Terra 27 avril 2017 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Risque de sécheresse : la préoccupation grandit

Entre inquiétudes et attente, le ciel est très largement scruté par le monde agricole dans l'espoir d'une pluie salvatrice. Le point sur les solutions à mettre en place pour éviter le manque de fourrages et conserver un coût alimentaire serré.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Thierry Moreau commence a ressentir les effets de la sécheresse sur ses cultures (lire en encadré).
Thierry Moreau commence a ressentir les effets de la sécheresse sur ses cultures (lire en encadré). - © Terra

Depuis plusieurs semaines, la Bretagne - plus particulièrement au sud - subit un déficit hydrique qui inquiète éleveurs et techniciens. Sans dramatiser, parce que la situation pourrait vite se redresser avec un mois de mai pluvieux, ce déficit hydrique amplifie les craintes liées à l'insuffisance du stock de fourrages disponible dans les exploitations, s'y ajoute le risque d'une diminution des rendements des cultures du fait du manque d'eau. Cartes Météo France à l'appui, les techniciens de la chambre d'agriculture de Bretagne reconnaissent que si les territoires d'Ouest, et notamment du Finistère, semblent pour le moment épargnés, les zones sud du Morbihan, jusqu'à Pontivy et l'Ille-et-Vilaine sont nettement en déficit hydrique. "Les services publics ont bien anticipé les besoins en alimentant les bassins pour l'eau de l'alimentation, mais la question reste entière pour l'agriculture", explique Caroline Cadiou, conseillère en production animale à la chambre d'agriculture de Bretagne qui a participé à une réunion sur le sujet en préfecture d'Ille-et-Vilaine.

Un passif et des choix contraignants

L'inquiétude d'une sécheresse est d'autant plus forte que la récolte de 2016 laisse les silos de maïs très pauvres en fourrages. Une préocupation qui est combinée à une densité laitière plus forte. "Les rachats de quotas de l'an dernier ont densifié la population d'animaux dans certains élevages sans augmenter le nombre d'hectares par vache", explique Caroline Cadiou. "Nous sommes passés de 9 000 litres à 12 000 litres/ par hectare de SFP (surface fourragère principale)". Des choix qui limitent la marge de manœuvre des éleveurs pour passer le cap crucial de l'été.

Quelles solutions à court terme ?

Le premier reflexe consiste à estimer les ressources présentes sur l'exploitation, que ce soit dans le silo de maïs, la récolte d'herbe, l'enrubannage, le foin... en comparaison avec le nombre d'animaux restants. A partir de là, sans être parfaites, des solutions existent, reste encore à les adapter à son exploitation. Caroline Cadiou évoque "la fauche de céréales immatures (relativement cher en valeur) ou encore l'optimisation du pâturage... encore faut-il que la surface accessible soit suffisante", reconnaît la technicienne. La solution d'achat de fourrage ne semble nécessaire qu'en cas où la différence est de plus de 20 % entre les ressources et les besoins.

Semis : les derniers conseils

Si beaucoup d'exploitants ont d'ores et déjà semé les parcelles de maïs, Louis Le Roux (service agronomie de la chambre d'agriculture de Bretagne) assure "que le message est très clair, il faut semer relativement tôt des variétés assez précoces". Même message pour Caroline Cadiou qui préconise pour les derniers chantiers, "un travail du sol le plus léger possible en refermant les sillons de labour au plus vite afin de conserver l'humidité présente dans les parcelles". Le mois qui démarre sera déterminant pour la pousse des cultures et les rendements qui vont suivre.

- © Terra

"Tout n'est pas encore perdu, mais...."

Producteur de lait et éleveur de poulets de Janzé, avec 150 ha, Thierry Moreau est installé en Gaec avec son frère au Grand Fougeray (35). Sur ces terres très séchantes, l'éleveur témoigne des effets de la sécheresse qui se font déjà sentir.

"Tout n'est pas encore perdu, mais si on n'a pas d'eau dans les 15 jours, ça va devenir très compliqué. On observe déjà les premiers signes sur l'orge et le blé qui se fatiguent et sont en train de décrocher, surtout que l'on arrive à un stade critique. Pour ce qui est du maïs, je suis en non labour et, en période "normale", je termine les semis vers la mi-mai. Là, j'ai commencé à semer le 5 avril et tout est terminé, c'est du jamais vu. Les premiers semis de maïs sont au stade trois feuilles, il faudrait donc 50 mm d'eau dans les 15 jours, sinon les potentiels vont commencer à décrocher. L'autre souci sur les terres très séchantes du secteur, c'est ce vent qui vient de l'est depuis des semaines et qui donne un effet encore plus desséchant. Même la rosée du matin ne permet pas d'humidifier la terre.

Enfin, pour ce qui est des stocks fourragers, et de l'herbe, c'est pas compliqué, l'herbe ne pousse déjà plus. Si ça continue, on va être obligé de taper dans les stocks de juillet et août, c'est un vrai cercle vicieux et ça c'est inquiétant. D'autant plus qu'on sort d'une année 2016 déjà compliquée ! Côté précipitations, je crois que c'est du jamais vu. Quand je reprends mon calendrier, je vois que depuis le mois de septembre on est à seulement 350 mm d'eau !" 

Arnaud Marlet

Indice de sécheresse des sols correspondant au taux de remplissage de la réserve utile en eau des sols.
Indice de sécheresse des sols correspondant au taux de remplissage de la réserve utile en eau des sols. - © Terra

Faible disponibilité en eau dans les sols bretons

En cette fin avril, après un mois sans pluies, les stocks d’eau dans les sols sont faibles. En Nord Finistère, la réserve hydrique des sols est constituée à plus 60 %. L’alimentation des cultures n’est pour l’instant pas menacée mais en l’absence de pluie, la situation pourrait rapidement se dégrader.

L’Est des Côtes d’Armor, le Nord de l’Ille-et-Vilaine et le Morbihan sont particulièrement touchés avec moins de 40 mm d'eau disponible pour les plantes.

La sècheresse est encore plus marquée à l’Est du Morbihan et au Sud de l’Ille-et-Vilaine. Les réserves hydriques commencent à s’épuiser avec déjà des flétrissements des céréales observés dans quelques secteurs en Ille et Vilaine où la situation devient préoccupante.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 23 unes régionales aujourd'hui