Terra 22 novembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Solidaires face aux risques de grippe aviaire

Il est passé par ici et il repassera par là le virus d’influenza aviaire. C’est une certitude. L’hiver pointe et la période de migration de la faune sauvage fait planer un risque. Mais c’est avant tout par l’activité humaine que se fera ou pas la contamination des élevages. Pour l’éviter, ici et en France, la lutte doit être collective et solidaire avec le respect des mesures de biosécurité.

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Pour Sophie Le Bouquin de l'Anses, "à la veille des migrations, il y a nécessité d’une lutte collective de l’ensemble des filières avicoles pour prévenir et limiter la diffusion des virus IA".
Pour Sophie Le Bouquin de l'Anses, "à la veille des migrations, il y a nécessité d’une lutte collective de l’ensemble des filières avicoles pour prévenir et limiter la diffusion des virus IA". - © Terra

Les faits. Dimanche 4 février 2018, trois foyers du virus d’influenza aviaire faiblement pathogène (IAFP) sont confirmés dans le Morbihan, premier département avicole de France. Il s’agit de trois élevages de palmipèdes destinés au gavage à Arzal, Pluméliau et Sérent… Euthanasie des 25 000 canards, éleveurs choqués, perte durant un mois de la mention sanitaire indemne de toute forme d’influenza aviaire, fermeture (entre autres) des portes du Japon au foie gras breton : "Une perte de quelques dizaines de millions d’euros pour l’export avec les coproduits", évalue Joël Mouny, responsable de l’approvisionnement en vif chez Société Bretonne de Volaille (SBV), filiale bretonne de LDC (1 060 éleveurs et 1 096 salariés). Il dit souhaiter "ne pas connaître un nouvel épisode comme cela". Il n’est pas le seul. L’affaire en restera là mais aura frappé les esprits, redoutant d’avoir à connaître le traumatisme de la filière avicole du Sud-Ouest. Elle a conduit à s’interroger, échanger, s’informer.

 

Tous concernés

À la veille d’entrée dans la période à risque, une petite centaine d’éleveurs de volailles, techniciens mais aussi vétérinaires, responsables du GDS, d’abattoirs, de couvoirs, fonctionnaires de la Draaf, de la DDPP56, de l’Anses, étaient réunis le 7 novembre à Saint-Marcel (56)... Tous invités par la SBV et Resagro, filiale du groupe Cristal. "En plus d’être un problème de santé animale et de santé publique, l’influenza aviaire entraîne des conséquences économiques importantes. Nous sommes tous concernés", rappelle Mokrane Mellal, vétérinaire du groupe Cristal. Il en veut pour preuve, depuis 2015, la succession des crises d’influenza aviaire en France, en Europe et ailleurs dans le monde. "Ce n’est pas un problème du Sud-Ouest ou du canard uniquement, quand on voit le cas du foyer de Versailleux (Ain) en dinde et en claustration. On sait que le confinement ne suffit pas". Et de pointer sur une carte du sud-Morbihan, les élevages de volailles rattachés aux abattoirs, les couvoirs, usines d’aliment, sociétés de chasse, zoo… sans parler des élevages en vente directe, des basses-cours de non-professionnels... Et le tout, "proche du Golfe du Morbihan et du parc naturel de Brière", connus pour leurs rassemblements exceptionnels d’oiseaux migrateurs.

 

Croiser les données

Un état des lieux est nécessaire, pour "croiser les données, établir des scénarios pour être tous réactifs", insiste le vétérinaire travaillant avec ses collègues sur ce projet pilote géosanitaire de recensement de tous les élevages, y compris amateurs. "C’est extrêmement difficile pour les basses-cours, j’en apprends encore fortuitement tous les jours". Et de présenter le plan d’actions à suivre qui passerait par le renforcement de l’accompagnement sanitaire par les organisations professionnelles agricoles (OPA) et par les vétérinaires, pour les éleveurs notamment en contrat. Pour contacter les autres éleveurs, indépendants ou amateurs, la tâche est moins aisée. Or il faudra les sensibiliser sur les risques sanitaires et économiques, valider leur accompagnement par un vétérinaire, évaluer les risques, les inciter, si besoin, à se former à la biosécurité… Car "si on a un foyer dans cette zone de 10 km, ces deux abattoirs risquent d’être bloqués", pointe-t-il, le doigt sur la carte, entre Bignan et Saint-Jean Brévelay...

 

Hommes et transports, agents zélés de contamination

Jean-Luc Guérin, vétérinaire et professeur à l’école de Toulouse a étudié la propagation du virus hautement pathogène H5N8 dans le moindre recoin des 484 foyers révélés en France en 2015-2016. "L’essentiel résulte de la contamination par facteurs humains". Le scénario est maintenant établi depuis Almayrac et ses deux élevages : "Ce sont les moyens de transports qui ont diffusé le virus. Les cages, les camions, les ont plombés", enfonce-t-il, appelant "une solidarité régionale pour gérer ces zones de crise", face à des vitesses de propagation du virus "inéluctables de 3 à 10 km par jour" ! Et de pointer une approche spatiale et des données de connexion entre élevages, abattoir couvoirs… digne des plus pointus profilages de police criminelle, et invitant à créer ces communautés d’exploitations. Une approche globale d’interconnexion, que "la filière porcine fait déjà".

Nécessaire en cas de risque, force est de constater que le confinement ne suffira pas. Et si les mesures de biosécurité à l’échelle de chaque élevage sont essentielles, elles doivent être aussi complétées par une "approche globale de protection des outils de filière, et de solidarité que les éleveurs doivent avoir entre eux". En un mot, tous concernés. Car le rapport sur la situation en Europe et dans le monde montre l’expansion du virus de l’influenza aviaire, toujours circulant*.

* Pour suivre le bulletin hebdomadaire de veille sanitaire sur le virus d'influenza aviaire :
www.plateforme-esa.fr/

 

Prenez date

Prochaine réunion d’information pour les éleveurs sur la grippe aviaire à 10 h, le mercredi 5 décembre, à la salle du Scaouët à Baud (56), à l’initiative de Triskalia.

 

 

 

 

 

 

Ils ont dit

Jean-Luc Guérin, école vétérinaire de Toulouse / On surveille la mortalité des oiseaux sauvages. Si on regarde la hiérarchie des risques, la faune sauvage, c’est infime. En matière de contamination, les facteurs humains et les transports sont les plus importants.

Joël Mouny, Société bretonne de volailles / Par rapport à la maladie, nous avons un atout que sont la méthode d’élevage et le confinement. Mais il faut de la réactivité et de la rigueur dans l’application des mesures de biosécurité.

Eric Leleu, Draaf/Service régional de l'alimentation / La formation de l’éleveur est capitale. Il faut travailler sur cette gestion de la relation humaine en élevage. Abattoir, filière, transport, intervenants externes, tous ont leur part.

Sophie Le Bouquin, agence nationale de sécurité sanitaire / Deux cas de H5N8, hautement pathogène, ont été identifiés en Bulgarie depuis avril 2018, 17 cas sur la faune sauvage en Europe du nord de H5N6 entre mai et octobre dernier... Nous sommes à la veille des migrations. Il y a nécessité d’une lutte collective de l’ensemble des filières avicoles pour prévenir et limiter la diffusion des virus IA.

 

 

Mokrane Mellal, vétérinaire.
Mokrane Mellal, vétérinaire. - © Terra

Biosécurité, en cours de progrès

Comme la prévention est le meilleur moyen de se protéger, l’application des règles de biosécurité a été contrôlée dans 87 élevages morbihannais. Il en résulte 8 cas de non-conformité sévère avec mise en demeure. Ceux de non-conformité moyenne sont dominants. "Le gros point noir, c’est l’absence de protection de la paille, l’absence de sas ou sas non satisfaisant, des locaux non nettoyables…", souligne Eric Leleu de la Draaf.

En France, 2 491 élevages ont été inspectés entre 2016 et 2017, dont 46 % en palmipèdes. Une exploitation sur quatre était alors en conformité, une sur trois en Bretagne. Et les contrôles vont s’accentuer. 174 sont notamment prévus en Bretagne dans les élevages de palmipèdes (ils représentent 5 % des 3 480 établissements détenant des volailles).

Au delà des contrôles de l’État, vétérinaire et éleveur constituent un duo essentiel. Et "le technicien sera toujours là pour vérifier si au quotidien l’élevage applique la biosécurité".

 

 

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