Terra 01 mars 2019 à 08h00 | Par Chantal Pape

Sans néonicotinoïdes, réfléchir autrement la protection des pommes de terre

En plant de pommes de terre, aussi, le nombre de molécules autorisées ne cesse de se réduire. Pour protéger les plantes du virus Y, transmis par les pucerons, l'huile minérale peut être une alternative. À condition de maîtriser dates et conditions d'application.

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Philippe Dolo, Bretagne plants innovation, est intervenu en préambule à l'assemblée générale du syndicat des producteurs de plants de pommes de terre de Bretagne Ouest, le 21 février dernier à La Roche Maurice (29).
Philippe Dolo, Bretagne plants innovation, est intervenu en préambule à l'assemblée générale du syndicat des producteurs de plants de pommes de terre de Bretagne Ouest, le 21 février dernier à La Roche Maurice (29). - © Terra

"Les néonicotinoïdes sont désormais interdits en plein champ en Europe, rappelle Philippe Dolo. En pomme de terre, il ne restera l'an prochain que deux insecticides autorisés, Teppeki et Plenum, sachant que ce dernier, qu'on a déjà du mal à trouver chez les fournisseurs, sera lui aussi interdit fin 2019". Pour aider les producteurs à trouver des solutions, Bretagne plants innovation a mené l'an dernier de nombreux essais sur le virus Y, transmis par les pucerons. "Huile minérale seule, combinée à de l'huile de colza, à 4 ou 7 passages d'insecticides : l'efficacité des traitements est bonne mais quelles que soient les modalités, aucune variété n'est indemne", indique Philippe Dolo, indiquant des contaminations variant de 0,32 à 1,54 % dans l'essai de Pontivy, quand le témoin, sans traitement, avoisine les 10 %. Et si l'huile minérale semble affecter le rendement brut, avec un effet sur le grossissement, ce retard peut être comblé par une durée de végétation un peu plus longue.

 

Huile et insecticides

Le Comité Nord a mené le même type d'essais dans la région d'Arras, soumise à une pression pucerons nettement supérieure à celle que l'on trouve en Bretagne. "L'huile minérale reste la base pour une bonne protection contre les virus, détaille Philippe Dolo. Les insecticides ne l'améliorent que de 5 à 15 %".

Pour être efficace, l'huile devra être appliquée tous les 3 à 4 jours jusqu'à levée complète, puis une fois par semaine. "Un peu plus souvent pour les variétés à croissance forte, en déclenchant un traitement pour une croissance de 10 à 15 centimètres".

Pour aider les producteurs, plusieurs programmes de protection ont été élaborés, en fonction des variétés et des zones géographiques. Moins sensible, le Finistère Nord pourrait se contenter, à l'horizon 2020, de 77 litres d'huile et de deux applications d'insecticide pour des variétés peu sensibles, quand le Morbihan devrait appliquer 120 litres d'huile et trois insecticides pour des variétés sensibles. "Les producteurs de souches, eux, auront tout intérêt à adopter des voiles insect-proof pour protéger leurs cultures". Un surcoût, de l'ordre de 3 000 €/ha, qui ne se justifie que pour des surfaces limitées et des cultures à très forte valeur.

 

Des buses adaptées

Pour une bonne couverture du feuillage par l'huile, la taille des gouttes devra être comprise entre 200 et 275 voire 350 µm, "un bon compromis entre risque de ruissellement et de dérive". L'heure de l'application devra aussi être choisie avec soin. "Il faut viser une hygrométrie supérieure à 70 %, rappelle Philippe Dolo. Éviter les températures élevées et le vent". L'idéal reste le tout début de matinée ou la nuit, qui permet de travailler avec des buses basse pression et un volume de bouillie plus bas, limitant d'autant les tours d'eau. "À chacun de choisir, en fonction de son rythme biologique".

Pour éviter tout risque de phytotoxicité, le nettoyage du pulvérisateur doit être effectué avec soin après chaque traitement. "Après désherbage du maïs, un rinçage ne suffit pas, prévient Philippe Dolo. Il faut utiliser un détergent, qu'on laissera tremper quelques heures, voire toute la nuit, démonter et nettoyer filtres et porte-buses, et rincer le tout à l'eau claire".

 

 

 

L'Espagne, un marché à conquérir

"Le plant de pomme de terre est devenu affaire de spécialiste, affirme Jacques Déniel, le président de SBO, le syndicat des producteurs de plants de pommes de terre de Bretagne Ouest. Le matériel coûte cher, il faut l'amortir". Avec ses 115 adhérents situés dans le Nord Finistère, le syndicat avoisinait, l'an passé, les 4 000 ha de plants, soit une moyenne de 35 ha par exploitation. "Et la production se porte bien : en 2019, nous allons accueillir 8 nouveaux producteurs et les surfaces vont progresser de 181 ha". Si le syndicat compte 146 variétés, les 5 premières, à elles seules, représentent la moitié des surfaces. "C'est surtout le grand export qui progresse", constate Jacques Déniel, en citant Spunta, + 63 ha entre 2017 et 2018, ou Synergy.

Fin janvier, une trentaine d'adhérents du syndicat ont réalisé un voyage d'études en Espagne. "Un marché surtout dominé par les Hollandais", constate le président de SBO. Pourtant, les Bretons ne manquent pas d'atouts à faire valoir : qualité du plant, précocité, distance... "C'est un marché à conquérir".

 

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