millions de l'agence de l'eau, le reste étant financé par les conseils départementaux.

Un paiement pour services environnementaux ?

Pour ce nouveau plan, les territoires ont exprimé auprès de la coordination régionale des attentes fortes en termes d’intégration des différentes politiques sur le sujet "algues vertes" et de la mobilisation de nouveaux outils. Pour y répondre, l’État a initié avec l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) un travail de recherche sur la possibilité de mobiliser des paiements pour services environnementaux (PSE) pour les agriculteurs.

De son côté, la région a mené une analyse du cadre légal des aides en place à l’échelle européenne pour déterminer la possibilité d’y inscrire de nouveaux dispositifs d’aide répondant aux enjeux de la lutte contre les algues vertes. "Les réflexions sur les PSE, portés par l’État et l’Inra, se poursuivront avec la recherche d’une articulation avec le travail mené par les chambre régionales d’agriculture sur ce sujet", évoque Thierry Burlot. Avant de conclure : "On va devenir une région exemplaire et, plus que jamais, respecter l'eau, c'est respecter la Bretagne !"

 

Pourquoi lutter contre les marées vertes ?

Sur le plan écologique, les conséquences de ces proliférations ont fait l’objet de travaux de recherche récents. Au niveau des ressources halieutiques, un travail a montré que les proliférations peuvent conduire à la disparition à l’échelle locale de certaines espèces.

Sur le plan touristique, une étude a tenté de chiffrer l’impact touristique des proliférations en croisant des données climatiques, les données d’échouages d’algues vertes et de fréquentation touristique. Elle montre un impact relativement faible sur la fréquentation des hôtels, et pas d’impact sur celle des campings. Au-delà d’un impact immédiat, les résultats montrent cependant un effet retardé des algues sur la fréquentation touristique.

Sur le plan sanitaire, les effets des proliférations des algues vertes ont fait l’objet de deux avis et d’un rapport rédigés par l’Anses. Il y est notamment mis en évidence que des substances potentiellement toxiques peuvent être émises lors de la décomposition des algues vertes, notamment le sulfure d’hydrogène. En effet, si durant les premières heures suivant l’échouage, les émissions en sulfure d’hydrogène (H2S) par les algues vertes sont peu importantes et sont donc associées à des niveaux de risque faibles, les mécanismes de dégradation s’intensifient après un délai estimé entre 12 et 48 heures au vu des données disponibles. Les expositions résultant d’un perçage accidentel de croûte atteignent des niveaux rendant probable la survenue d’effets tels qu’une irritation des muqueuses oculaires et des voies respiratoires et des symptômes neurologiques.

Enfin, des nuisances importantes accompagnent les échouages (gênes olfactives, impact sur le paysage).

 

Les huit projets de territoires pour 2017-2021

Baie de la Fresnaye / Le territoire de la baie de la Fresnaye est situé sur le Sage Arguenon - Baie de la Fresnaye, qui comporte deux grands bassins versants : l’Arguenon et la Baie de la Fresnaye. Le principal cours d’eau contributeur au flux d’azote en baie est le Frémur d’Hénanbihen.

Baie de Saint-Brieuc / Le territoire de la baie de Saint-Brieuc est situé sur le Sage Baie de Saint-Brieuc, qui comporte quatre grands bassins versants : la Flora-Islet, le Gouëssant, le Gouët-Anse d’Yffiniac, l’Ic et ses côtiers. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont : l’Ic, l’Urne, le Gouëssant et le Gouët.

Baie de la Lieue de Grève / Le territoire de la baie de la Lieue de Grève est situé sur le Sage Baie de Lannion, qui comporte deux grands bassins versants : le Léguer et la Lieue de Grève. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont le Yar et le Roscoat.

Anse du Douron / Le territoire de l’Anse du Douron (précédemment Anse de Locquirec) est situé sur le Sage Léon-Trégor, qui comporte trois grands bassins-versants : le Trégor-Douron, la Penzé, l’Horn-Guillec-Kerallé. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont le Douron et le Dourmeur.

Anse de l'Horn-Guillec / Le territoire de l’Anse de l’Horn-Guillec est situé sur le Sage Léon-Trégor, qui comporte trois grands bassins versants : le Trégor-Douron, la Penzé, l’Horn-Guillec-Kerallé. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont l’Horn et le Guillec.

Anse du Quillimadec / Le territoire de l’Anse du Quillimadec (précédemment Anse de Guissény) est situé sur le Sage Bas-Léon, qui comporte de nombreux bassins-versants : la Flèche, le Quillimadec-Alanan, l’Aber-Wrach, l’Aber-Benoît, le Frout et les côtiers à proximité de Ploudalmézeau, l’Aber-Ildut, le Kermorvan et ses côtiers. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont le Quillimadec et l’Alanan.

Baie de Douarnenez / Le territoire de la baie de Douarnenez est situé sur le Sage Baie de Douarnenez, qui comporte de nombreux ruisseaux côtiers. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont les suivants : Aber, Lestrevet, Kerharo, Lapic, Ris, Penity, Stalas, Kergaoulédan.

Baie de la Forêt / Le territoire de la baie de la Forêt est situé sur le Sage Sud-Cornouaille, qui comporte deux grands bassins-versants : la partie Odet-Aven et la partie Aven-Belon-Merrien. Les principaux cours d’eau contributeurs aux flux d’azote en baie sont les suivants : Saint-Jean, Saint-Laurent, Moros, Stalas.

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