Terra 14 septembre 2018 à 08h00 | Par Claire Le Clève

Terre et mer, Cap 2000 sur tous les fronts

De la signature des bactéries responsables de la contamination d’huîtres, en passant par les dérogations à l’interdiction d’épandage sur la zone littorale des 500 mètres ou encore le suivi des herbiers de zostères, l’association Cap 2000 se démène. Autant de fronts pour défendre les productions primaires, agricoles et conchylicoles, en zone littorale. Car leur sort est lié.

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La pêche à pied a-t-elle un effet positif sur les herbiers de zostères qui tapissent les fonds marins ? L’hypothèse est en cours de vérification avec des drones dans le golfe du Morbihan.
La pêche à pied a-t-elle un effet positif sur les herbiers de zostères qui tapissent les fonds marins ? L’hypothèse est en cours de vérification avec des drones dans le golfe du Morbihan. - © Terra

Tout juste 20 000 euros de budget. La somme est petite mais un très gros travail est fourni en faveur du maintien et du soutien aux productions primaires, et à la conciliation de leurs intérêts, là sur cette fine bande littorale, fragile et convoitée. Côté terre comme côté mer, "le principe est de donner des outils pour faire valoir leur place sur le littoral", résume des actions de Cap 2000, Pierre-Yves Roussel, animateur, mis à disposition par la chambre d’agriculture. Pour autant, "on s’inquiète vraiment pour la pérennité de notre financement et pour le renouvellement d’agriculteurs concernés par la bande littorale, ils sont tellement accaparés !", ne cachera pas Sébastien Lemoine, ostréiculteur à Carnac et co-président de Cap 2000 avec Pierre-Yves Le Bozec, agriculteur à Lanester.

 

Sols littoraux moins fertiles

Ainsi, l’état des lieux physico-chimique des sols littoraux avait mis en évidence l’an passé "le faible niveau de carbone et d’azote des parcelles avec une vie biologique bloquée et un pH très bas". 391 exploitations représentant 8 350 ha de SAU PAC sont concernées par cette bande des 500 mètres dans le Morbihan. Deux cent d’entre elles sont rentrées dans le processus de contractualisation pour pouvoir déroger à l’interdit. Mais 3 500 ha restent dans la bande des 200. Là, tout épandage d’effluents d’élevage est interdit, sauf par pâturage (lire encadré). Le constat de baisse de fertilité globale sur ces parcelles est avéré. "On demande de faire évoluer la charte et de voir ce qui serait acceptable pour garantir une bacterio irréprochable, du compost par exemple - appuie Laurent Kerlir, président de la chambre d’agriculture du Morbihan - mais ça bloque en préfecture". Même demande poussée par le président national des conchyliculteurs, Philippe Le Gal, ostréiculteur à Surzur, sanctionnée par une même fin de non recevoir... "Or certains agriculteurs n’ont pas le choix, on préférerait que ce soit cadré. On en a démontré la nécessité pour la vie de ces sols", renchérit Sébastien Lemoine qui note que Cap 2000 a été missionné par le Comité régional conchylicole pour mettre en place le même protocole dérogatoire sur le Finistère sud.

 

Pollution, le traçage d'origine bactériologique possible

Côté soutien technique à la conchyliculture, c’est l’identification des sources de pollution bactériologique sur les différents estuaires que poursuit l’association avec l’aide des acteurs locaux. L’enjeu ? Cibler pour résoudre et faire basculer "le classement de la zone conchylicole de B, (où les coquillages peuvent seuls être récoltés, ndlr) en A, (offrant la possibilité de récolte et de mise sur le marché, ndlr)". C’est notamment le travail novateur initié sur le Parc naturel régional du golfe du Morbihan avec le laboratoire de l’Institut de recherche Dupuy-de-Lôme de l’Université de Bretagne Sud. Ainsi à partir de la signature infrarouge laissée par les bactéries récupérées dans les huîtres et dans les sources de contamination fécales, "on est capable désormais de remonter et de déterminer l’origine humaine et animale et de dire quel animal est responsable", affirme Olivier Sire de l’UBS avec des résultats très attendus par les professionnels, notamment pour cette fin de l’année sur la rivière de Penerf.

 

La pêche à pied favorable aux herbiers ?

Autre sujet phare, pêche à pied et préservation des herbiers de zostères font-ils bons ménages dans le golfe du Morbihan ? "On nous interdit de les pêcher depuis des années alors que nous avons vu des zones que nous avons retournées colonisées en plus grand nombre après notre passage, notamment près de l’île de Boed. Ça les favorise !", défend François Le Long, responsable pêche à pied, l’un des 138 professionnels en sud Bretagne. Pour en avoir le cœur net, durant trois à quatre ans, la même zone nord du golfe du Morbihan sera survolée, régulièrement, à l’instar des champs, par des drones pour "apporter des billes aux pêcheurs à pieds". "C’est de bon augure, les herbiers se déplacent, c’est la nourriture principales des bernaches qui les arrachent", acquiesce Luc Foucault, maire de Séné et vice président du Parc naturel régional. Hommes et oiseaux, de concert, auraient donc par leur travail respectif, un effet positif sur ces plantes à fleurs qui tapissent les fonds marins ? L’hypothèse est en cours de vérification.

 

 

 

Bande des 500 m, en chiffres

SAU PAC dans les 500 m du littoral en Morbihan : 8 350 ha

SAU PAC de 0 à 200 m : 3 500 ha non épandables

SAU PAC entre 200 et 500 m : 4 850 ha

SAU entre 200 et 500 m ouverte à l’épandage de fumiers de bovins, ovins et caprins par dérogation : 2 000 ha

391 exploitations sont concernées dont 96 ont plus de 50 % de leur SAU située dans la bande des 500 m. 25 exploitations ont plus de 50 % de leur SAU située dans la bande des 200 m.

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