Terra 22 juin 2018 à 08h00 | Par Hélène Bonneau

Toutilo : un autoporteur polyvalent pour le maraîchage

Toutilo, c'est une aventure familiale où Flore Lacrouts-Cazenave, designer industrielle automobile, conçoit avec son père, retraité de l'électronique, un prototype d'enjambeur de cultures à motorisation électrique, pour sa sœur, maraîchère bio en Haute-Savoie.

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Le bénéfice en temps de travail libéré pour l’agriculteur peut être de 25% sur toute une saison maraîchère.
Le bénéfice en temps de travail libéré pour l’agriculteur peut être de 25% sur toute une saison maraîchère. - © Terra

Pour voir le matériel en action : cliquez sur le lien 👉https://www.youtube.com/watch?v=2rddZn-tT7E

Préparation des sols, plantation, désherbage, binage, sarclage, suivi de cultures, récoltes et transport de charges, l'enjambeur de cultures Toutilo se veut polyvalent. Si la demande initiale était familiale, Flore Lacrouts-Cazenave, s'est vite aperçue que le besoin d'un outil adapté aux petites structures, multi-fonction et accessible était très présent dans les exploitations maraîchères. "Les attentes sociétales évoluent et l'agriculture biologique est largement plébiscitée par les consommateurs. Cependant, pour répondre à cette demande croissante, les producteurs qui travaillent de façon très artisanale, sont confrontés à des difficultés de production", estime la gérante de la société qui espère "mettre sa pierre à l'édifice pour favoriser une agriculture respectueuse de l'environnement".

Facile et ergonomique

Utilisé sous serre ou en plein champ, le Toutilo s'adapte en toute saison. Développé avec le concours de la MSA, cet autoporteur, équipé d'un ou deux sièges ergonomiques, permet de réduire la pénibilité des activités de désherbage, de plantation et de récoltes et ainsi de prévenir l'apparition des troubles musculosquelettiques (TMS) fortement présents en maraîchage. L’assise du Toutilo est réglable selon la morphologie de l'utilisateur. Trois postures sont possibles : position allongée sur le ventre pour planter et récolter, au lieu de rester accroupi pendant plusieurs heures pour réaliser ces mêmes tâches ; debout à côté de l’engin ou assis dessus. Fixée sur une structure mobile qui monte et qui descend, l’assise permet d’être au plus proche du sol, ou de passer jusqu’à 50 cm au-dessus des plants. Doté d'un moteur électrique, l'outil est autonome et silencieux. Cette motorisation lui permet également d'adapter sa vitesse -même très lente- à l'activité en cours. La plateforme Toutilo a été conçue pour combiner travail manuel et mécanisé, permettant d’intervenir aussi bien sur les rangs de cultures qu’entre les lignes. Si les producteurs développent un fort intérêt pour la mécanisation, le frein économique se pose, notamment pour l'achat d'un outil à usage unique. Les multiples possibilités d'attelage de Toutilo permettent en partie de lever ce frein. En effet, l'engin peut être équipé d’outils (pattes d’oies, griffes ou herses étrilles) pour le travail du sol en surface, montés sur les barres prévues à cet effet à l’avant et à l’arrière du Toutilo.

Un cobot connecté

Le Toutilo fait partie de la famille des robots dédiés à la manipulation d’objets en collaboration avec un opérateur humain, appelé plus généralement "cobot". Le Toutilo est connecté grâce à un système d’interconnexion ouvert. Il devient ainsi modulaire sur le plan logiciel, ainsi, son pilotage peut devenir totalement automatisé à travers l’exploitation ou sur la zone de travail. Ce module optionnel permet à l’agriculteur d’être pleinement concentré sur son travail sans avoir à se soucier du pilotage de la machine. Toutilo est également connecté à une plateforme de données permettant l'accès aux informations relatives à l'utilisation du Toutilo : heures d’utilisation, maintenance, configuration du planning de travail selon l’utilisation de la machine dans l’équipe, configuration du plan de travail au sol, suivi et historique des plantations, récoltes, semis…

Un marché conséquent

De prime abord destiné aux petites structures qui se sont développées autours des villes, le Toutilo pourrait trouver des marchés Intéressants sur des plus grandes surfaces. "La problématique de recrutement en maraîchage devient de plus en plus délicate. La pénibilité du travail est un des axes de progression qui pourrait donner de meilleures perspectives d'embauche à des salariés et permettre plus de fidélisation au sein des exploitations", estime Flore Lacrouts-Cazenave. Ce problème de rentabilité de l'outil résolu, reste alors la partie commercialisation. Implanté en Haute-Savoie pour la partie recherche et développement, l'entreprise dispose également d’une première antenne industrielle et commerciale dans l’ouest de la France (44) et plusieurs machines viennent d'être livrées à leurs propriétaires pour une somme oscillant entre 15 000 et 20 000 e suivant la configuration (largeur, option, équipement...). "Nous devons rester accessibles pour répondre aux besoins des petites structures qui ont vu leurs métiers laissés un peu de coté en terme d'innovation. Beaucoup d'agriculteurs bricoleurs ont inventé des outils multi-fonctions pour pallier le manque. Nous arrivons aujourd'hui sur le marché avec une offre concurrentielle, multiservice et appropriée aux différents métiers de la terre", rappelle Flore Lacrouts-Cazenave.

Flore Lacrouts-Cazenave, co-gérante de l'entreprise Touti Terre.
Flore Lacrouts-Cazenave, co-gérante de l'entreprise Touti Terre. - © Terra

Une entreprise à vocation internationale

Les problématiques maraîchères dépassant les frontières, la gérante de l'entreprise espère un développement international. Un espoir qui prend forme grâce à des premières ventes en Belgique et en Suisse. "Nous avons l'opportunité de travailler en partenariat avec le Village by CA du Crédit agricole, qui est également au capital de notre entreprise. Ces échanges réguliers avec la banque mais aussi d'autres start-up nous permettent d'être plus pertinents et prêts à faire face aux enjeux internationaux qui nous attendent". Innovante à travers son produit, l'entreprise se veut aussi novatrice dans son mode de financement en invitant les entreprises, mécènes et particuliers à investir sur la plateforme "Wedogood". La première étape à été franchie haut la main avec un objectif seuil atteint en trois jours (26 790 euros) et un taux de financement atteignant 192 % à trois jours de la clôture, soit presque le double du prévisionnel.

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