Terra 14 septembre 2017 à 08h00 | Par Paul Jégat

Space 2017, le salon de toutes les attentes

Depuis trente ans qu'il existe, le Space est l'amplificateur des émotions de la profession agricole, l'édition 2017 qui se clôture aujourd'hui à Rennes a révélé l'impatience des éleveurs à sortir de la crise et la grande attente suscitée par les prochains Etats généraux de l'alimentation. Les annonces attendront un peu.

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Olivier Allain, vice président de la région Bretagne en charge de l'agriculture, Marcel Denieul, président du Space, et Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture, lors de la visite inaugurale du Space 2017, mardi dernier.
Olivier Allain, vice président de la région Bretagne en charge de l'agriculture, Marcel Denieul, président du Space, et Stéphane Travert, ministre de l'Agriculture, lors de la visite inaugurale du Space 2017, mardi dernier. - © Terra

Mardi, au petit matin, premier jour du Space, le parc expo de Rennes s'éveille doucement. Ce salon là est une affaire qui tourne, tout le monde est à son poste, prêt à accueillir des milliers et des milliers de visiteurs tout au long des quatre jours de ce rendez-vous de rentrée agricole. La place de  ce 2e salon mondial de l'élevage n'est pas usurpée, la présence de quelque 500 exposants internationaux (sur 1500 exposants) est là pour en témoigner, celle de ces visiteurs étrangers aussi, visiblement à l'affût des technologies qu'ils pourront développer dans leur pays respectif. Mais mardi matin, les agriculteurs du grand Ouest, de loin les plus nombreux à converger vers la capitale de l'élevage, ont préféré attendre un peu avant de se ruer vers le Space. Le rituel inaugural, avec la présence annoncée du ministre de l'Agriculture, a freiné les ardeurs.

Gagner du temps pour faire autre chose

Le ministre lui est à l'heure et ne s'est pas dérobé devant un exercice très balisé. Stéphane Travert est ici pour la première fois en tant que ministre de l'agriculture, mais il a déjà assimilé tous les codes de l'exercice. Il a pris son temps, s'arrêtant volontiers sur un stand, discutant avec décontraction avec un éleveur d'animaux en concours, écoutant sans la moindre exaspération les doléances les plus vindicatives. Sa seule présence tranquille et imposante fait écran aux colères. Il écoute, attend, et répond en prenant son temps, en prenant surtout le temps de ne pas en dire plus que la fonction et l'exercice ne l'exigent. De fait, il parle mais ne dit rien, ou rien d'autre que des vérités vraies, attendues et sans conséquence. Même la brève manifestation de la Confédération paysanne dans les allées du hall 5 le laisse de marbre, là encore il écoute sans se départir de son calme. Il s'attarde sur plusieurs stands de coopératives, ceux d'Agrial, de Terrena, avant de rejoindre le stand de la région Bretagne pour remarquer que "l'environnement n'est pas l'ennemi de l'agriculture" en louant les résultats obtenus ici en matière de qualité de l'eau, preuve "de la capacité de la Bretagne à porter les choses ensemble". Sur le stand du Cniel (interprofession laitière), le ministre échange avec Thierry Roquefeuil, président du Cniel qui l'exhorte à faire que les éleveurs "redeviennent maîtres chez eux". Le rythme de la visite inaugurale s'accélère et conduit la délégation jusqu'à l'eSpace pour demain, version renouvelée de la plateforme que pilotent les chambres d'agriculture de Bretagne. Plusieurs robots s'agitent, pour l'aviculture, pour le lavage des porcheries, pour les cultures. Et c'est le robot humanoïde prénommé Naïo qui avec sa voix de robot demande poliment au ministre ce qu'il pense de la robotisation en élevage.... Du bien, rien que du bien, répondra Stéphane Travert, souhaitant que ce virage technologique "puisse aider l'agriculteur à faire autrement, à gagner du temps pour faire autre chose". André Sergent, le président d'eSpace pour demain renchérit, évoquant la méfiance de la profession mais aussi l'opportunité de faire que des métiers jusque là perçus comme pénibles deviennent attirants.

Dialogue et compromis

C'est que, en Bretagne, l'enjeu de l'emploi agricole est important. A l'heure des discours officiels, le président du Space le citera dans les priorités : "En Bretagne, 3 500 emplois sont à pourvoir dans l'agriculture". Et ils le seront aussi à la condition que les métiers deviennent attractifs, mais pas seulement aura insisté Marcel Denieul tout au long d'une intervention au caractère politique affirmé, car le Space est aussi un rendez vous politique. A quelques semaines de la conclusion des Etats généraux de l'alimentation, et alors que les travaux en ateliers se poursuivent, Marcel Denieul a averti : "le gouvernement n'a pas le droit de décevoir l'espoir créé par cette démarche des Etats généraux". Un espoir qui porte entre autres sur la juste répartition de la valeur ajoutée, "Entre la grande distribution et les consommateurs, les agriculteurs sont mis à rude épreuve". "Les agriculteurs de l'Ouest ont fait preuve d'une capacité d'adaptation hors du commun" a insisté Marcel Denieul. Bref, il est plus que temps que cet effort là soit reconnu, récompensé. Le ministre entend et comprend : "Je sais que le Space est un lieu où l'on peut se dire les choses sans filtre". Il partage même le diagnostic, "la course effrénée au prix le plus bas, destructrice d'emplois, destructrice de valeur et de notre environnement, empêche nos filières de s'adapter aux évolutions nécessaires pour rester dans la compétition mondiale". En réponse à ce constat partagé, Stéphane Travert énonce les "vrais sujets". Il cite d'abord "la méthode, celle du dialogue et du compromis". Puis une démarche, celle des Etats généraux de l'alimentation qui "mette chacun face à ses responsabilités". Et l'Etat prendra sa part du travail "en légiférant ou en réglementant si c'est nécessaire". "Des propositions seront faites par le Président de la République pour améliorer notamment les relations contractuelles au sein du tryptique producteurs- transformateurs-distributeurs" a assuré Stéphane Travert, laissant tout de même l'auditoire sur sa faim, et suscitant aussi une très grande attente des mesures qui seront bientôt annoncées par Emmanuel Macron en personne. D'ici là, rien de plus ne sera dit.

 

 

Christiane Lambert, Jérôme Despey, Thierry Coué.
Christiane Lambert, Jérôme Despey, Thierry Coué. - © Terra

Glyphosate

"Si tout est joué d'avance, qu'on nous le dise", s'est exprimée Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, lors d'un point presse sur le Space mardi. Une petite phrase en retour d'une autre petite phrase, "Il va falloir apprendre à s'en passer", qu'aurait prononcée les jours derniers le Premier ministre Edouard Philippe lors d'une réunion de travail à la Foire de Châlons avec des professionnels et élus locaux. En arrière plan de cet échange à distance, la crainte d'une interdiction du glyphosate. Sur le même thème, Stéphane Travert, qui inaugurait le Space s'est affirmé beaucoup plus mesuré... ou évasif. "Il importe de tenir compte de l'existence ou non d'alternatives réelles sur le plan agronomique ou phytosanitaire, ainsi que de la nécessaire homogénéité des règles et pratiques au sein de l'Union Européenne". Et de conclure en s'en remettant au consommateur : "Celui qui décide, ce n’est pas le ministre qui autorisera ou interdira telle ou telle molécule, ni l’agriculteur, ni le transformateur qui produira sans se soucier des attentes nouvelles". A suivre. / Paul Jégat

Coop de France lance 10 propositions sur les relations commerciales

Mardi, lors du premier jour du Space, Coop de France a formulé le 12 septembre dix propositions de réforme des pratiques et du cadre juridique des relations commerciales "pour plus de loyauté entre les acteurs sur la répartition de la valeur au sein de la filière alimentaire". Dès les négociations 2018, la fédération propose de supprimer l’intégration obligatoire du prix prévisionnel moyen, renforcer la clause de renégociation, les moyens de la CEPC (Commission d’examen des pratiques commerciales) et les contrôles de la DGCCRF, selon un communiqué. Trois autres leviers sont identifiés : rehausser le seuil de revente à perte, mieux encadrer les promos (deux propositions de la FNSEA), préciser la définition du "prix de cession abusivement bas". Coop de France préconise "dès que possible" une simplification du code du commerce et une application "pragmatique" du droit de la concurrence. Pour les négociations 2018-2019, la fédération propose le déploiement de la norme sur les achats responsables, du label Relations fournisseur responsables et "une articulation entre les différents systèmes de médiation". En conférence de presse au Space, le président de Coop de France rapporte que le ministère de l'agriculture serait en demande de "propositions concrètes" susceptibles d'être reprises par Emmanuel Macron le 11 octobre prochain. / Agra


 

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