Terra 12 juillet 2018 à 08h00 | Par Julien Piro

Son unité de microméthanisation ne fonctionne qu’avec du lisier bovin

Une exploitation laitière du Morbihan s’est dotée d’une unité de microméthanisation alimentée uniquement au lisier de bovin de la ferme. Une première en Bretagne.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
La famille Sablé en polo blanc avec Fabrice Sablé le doigt levé ; tout à droite, Mathieu Dufour, référent méthanisation de Triskalia.
La famille Sablé en polo blanc avec Fabrice Sablé le doigt levé ; tout à droite, Mathieu Dufour, référent méthanisation de Triskalia. - © Terra

Il y avait foule, vendredi 6 juillet à Guilliers sur l’exploitation laitière de Fabrice Sablé et ses associés, pour assister à l’inauguration du premier microméthaniseur de Bretagne entièrement approvisionné en lisier de bovin. Entre glaces fabriquées à la ferme, grande buvette et écran prévu pour voir le quart de finale de la Coupe du Monde de football France-Uruguay, les visiteurs arpentaient les stands des entreprises ayant participé à la construction du système.

 

Un quart d'heure de surveillance par jour

L’exploitation de Fabrice Sablé, de son épouse Josiane, d’un tiers et prochainement de leur fils s’étend sur 170 hectares de SAU. 120 vaches laitières produisent 1,2 million de litres de lait en traite robotisée (deux robots). L’essentiel est collecté par Lactalis. L’exploitation cultive des pommes de terre depuis plusieurs générations qu’elle vend directement à la ferme. Elle pasteurise sur place 200 000 litres de lait entièrement livrés à une crêperie artisanale voisine. Et développe depuis peu une activité de fabrication de glaces à la ferme, à partir de 20 000 litres de lait. Ainsi, après avoir cherché à valoriser au mieux leurs produits, les Sablé se sont intéressés à leurs charges et au premier chef, leurs effluents.

Avec les conseils de Triskalia qui développe de plus en plus le service rendu aux agriculteurs, adhérents ou non, ils ont développé ce projet de microméthanisation avec deux cogénérateurs d’une puissance de 11 et 22 kWh qu’ils ont mis en service en décembre dernier. L’éleveur a tenu à ce que l’unité soit parfaitement autonome. De fait, elle ne nécessite que "un quart d’heure de surveillance par jour", précise-t-il. Il s’agit donc d’une installation de microméthanisation par opposition aux unités de méthanisation actuellement en activité en Bretagne (une soixantaine) qui affichent une puissance moyenne de 250 kWh.

 

Poudre de paille et lisier frais

Le rendement n’est évidemment pas le même. "Après combustion du méthane, nous produisons 270 000 kWh d’électrivité dans l’année et réutilisons l’équivalent de 420 000 kWh de chaleur pour maintenir le digesteur à température (40°) et chauffer foin et luzerne dans un séchoir", explique Fabrice Sablé. Mais les unités de méthanisation nécessitent l’emploi d’un digestat combinant plusieurs sources de matières (lisiers, déchets verts, graisses d’abattoir, boues de stations d’épuration, etc.) quand celle de Fabrice Sablé ne fonctionne qu’avec du lisier de bovin. Qui plus est "sans modification de l’assolement par l’introduction de cultures énergétiques", souligne Fabrice Sablé.

Condition sine qua non, il a fallu repenser l’organisation du travail en élevage. "Dans le bâtiment en logettes, nous sommes passés à la farine paille (deux fois 500 grammes par jour par vache laitière) pour obtenir un lisier mou et et brassable, poursuit Fabrice Sablé. Nous avons également installé des râcleurs dans le bâtiment". Ils sortent huit fois par jour le mélange poudre de paille lisier frais vers une pré-fosse avant son transfert, trois fois par jour (trois fois 4 mètres cubes), vers le digesteur par des canalisations enterrées. Les Sablé ont investi 210 000 euros dans la partie méthanisation et 190 000 euros dans le séchoir et la mise en place des râcleurs dans le bâtiment. L’investissement a bénéficié de 30 % de subventions (Région Bretagne, Ademe, PCAEA).

Pour Jean-François Appriou, administrateur de Triskalia et président de la commission Planète Positive, ce type d’installation "apporte de la cohérence à l’exploitation, explique-t-il. Elle la bonifie en lui donnant la capacité de développer de nouvelles activités, comme ici de la semence de ray-grass". Elle augmente également le niveau de protéines issues de la luzerne par séchage de la luzerne en vert. L’éleveur prévoit d’amortir son investissement en huit ans.

Une microméthanisation pour grands troupeaux

Une unité de microméthanisation approvisionnée uniquement en lisier de bovin nécessite un troupeau d’une certaine taille, "au moins quatre-vingt vaches", précise Mathieu Dufour, référent méthanisation de Triskalia. Leurs effluents doivent être récupérables facilement pour être valorisés. Il ne s’agit pas d’interdire la pâture aux animaux. "Ici, nos animaux reviennent en bâtiment plusieurs fois par jour se faire traire et rentrent généralement le soir", précise Fabrice Sablé. Triskalia indique travailler sur dix dossiers du même type actuellement. Un nombre qui ne peut qu’augmenter, compte tenu de l’agrandissement rapide de la taille des troupeaux.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. Terra se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les brèves
Prochaine brève

10 brève(s) » voir toutes