Terra 06 septembre 2018 à 08h00 | Par Jean Dubé

Synutra de mal en pis

Ce qui n’était encore la semaine passée qu’une probable très mauvaise nouvelle se confirme jour après jour. Les Maîtres Laitiers du Cotentin (MLC) ont indiqué avoir été informés le 30 août de la rupture de leur contrat d’approvisionnement de Synutra en briquettes de lait infantile.

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Le contrat établi pour une durée de onze ans portait sur 690 millions de briquettes de lait par an. Au bout de six mois, les volumes prévus n’ont jamais été approchés, et des stocks de produits sont toujours détenus par le client Synutra et n’ont pas été enlevés. "Plusieurs créances sont d’ailleurs exigibles", indiquent les MLC, ce qui signifie que le coût comptable risque encore de s’alourdir.

Un souci technique de dépôt de matière protéïque semblerait être un élément de litige entre les deux parties. S’agit-il d’un véritable problème de fond ou d’un prétexte ? Difficile à ce stade de le dire. Toujours est-il que les Maîtres laitiers du Cotentin avaient investi sur leurs fonds propres 135 millions d’euros sur une ligne de fabrication toute neuve, inaugurée il y a seulement un an, et dédiée à ce seul client pour le marché chinois. Une usine presque totalement à l’arrêt depuis six mois.

 

Et Sodiaal à Carhaix

Sodiaal a confirmé de son côté être en discussion pour racheter les parts de Synutra dans l’usine de Carhaix, seule façon de tenter de retrouver tout ou partie de la dette de 37 millions d’euros laissée par le client chinois. Cet épisode laisse deux entreprises Sodiaal et les Maîtres Laitiers du Cotentin dans une passe très difficile. Chez Sodiaal, la dette représente 3 200 € pour chaque associé coopérateur. L'usine de Carhaix valorisait en poudre de lait infantile le lait de 700 producteurs bretons et avait nécessité 200 millions d'euros d'investissements. Le permis de construire d'une seconde usine avait d'ailleurs été déposé pour la production de lait UHT en 2018 !

 

 

 

Cette défection du partenaire chinois laisse deux entreprises avec des outils de transformation neufs mais sans alternative de court terme en matière de débouchés.

Il laisse aussi une filière dans le plus grand doute sur la manière de traiter des opérations commerciales avec la République populaire de Chine. Il laisse aussi les producteurs de toutes les entreprises très inquiets quant à l’évolution du prix du lait, des entreprises qui sauront bien rappeler au moment des négociations les déboires qui viennent de s'abattre sur une partie de la filière laitière française, et qui ressemblent à la triste fin d'une histoire bien commencée.

Les choix de Sodiaal et Synutra

Dans le cadre de la conférence de presse organisée par le conseil régional de Bretagne avant le Space (lire page 7), le président du conseil régional a été interrogé sur le dossier Synutra. "Tout d'abord, contrairement à ce que j'ai pu entendre, la Région n'a pas mis d'argent public dans l'usine. Aujourd'hui, il y a une déconnexion entre les problèmes de Synutra et les besoins en lait. Synutra et Sodiaal ont des stratégies d'entreprises qu'il ne nous appartient pas de commenter. Ceci dit, bien qûr que la situation m'inquiète mais je reste confiant en l'avenir car les besoins mondiaux en lait sont importants". / Arnaud Marlet


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