Terra 15 septembre 2016 à 08h00 | Par Paul Jégat

Space 2016 : de la crise à l'après-crise

Ni les ensilages en cours, ni la crise n'ont d'effet sur le Space dont la trentième édition s'achève ce vendredi. Remède à la résignation ou signe avant coureur d'une prochaine embellie agricole, le salon de l'élevage reste ce qu'il est depuis trente ans, un lieu de rencontre et de convivialité pour une profession agricole qui en a bien besoin. Surtout, il est résolument tourné vers l'avenir.

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Le président du Space Marcel Denieul guide une imposante délégation ivoirienne dans une visite du Space, ici sur la plateforme recherche et développement consacrée cette année à la réponse agricole à l'ambition d'une diminution des gaz à effet de serre.
Le président du Space Marcel Denieul guide une imposante délégation ivoirienne dans une visite du Space, ici sur la plateforme recherche et développement consacrée cette année à la réponse agricole à l'ambition d'une diminution des gaz à effet de serre. - © Terra

Mardi dernier, au premier jour du Space 2016, la météo était hésitante entre le beau et la grisaille orageuse, les visiteurs ont même dû se mettre à l'abri d'une fulgurante averse. De la pluie enfin ! Pas assez pour rattraper les maigres maïs dont l'ensilage a démarré en avance, mais assez pour être seulement trempé. Un peu à l'image d'une agriculture qui voit se dessiner un renversement de tendance sans qu'elle y trouve assez de signes annonciateurs d'un renouveau. Des exposants bien présents, toujours aussi nombreux, des visiteurs fidèles comme ils le sont depuis les débuts du Space, ce premier jour de l'édition 2016, la trentième, ressemblait comme un frère à celui de 2015, presque paisible.

L'après bras de fer

Pas de ministre, pas de personnalité politique majeure à déambuler aveuglément dans des allées surchargées, l'ambiance était sereine... Ou presque, après des mois et des mois de crise de l'élevage dont il est encore impossible de dire s'il en restera des cicatrices ineffaçables. A peine pouvait-on imaginer que ce Space qui, d'habitude, marque la rentrée agricole, se déroule moins de deux semaines après le bras de fer entre les producteurs de lait et le premier industriel européen du secteur, conclu par un accord à l'arraché. Quelques jours plus tard, les éleveurs de bovins viande demandaient à leur tour des comptes à un autre géant, de la grande distribution cette fois. Sans oublier ce plan de régulation laitière européenne finalement établi et dont on se demande désormais s'il aura une utilité.

Sortie de crise ?

Ce mardi, une rumeur bruissait dans les allées du salon de l'élevage que du lait spot se négociait désormais à plus de 350 euros /1000 litres, signe avant coureur d'une soudaine raréfaction de l'or blanc sur les marchés mondiaux. De quoi alimenter toutes les spéculations de sortie de crise. Côté porc enfin, l'embellie des cours de ces dernières semaines, était de nature à rassurer les éleveurs plombés par des années de cours trop bas. Autant de nouvelles bonnes à prendre pour les agriculteurs, mais aussi pour toutes les entreprises du secteur, à commencer par les équipementiers de l'élevage, très nombreux à exposer leurs produits et leur savoir-faire au Space.

Grandes manoeuvres

Le Space plus politique lui devait se réveiller un peu plus tard, jeudi, avec la venue du ministre l'agriculture Stéphane Le Foll, mais aussi la présence annoncée de plusieurs candidats possibles à la présidentielle de mai 2017. Les compteurs tournent déjà à quelques 8 mois de l'échéance. Mais les débats agricoles s'amorcent sur la nécessite de réguler ou pas les productions, sur la prévention des crises. Ces questions là sont déjà mises sur la table par les syndicats agricoles. La FNSEA a établi une première et longue liste de ses attentes alors qu'à Bruxelles, les grandes manoeuvres ont elles aussi débuté en prévision de la définition de la PAC de l'après 2020. Un autre grand chantier dont les plans de dessinent avec une certaine insistance autour du principe d'un système assurantiel de l'agriculture complémentaire des aides actuelles aux exploitations. Sur ce sujet là aussi, le Space est une chambre d'écho autant qu'un accélérateur d'idées.

Xavier Beulin entouré de Christiane Lambert, Thierry Merret (FDSEA 29) et Frank Guéhennec (FDSEA 56) lors d'un point presse au Space.
Xavier Beulin entouré de Christiane Lambert, Thierry Merret (FDSEA 29) et Frank Guéhennec (FDSEA 56) lors d'un point presse au Space. - © Terra

Le Space au jour le jour


L'investissement agricole à la loupe

Avalanche de chiffres du Crédit agricole en Bretagne mardi matin en conférence de presse sur le Space. En 2015, les quatre caisses bretonnes ont engagé 112 millions d'euros dans des mesures de soutien à leurs clients agriculteurs, près de 1800 d'entre eux ont été accompagnés. Près de la moitie de ces 112 millions ont consisté en des ajustements de trésorerie, des modulations de crédit (33 millions d'euros), des consolidations pour 5,6 millions d'euros ou des financement de dispositifs d'année blanche (4,4 millions d'euros). Mais, le recours au crédit pour des investissements agricoles s'est maintenu à un niveau élevé : 724 millions d'euros, en hausse de 16,9 % en porc, de 21 % en lait, prêts boostés par la nouvelle disposition fiscale autorisant un suramortissement à 140 % de la valeur d'achat de matériel... L'activité bancaire de 2016 s'est quant à elle ralentie avec la stagnation des cours du porc puis la chute du prix du lait. Au Crédit agricole dont 8 agriculteurs sur 10 sont clients, les investissements agricoles sont en recul de 8 % (au niveau national ) par rapport à 2015. Pas de quoi ébranler "la confiance dans l'avenir de l'agriculture" en a conclu Marie-Françoise Bocquet, présidente de Crédit agricole en Bretagne en affichant la volonté d' "améliorer l'accompagnement des agriculteurs" et et ayant à l'esprit qu "il y a aussi des agriculteurs qui vont bien".

 

"Faire bouillir la marmite"

"On est dans une urgence absolue" a affirmé mardi Laurent Pinatel, porte parole de la Confédération paysanne, lors d'un point presse à l'ocasion du Space. Visant l'objectif "que les paysans puissent rester dans le métier", le syndicat pointe deux priorités : "faire bouillir la marmite et faire tourner la ferme". Comment ? En facilitant notamment l'accès à la prime d'activité mais aussi par des aides à la trésorerie. Au delà de ces réponses immédiates, les responsables de la confédaration paysanne regrettent que l'on ne s'interroge pas sur une système qui fait qu'on en est là".

 

Les coops "ont vocation à travailler ensemble à l'export"

Pour le président de Coop de France Michel Prugue, les coopératives doivent s'organiser collectivement pour réagir aux aléas des marchés internationaux, a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse le 13 septembre. "Les coopératives ont vocation à être concurrentes sur le marché intérieur, et à travailler ensemble à l'export", estime Michel Prugue. Elles devraient selon lui imaginer des outils collectifs de gestion des volumes, en cas de retournement des marchés d'export. Pour Coop de France, les outils de gestion des risques doivent être déclinés à trois niveaux : l'Etat, les entreprises et l'agriculteur.

 

Pour Xavier Beulin, "on paye l'addition" du dispositif de sur-amortissement

Le président de la FNSEA Xavier Beulin a expliqué en conférence de presse le 13 septembre qu'il s'était opposé en 2015 à la mesure de sur-amortissement mise en place par l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron. Il a estimé que cette mesure fut une erreur "dont on paye aujourd'hui l'addition", par des investissements trop importants, notamment en machinisme agricole. "Il y a des agriculteurs qui revendent aujourd'hui du matériel qui leur avait été livré en juin". Le Crédit agricole a annoncé le même jour que les prêts Agilor destinés à financer le machinisme avaient augmenté de 9,5 % en 2015.

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