Terra 16 août 2018 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Stéphane Le Foll fidèle à l'agroécologie

Si elle a été son thème de prédilection pendant ses cinq années au ministère de l'agriculture, l'agroécologie reste un enjeu majeur pour le désormais maire du Mans, Stéphane Le Foll. En villégiature dans le Finistère, l'ancien ministre explique et ré-explique l'intérêt pour l'agriculteur et pour la société de ce modèle agricole. Rencontre lors d'une table ronde organisée par "l'école des filles", centre d'arts et de débats qui s'est emparé de la question le temps d'un après-midi.

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Le 28 juillet à l'école des filles, (de gauche à droite), Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'agriculture, aujourd'hui maire du Mans, Jean-François Sarreau, producteur de céréales à Landeleau et pionnier de l'agroécologie; Françoise Livinec, galeriste et Thierry Le Breton,cuisinier de renom.
Le 28 juillet à l'école des filles, (de gauche à droite), Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'agriculture, aujourd'hui maire du Mans, Jean-François Sarreau, producteur de céréales à Landeleau et pionnier de l'agroécologie; Françoise Livinec, galeriste et Thierry Le Breton,cuisinier de renom. - © Terra

Samedi 28 juillet, plus d'une centaine de personnes se presse pour assister à une conférence tenue par Stéphane Le Foll, ancien ministre de l'agriculture, aujourd'hui maire du Mans, Jean-François Sarreau, producteur de céréales à Landeleau et pionnier de l'agroécologie et Thierry Le Breton, cuisinier de renom, à la tête de trois établissements à Paris. Trois hommes réunis au Huelgoat (29) dans la cour de l'école des filles (voir encadré) pour débattre et échanger autour du thème du jour : "de la terre à l’assiette".

 

Une parole libre

Devant une assemblée composée de néophytes mais aussi de représentants de la profession agricole, l'ancien ministre, auteur d'un livre sur l'agroécologie, a une parole libre et forte. Il débute son allocution en mettant les choses au clair : "le sens que j'ai essayé de donner à mon action pendant cinq ans, c'est de ne pas opposer écologie et économie. J'ai pris du retard sur certains projets car il y avait des résistances et aussi des crises profondes. Dans un contexte de restructuration des exploitations dû à des revenus très bas, le changement de modèle et l'écologie sont des thématiques plus difficile à aborder". Le tableau dressé, il revient sur sa conviction : "nous sommes à la veille d'une 5e révolution de l'agriculture. Nous devons passer des monocultures très performantes mais très coûteuses en intrants à un mécanisme basé sur la nature et la photosynthèse. La nature ne doit pas être un obstacle mais un atout".

Des propos qui prennent sens pour Jean-François Sarreau qui cumule aujourd'hui 42 ans de mise en culture des sols et qui très vite a initié une démarche agroécologique dans son exploitation. "Dès mon installation en 1977, j'ai compris que mon premier enjeu était de répondre à des crises perpétuelles et essayer de maintenir un revenu décent. En agriculture conventionnelle, je me suis aperçu que le coût de production revenait au coût de vente et que mon revenu était celui des primes PAC !", explique l'agriculture. À Stéphane Le Foll de rétorquer : "si elle sont bien négociées...".

Un constat qui pousse Jean-François Sarreau à produire des cultures avec de moins en moins d'intrants. D'abord individuelle, puis locale avec deux agriculteurs sur sa commune, sa démarche a été accompagnée par la chambre d'agriculture du Finistère via la création d'un groupe de développement. "Nous avons visité le Brésil, puis l'Espagne, pour nous inspirer de leurs méthodes. Un pas de temps de dix ans aura été nécessaire pour asseoir cette transition dans nos exploitations", explique le céréalier. Avec trois fermes engagées sur la même commune, la démarche se donne une chance de réussite. Partage des idées, des données, du matériel, ces pionniers de l'agroécologie expérimentent, essuient les plâtres et finalement parviennent à supprimer tout travail profond du sol, à réaliser des semis simplifiés... bref à "boucler le système !". Une réussite qui se veut autant écologique qu'économique. Jean-François Sarreau estime avoir "divisé par cinq son temps de travail et par quatre ses charges". Pour l'exemple, il considère que pour 1 ha de terre travaillé en 1980, il lui fallait 12 à 14 h de travail alors qu'aujourd'hui 2 h seulement sont nécessaires.

 

Un espoir pour demain

Très surpris et ému de ces possibles pour l'agriculture d'aujourd'hui et de demain, Thierry Le Breton, cuisinier émerite, attaché à son terroir, estime que "chacun devrait avoir la culture de nos pratiques agricoles françaises, respectueuses de son environnement, et que l'on retrouve chaque jour dans notre alimentation". Si le cuisinier revendique de "travailler sérieusement sans se prendre au sérieux", il insiste sur la capacité à entretenir une relation avec les producteurs. Et d'ajouter : "l'idée n'est pas de faire la morale aux agriculteurs mais d'apprendre à travailler à partir de leurs produits. La carte d'un restaurant doit être en lien direct avec la production locale". L'ancien ministre acquiesce et estime que "tout le débat politique consiste maintenant à développer le modèle et de ne surtout pas revenir en arrière". Très conscient du sentiment de risque qui peut envahir des agriculteurs aux trésoreries affaiblies, Stéphane Le Foll assure que "l'État a un rôle à jouer et que les sols agricoles, en plus de leur fonction nourricière, peuvent permettent de réduire la masse de CO2 via le stockage du carbone". Un message qu'il a entretenu tout au long de son mandat et qu'il ira dans les prochains mois défendre à San Francisco, état démocrate américain, qui cherche à développer sa contribution à l'environnement via ses choix en matière d'agriculture.

 

L'école des filles : tout un programme

Été 2009, la galerie Françoise Livinec s'installe dans l'école des filles du Huelgoat, en Bretagne. Construite en 1910, l'école surplombe le chaos granitique de la forêt qui a inspiré poètes et artistes. Aujourd'hui réhabilitée, elle devient un espace d'art. De juillet à septembre, le festival littéraire, l'été des 13 dimanches, réunit chaque week-end des personnalités.

Plus d'informations sur http://francoiselivinec.com

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